‹ Recueil général des sotties (volume 2)Chapitre 99 sur 181 · Moralité des Blasphémateurs du nom de Dieu, fol. C 2 v · texte numérisé non relu

Moralité des Blasphémateurs du nom de Dieu, fol. C 2 v

5. Le Mirouer et Exemple moralle des En/ans ingrat:^, réimpression de Pontier, fol. A iij.

DU ROYÎDES SOTZ 207

Cette sottie qui vraisemblablement a subi les mutilations de quelque censeur, a dû être composée et jouée par des basochiens. Le début du psaume CXXXI, deux fois répété en latin (v. g, 367), ne peut guère s'appliquer qu'à une confrérie. C'est à une confrérie également que s'applique Tavant-dernier couplet de Guippellin (v. 354-365). Les mots latins ne convenaient guère à d'autres qu'à des basochiens. Le « Coquibus qui ratz porte » (v. 1 24) doit être rapproché du « Deuxiesme Suppost, Rapporte Nouvelle », que les basochiens ont fait figurer dans leur représentation de 1548 (voir la pièce qui suit). Il semble enfin que les acteurs aient donné des représentations à dates fixes : le mardi gras fv. 220) et au commencement de Tété; c'est-à-dire à la Saint- Jean (v. 267).

Quanta la date, l'allusion à Pantagruel (v. 210) est précieuse à recueillir. Les bibliographes croient que les premiers livres de Rabelais parurent en i532; le nom employé par l'auteur de notre sottie pour désigner la maladie des ivrognes semble indiquer que Pantagruel était depuis longtemps connu des spectateurs. Ce motif nous autorise à placer la pièce vers 1 545, date approximative de l'édition qui nous en est parvenue.

BIBLIOGRAPHIE

a. — Sottie nouuel || le a six personnaiges. Cestassauoir. Il ^ Le Roy des sotz. Sottiner. || ^ Triboulet. Coquibus. || ^ Mitoufflet. Guippellin. — fT Cy fine la Sottie du roy des sot-{ :\\Et aussi de ses suppot-{. S . l. n. d. [Lyon^ en la maison de feu Barnabe Chaussardy vers i545], in-4 goth. de 6 ff. de 46 lignes à la page pleine, impr. en gros caract., sign. A par 4, £par 2.

L'édition n'a qu'un simple titre de départ et n'est ornée d'aucune figure.

Le r" du i'"' i. contient 37 lignes de texte ; nous reproduisons

d'autre part les 20 premières.

British Muséum, jg

b. — Viollet-le-Duc, Ancien Théâtre français^ t. II (1854), pp. 223-243.

T. liL

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SOTTIE NOUVELLE

A SIX PERSONNAIGES

c est assavoir

Le Roy des sotz, sottinet, Triboulet, coquibus,

MlTOUFFLET, GuiPPELLIN.

Fol. Ai Le Roy des sotz commence.

Je suis des sotz seigneur et roy ; Pourtant je vueil par bon arroy Maintenant cy ma court tenir Et tous mes sotz faire venir Pour me faire la révérence.

Et aussi que c'est grand plaisance Quant frères habitent ensemble, Comme Ton chante, se me semble.

En chantant :

Ecce quam bonum et qiiam jocundum Habitare fratres in unum ' !

8 Impr. Comme on I. Ps. CXXXII, V. 1.

2 12 XXVII. — SOTTlIi NOUVHl.LK

Pourquoy, sur peine de l'amende,

Soyeni en présent ou absens,

Maintenant viennent tous sotz, sans

Dclay ne estât demander, i5

Ne procureur pour eulx mander,

Car ainsi me plaist cstre faict,

Ou aultrcment de leur forfaict

Les faire griefvement pugnir ;

Pensez doncques tous de venir 20

Devant que encourir mon ire.

Sottinet !

SOTTINET.

Hau!

Le Roy.

Quel hau? Mais sire.

Vien ça, et que Dieu te mauldie!

Que fais tu?

Sottinet.

Je dors.

Le Roy.

C'est pour rire.

Sottinet !

Sottinet.

Hau!

Le Roy.

Quel hau? Mais sire. 25

Sottinet.

Qu'i a il ?

Le Roy.

Ung mot a te dire.

Sottinet.

