XXVI. — FARCE JOYEUSE
Non, mais tout vif.
Vous avés tort Que nous ne retournons.
Le premier Gallant.
A! voyre, S'il est de retourner memoyre!
Le prevost des mareschaulx vient 435
Qui nous fera tous pendre.
Le .II*. Gallant.
On tient Qu'i sont après comme vieulx loups.
Phlipot.
Je vouldroys bien estre cheulx nous.
Voiecy une vye malureuse.
Le premier Gallant.
L'artillerye est dangereuse, 440
Car elle house a tous costés.
Pouf! C'est grand danger.
Phlipot.
Escoutés, Je m'en revoys cheulx mes amys.
Le premier Gallant.
Puys que a la guerre tu t'es mys, Il te convient l'ordre tenir. 445
Phlipot.
Le deable m'y fist bien venir!
Je vouldroys avoir une lance.
Le premier Gallant.
Tous ceulx qui portent la croys blanche Sont a nous.
Et! je n'en ay poinct.
433 et le preuost — 436 tous est suppléé. — 442 pouf pouf... pr escoutés
Le premier Gallamt.
Tiens, tiens; metz la sur ton pourpoinct; 450 Ta vye sera recouverte.
Phlipot.
Et qu'ont les aultres?
Le .il Gallant.
Une croys verte.
Phlipot.
Or, me la venés doncques mectre; Il n'oseroyent tel cas commectre V» De fraper la croys.
Le .111*. Gallant.
Or dormes, 455
Puys que nous sommes arivés ; Le faict nous ferons bien nous deulx.
Phlipot.
A! mauldict soy je sy je veulx Dormir!
Le premier Gallant.
Nous alons a l'escouste.
Le .III® Gallant.
Sus, Phlipot, qu'a terre on se bouite. 460
En atendant se grand delict!
O! que voecy ung mauvais lict!
Je n'y seray une sepmaine.
Que povres gensdarmes ont de paine En guerre! Maintenant l'entens. 465
Mais aulx villages ont bon temps Et gros honneur et gros crédit.
460 tient met la — 453 donc — 457 bien est suppléé. — nos deulx. — 465 ie lentens
200 XXVI. — FARCI' JOYFUSE
Le premifr Gai.i.ani.
Changeons de croys.
Lk .11*. Gali.\nt.
C'est iresbien dict, Et alons donner une alarme.
Li: PRKMIKR GaLLANT.
Voecy, je croy, nostrc gendarme 470
Endormy de peur. As tu faict?
Le .11 = . Gai.lant.
Ouy.
Lk prkmier Gallant.
Morbieu 1 tu es bien en efaict.
Or, prens ce cartier de delà.
A Parme, a l'arme 1
Phlipot.
Qui esse la?
Le .III*. Gai.lant.
Se sont nos ennemys.
Le premier et le .11=. Gallant.
Tue! tue! 475
Le .II I=. Gallant.
Sus, Philipot, qu'on s'évertue!
Phlipot.
Tuer! Qui vive? Je me rens.
Le .II'. Gallant.
Puys que nous sommes sur les rens, A mort, a mort, ou vous rendes!
Phlipot.
A mort, a mort? Dea, atendés! 480
Le premier Gallant.
On n'atent poinct a la bataille.
470 ie croy que voecy — 472 L'u de lu doit être élidé. Cf. v. 41, ?93. etc. — 474 L'\ de qui dnit être élidé. — 476 phlipot
Le .IV. Gallant.
Je luy voys donner une taille, Car tant endurer me desplaist.
Phlipot, Et nenin, monsieur, s'y vous plaist!
Le premier Gallant.
A ! vilain, tu viens mal a poinct ! 485
Phlipot.
Fol. 401 Et! monsieur, ne me tués poinct, Vous sériés excommunié.
Le .11". Gallant.
Le procès vous est denyé.
Phlipot.
Gardés, gardés! Vêla ma grongne.
Et torche!
Le .IJe. Gallant.
Et lorgne!
Le premier Gallant.
Donne, donne! 490 Qui vive?
Phlipot.
Vive !
Le .h*. Gallant.
Qui?
Phlipot.
La guerre !
Le premier Gallant.
Vilain, criés vous Engleterre?
Phlipot.
Vive Engleterre !
Le .11=. Gallant.
Et puis Espaigne!
488 est nye — 489 Le second gardés est suppléé. — 490 et donne — 49? puis est suppléé.
:02 XXVI. — FARCH JOYEUSE
Le .11". Gallant.
Y m'est avys que je me baigne.
Dictz : Vive France !
Phlipot.
Er France ausy ! 495
Le premier Gallant.
Engleterre!
Que de soucy !
Engleterre!
Le Al". Gallant.
Espaigne I
Phlipot.
Espa...
Le .IIP. Gallant.
... „ , Quoy? 495
Vive r rance !
Le premier Gallant.
Vilain, tout quoy !
Phlipot.
Vous me faictes de gros effors.