Avancez vous donc, qu'on le dye 1

12 II manque wi vers rimant avec amende — 1^ Les mots tous sotz sont suppléés. — 23 et est suppléé.

v° Le Roy des sotz.

SOTTINET.

H au!

Le Roy des sotz.

Quel hau? Mais sire.

Vien ça, et que Dieu te mauldie!

SOTTINET.

C'est une droicte mélodie 3o

De vous ouyr ainsi crier.

Lk Roy des sotz.

Je te vouidroyes ainsi prier Que tu t'en allasses partout Cercher noz sotz de bout en bout Et les faire venir icy 35

A moy, car il me plaist ainsi, Pour veoir lesquelz mon honneur gardent.

SOTTINET.

Veez en cy qui nous regardent ' ; Que n'y viennent ils vistement?

Le Roy des sotz.

Hz sont sages.

SOTTINET.

Non sont vrayement, 40

Pas tous.

Le Roy des sotz.

Si le cuydent ils estre.

Sottinet.

Par cela les peult on congnoistre, Car fol est qui cuyde estre saige.

Je congnoistray bien au visaige

29 et est suppléé.

I. Ce vers et les couplets qui suivent s'adressent aux specta-

2 14 XXVll. — SOTTIE NOUVELLE

Geulx qui sont en vostrc service ; 45

D'une visée j'en advise,

Se ne fust ce grand sot hideulx

Qui est debout au devant d'eulx,

Voire une couple d'yeulx de beuf.

Le Roy des sotz.

J'en voy la six, ou sept, ou neuf 5o

Qui oncq ne me firent hommaige.

Hé ! mes beaux frères, quel dommage Vous sera ce, ne deshonneur Se vous me venez faire honneur?

Je ne demande point d'argent. 55

Je t'institue mon sergent Pour les adjourner de main mise.

SOTTINET.

Puis que la chose m'est commise, Vous en admenré pied ou elle.

Que ne viens tu quand on t'appelle 60

Tant de fois, meschant estourdy ?

Fol. Aij Triboulet.

A qui dis tu ?

SoTTINET.

A qui je dy?

C'est a vous mesmes, monseigneur.

Triboulet.

Se je ne craignoyes mon honneur...

SOTTINET.

Trois mouches ', tenez moy cest homme. 65

46 Dune seuUe visée — 47 Ce ne fust — 49 d'yeulx est suppléé. — 5o lie voy — Sg admenere

I. Faut-il voir dans les mots : Trois mouches un juron de sot, ou un sobriquet donné à un sot qui aurait porté trois mouches sur son costume? C'est ce que nous n'oserions décider.

du roy des sotz 2!5

Triboulet.

Allez, follastre !

SOTTINET.

Tout tel comme Vous pouez estre, Triboulet.

Triboulet.

Vieil le moy dire tout seuUet Cy devant !

SoTTINET

Hé, villain pugnès !

Triboulet.

Je suis plus gentil que tu n'es. 70

Se n'estoyent ces gens de bien...

SOTTINET.

Ne m'en chault; je ne te crains rien.

Triboulet.

Te viens tu, dis, farcer de moy?

Sottinet.

Si viendrez vous parler au roy.

Triboulet.

Par le sang bieu, je te tueray ! j5

Sottinet.

Vous estes un peu trop rusay; Ne maschez pas trop fort le sens.

Triboulet.

J'en ay tué plus de cinq cens.

Sottinet.

Des poulx? Brief, vous viendrez, j'en jure.

Triboulet.

Comment souffrez vous tel injure. 80

Mes seigneurs, en vostre présence?

jr Ce nestoyent

•>I0 XWII. SOTTIK NOUVKI.I.E

SOTTINKT,

Vous viendrez, par ma conscience, Ou vous portcray en mon col.

TRIBOULriT.

.le vous pry, estez moy ce fol.

SOTTINF.T.

Venez avant, bon gré mon ame! 85

Triboulet.

Alarme, alarme, alarme, alarme !

V* A la mort, a l'ayde, a la mort !

Ha, hay ! ha, hayl hav 1 11 me mord.

Mon seigneur, helas ! je me clame

De ce traistre larron infâme qo

Qui se mocque de gens de bien.

SOTTINET.

Dea, toutes foys je sçavoyes bien.

Puis que mis Tavoye en ma teste, Que vous viendriez a la feste

Bientost 9 5

Le Rov.

Comment a il nom ?

Triboulet.

Triboulet.

Le Rov.

Or ça, te despouille en pourpoint.

Triboulet.

Certes, je ne le feray point.

Le Roy.

Et pourquoy dea?

Triboulet.

Je n'oseroye,

83 Ou ie vous — gi ce — 95 Le veis est incomplet. — 97 ça est suppléé.

Car je me deshonnoreroye loo

Devant ces gens icy d'honneur.

Le Roy.

Despouille toy. Tost!

SOTTINET.

Quel seigneur!

Il est tout fin fol par dessoubz '.

Le Roy, Il en est beaucoup de telz foulz; Tout le monde en est bien deceu, io5

J'ay ja plusieurs pareilz folz veu; Chascun de moy ainsi se joue.

Triboulet.

Qui veult a moy faire la moue Pour une grue assez sottie, Bien prise et bien caillebotie, 110

Je la fais bien compectamment.

SOTTINET.

Vêla ung aultre sot, vrayement ;

Voyez qu'il faict layde grimasse.

Il ressemble ung sergent a masse,

A luy veoir porter sa marotte. 1 1 5

Le Roy.

Qu'esse qu'il porte en ceste hotte?

COQUIBUS.

Ce sont ratz.

Sottinet.

C'est un rapporteur Qui vous vient servir.

102 toy est suppléé. — io6 ja est suppléé. — 114 Ce semble

I. Il y a ici un jeu de scène. Triboulet, ôtant son pourpoint, doit laisser voir un costume de fou.

2l8 xxvii. — sottif nouvei.i.h

Le Roy.

C'est grand eur, Ou grand malcur, a qui qu'il soit.

Fol.Aiij Triboulf.t.

Tousjours vous et voz sotz discit; 120

Sire, deffendez luy la court.

Le Roy.

11 fault qu'il vienne brief et court, Car je veulx gens de toute sorte.

SOTTINF.T.

Vecy Coquibus qui ratz porte.

COQUIBUS.

Dieu VOUS doint bonjour!

Le Roy.

Des nouvelles? i 25 Coquibus.

Tout chargié mon col en apporte.

SOTTINET.

Vecy Coquibus qui ratz porte.

Coquibus.

Dieu vous doint bonjour!

Le Roy.

Des n ouvel 1 es?

Coquibus.

De gros boudins larges rouelles.

Le Roy.

Que dit on de la ou tu viens? i 3o

Coquibus.

On dit maintenant que les chiens Si ont eu tresgrand froid aux dens.

Et que les pouvres indigens Sont mors de fain sur ung fient.

118 grand est suppléé. — 124-128 Le triolet est incomplet.

SOTTINET.

Voire, OU celluy qui parle ment, i35

Car ilz ont bien plusieurs loppins.

COQUIBUS.

J'ay rencontray deux jacobins

Qui portoient leur cul au pape,

Trestout foireux dessoubz leur chappe,

Pour l'enchâsser après leur mort '. 140

Le Roy.

A luy, a luy! Rapporte fort; Ne change jamais la manière.

CoQUIBUS.

Je ne rapporte que derrière, Car ilz me mordent droit devant.

SOTTINET.

Vecyung sot qui donne vent; 145

Il nous servira de soufflet.

Le Roy.

Le sang bieu ! qu'il soufïle souvent !

SOTTINET.

Vecy ung sot qui donne vent

Triboulet, Tenez, sire, venez avant.

Le Roy des sotz.

Comment as tu nom?

MiTTOUFFLET.

Mittoufflet. i5o

S0TTINET.

Vecy ung sot qui donne vent; Il nous servira de soufflet.

iSg soubz — 147 Le est suppléé.

I. Ce couplet semble bien indiquer des tendances protestantes.

220 xxvii. — soTrir: nouvïïi.i.f.

NTlTTOUI'KI.F.T.

Pour bien bailler ung chault moufHet,

i'cn suis maistre par dessus tous;

Je souffle dessus et dcssoubs, i55

Haut et bas, devant et derrière.

Le Roy des sotz.

De quoy te sert ceste baviere?

Je cuyde que tu es baveur '.

MiTTOUFFLET.

A bien baver je prens saveur.

Tant que souvent pcrs mon disncr. i6o

Je bave et vente sans finer,

Pour mieulx a gens de bien complaire.