Le .II*. Gallant.
Qui vive?
Phlipot.
Vive!.. Les plus fors 5oo
Vivent, je ne m'en puys tourner.
Sainct Jean ! vous avés beau corner, Se g'y viens jamais. . .
Le premier Gallant.
Misérable, Qui vive? Qui?
Phlipot.
Vive le deable !
495 dict — 496 Et Engleterre — 5o4 qui viue qui viue qui
DES TROIS GALLANS ET PHLIPOT 2o3
Qui sera a luy sy responde ! 5o5
Le .IIP. Gallant.
Afin que l'on ne nous confonde, Deffendons nous.
Phlipot.
Tu as beau huer, v» Par Dieu, sy me debvoyt tuer,
Je me leray tout mon soûl batre.
Le premier Gallant.
Et! ne voulés vous plus combatre? 5io
Frapés, frapés!
Phlipot.
A, a ! la teste.
Le .II«. Gallant.
Prenés, prends!
Phlipot.
Que la tempeste Les tienne, tant ont les mains lourdes!
Le .IIP. Gallant.
Après!
Phlipot.
Hz font de faulces bourdes.
En guerre sy jamais charge ay ge 5 1 5
Je suys bien. . .
Le premier Gallant.
Qu'i soyt prins au piège !
Ou est le galant?
Le .IIP. Gallant.
Je ne say. Il est ne sçay ou traversé Et n'est posible de l'avoir.
5o5 et qui sera — 5oj L'u de tu est élidé. Cf. v. 41, 398, etc. — 5ii a la ala teste — 5i3 les tiennent tant il ont — 5i5 iamais charye — 5i8 ie ne scay
204 XXVI. — FARCIZ jornusK
Phlipot.
Sainct Jehan ! ilz ne me scroyeni voir; 52o
Plus ne me tiendront en leur las.
A! benoist Dieu, que je suys las
D'avoir enduré tant de coups !
Or, pour conclure le discours,
Ausy congnoisance en avoir, 525
Celuy qui n'apete sçavoir
Et a son profit ne procure
Et qui n'a de rien faire cure,
Chascun le repute pour beste.
Un gros sot a tout grosse teste, 53o
Puys qu'il ne veult honneur quérir.
C'est belle chose d'aquerir
Sçavoir, quant on peult, en jeunesse,
Pour avoir repos en viellesse.
Je prye a Dieu qu'i vous octroyé 535
Sy et lasus parfaite joye.
En prenant congé de ce lieu,
Phlipot, chantons pour dire a Dieu.
Finis IIIP xlv lignes.
53 1 aquerir.
XXVI [ SOTTIE NOUVELLE
A SIX PERSONNAIGES
[Vers 1545.]
Cette pièce nous ramène aux sotties primitives, c'està-dire que l'intérêt dramatique y est à peu près nul. On n'y trouve qu'un dialogue entre le roi des sots qui veut passer une revue de ses suppôts, et cinq personnages qui se rendent à son appel. Les noms des personnages sont curieux à noter, en particulier ceux de Triboulet et de Coquibus. Le Triboulet qui est resté célèbre mourut avant i5i4';mais, comme l'a montré
I. Joly, La vraie Epitaphe de Triboulet, Lyon, 18G7, in-8. — Cf. Monlaiglon et Rothschild, Recueil de Poésies françoises,, XIII, p, 2; Catal. Rothschild, IV, n» 2758, p. 3i.
2o6 XXVII. — SOTTlt NOUVELLE
Joly, son nom devint en quelque sorte professionnel; on le donna communément aux fous. Coquibus, ou mieu.x Quoquibus (qu'on peut rapprocher de quiproquo), était aussi une appellation anciennement donnée aux sots ou aux fous, comme en font foi les passages suivants :
Et je suis bien un coquibus De si longuement séjourner '.
Si tu n'es fol et quoquibus, Retien le bien, faulx ypocrite '.
Tu es entre tous les orfebvres Le plus ort des ors coquibus K
Je regny Dieu ! J'ay procuray Que vous boyrez, fol quoquibus \
Entre vous folastres coquars, Meschans gens de horde façon, Estourdis, coquibus, paillars, Entendez a nostre leçon ^.
Les facéties du roi des sois et de ses sujets nous paraissent bien fades. Le jeu de mots sur Coquibus qui « ratz porte » (v. 1 16-142, 320-324) "^ '^^^^ P^s mieux que le calembour sur les trompeurs que nous avons vu précédemment (pp. 20-24).
1. Farce du Pasté et de la Tarte, dans Viollet-le-Duc, Ancien Théâtre franc., t. II, p. 6, et Fournier, Théâtre franc, avant la Renaissance, p. 14.
2. Eloi d'Amerval, Le Livre de la Deablerie, éd. de i5o8, in-fol., fol. iV i/''.
3. Farce nouvelle des Cinq Sens de l'homme, dans VioUet-lc- Duc, Ancien Théâtre franc., t. III, p. 307.