Se vous avez de moy affaire,

Je vous serviray de bon cueur.

SOTTINET.

Regardez, regardez, seigneur; i65

Je voy ung fol par ce pertuys.

Ou? Ou?

SOTTINET.

Au dessus de cest huys.

Je n'en sçavrois veoir que la teste.

Le Roy des sotz.

Et ! vien ça, vien ça, sotte beste!

Que fais tu la? Tire avant, tire! 170

Sang bieu ! ce sot la me faict rire.

Il ne hobe pour rien qu'on die.

SOTTINET.

Et! venez. Que Dieu vous mauldie !

Vous vous faictes trop requérir.

157 baniere — i65 mon seigneur — 169 Le second ça est suppléé.

I. Le sot porte une bavette au cou parce qu'il est « baveur », c'est-à-dire bavard.

Le Roy des sotz.

Il faut que l'on l'aille quérir ; 173

Aultrement ne viendra il point.

SOTTINET.

De fiebvre quartaine soit oingt !

Aussi bien ay perdu ma boyste.

COQUIBUS.

Il doubte que le temps soit moyste;

Il a peur de mouiller sa patte. 180

Fol.Aiiij Le Roy des sotz.

Allez le quérir ; qu'on se haste ; Il nous feroit meshuy muser.

Or sus, il vous fault délivrer.

A luy, a luy, a luy, a luy î

Le dyable emporte le dernier !

Triboulet.

Mais, parsainct Jacques, le premier!

Le Roy des sotz.

Admenez le moy, le paillard.

S0TTINET.

Quel avalleur !

Le Roy.

Quel papelart !

COQUIBUS.

Quel ouvrier!

Le Roy,

Quel souffle tostee ! 190

Triboulet.

Quel seigneur!

Le Roy.

Quel teste pelée.

177 soit il — 178 Aussi bien ay ge — i85 // manque un vers rimant avec luy. — 188 des sot

222 XXVIl. — SOTTIE NOUVliLLK

MlTVOUKLlCT.

Quel sot!

Lk Roy.

Mais quel coup de fouet !

Triboulet.

Monsieur, il fait du muet; Il n'a voulu dire nui mot.

Le Roy des sotz.

Pourquoy ?

SOTTINET.

Pour ce qu'il est trop sot. 195 Le Roy.

Qui est il?

COQUIBUS.

C'est un guippelin, Et le mal desainct Mathelin ' Le tient au sommet de la teste.

Le Roy des sotz.

Non fait ; mais ce n'est qu'une beste, Ou il est en ce point honteux. 200

Triboulet, Il cloche devant les boyteux Et faict le sot devant les sotz.

Guippelin, respons moy deux mots.

Dy moy, pourquoy ne parles tu?

S0TTINET.

II craint ainsi d'estre battu. 2o5

COQUIBUS.

Non faict ; mais il a le lempas *.

1. C'cst-à-dirc la folie. Voy. Montaiglon et Rothschild, Recueil de Poésies françaises, t. X, p. 304.

2. Littré définit le lampas» une tumeur inflammatoire qui survient quelquefois au palais des chevaux derrière les pinces de la mâchoire supérieure » C'est, ajoutc-t-il, un synonj'me de fève.

Le Roy des sotz.

Non a, vrayement; il ne l'a pas.

Tu scès bien qu'il n'est pas cheval.

SOTTINET.

Il a doncques quelque aultre mal.

A il point le panthagruel ' ? 210

Le Roy des sotz.

On ne l'a jamais si cruel Qu'il garde de parler aux gens.

Triboulet.

Il pourroit bien avoir les dens De la gorge toute verrie.

Le Roy des sotz.

Tu le dis affin que je rie. 2 1 5

SOTTINET.

Quoy doncques ? A il l'esquinance .

MiTTOUFLET.

Par Nostre Dame I je le pense, Car il beut hyer mon hypocras.

Le Roy des sotz.

Mais il a le gosier tout gras Encor de caresme prenant. 220

S0TTINET.

S'on veult qu'il parle maintenant, Il le vous fault boutter en caige.

Nenny, nenny, tu n'es pas saige, Mais luy donner de bonne pie \

209 donc — 220 Encore

1. ho. panthagruel doit être la maladie des buveurs ou simplement l'envie de boire.

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