Recueil général des sotties
La pièce dont nous allons parler ne compte pas moins de 1 577 verset, bien qu'il y en ait un assez grand nombre de trois ou de quatre syllabes seulement, elle nous paraît trop longue pour n'avoir été qu'une simple sottie. Il est probable qu'elle occupait dans une représentation à la fois la place de la sottie et celle de la moralité. Le poète, qui a mis en scène le Monde et Abus, s'est en effet proposé de soutenir une thèse morale et il l'a rendue plus compliquée que n'ont fait les auteurs des Trois Galants [a° II) et des Gens nouveaulx (n° IV).
Au début de la Sotise est placée une ballade dont les équivoques, à peu près incompréhensibles, annoncent dignement les pointes, les jeux de mots, les bizarreries de toute sorte qui vont suivre.
La ballade achevée, Abus prend la parole et donne
T. Il I
au Monde le conseil de suivre Plaisance Mondaine. Il s'offre à le remplacer dans le gouvernement, tandis que le Monde, déjà vieux, prendra un peu de repos. A peine Abus s'est-il saisi du pouvoir qu'on voit arriver Sot dissolu, habillé en homme d'Église, Sot glorieux, habillé en gendarme, Sot corrompu, qui personnifie les magistrats, Sot trompeur, en qui se sont incarnés les marchands, enfin Sot ignorant et Sotte folle qui, à eux deux, représentent le peuple. Cette belle assemblée veut, avec le concours d'Abus, élever un Monde nouveau où Hypocrisie, Apostasie, Lubricité, Lâcheté, Pillerie, Avarice, Mépris, Trahison. Corruption, Affliction, Parjurement, Larcin, Convoitise, Chicheté. Rusticité, Murmure, Rébellion, Fureur, Dépit, Caquet, etc., tiendront la place de toutes les vertus. Au milieu de ce Monde nouveau, les cinq Sots tombent amoureux de Sotte folle; celle-ci déclare qu'elle donnera la préférence à celui d'entre eux « qui fera plus beau sault». Il y a lutte alors entre ces personnages, qui renversent le fragile édifice qu'ils ont élevé, et le Monde rentre en possession de son domaine. A la fin de la sottie, le Monde récite une nouvelle ballade, puis il ajoute cinq vers pour prendre congé du public.
Les allusions historiques sont pour la plupart fort obscures; aussi nous sommes-nous trompé dans notre monographie de la Sottie en attribuant cett-e pièce à l'année i5i4; elle doit être de 007.
Le chancelier dont le poète meniionne Tenirée en lonctions toute récente (v. 670), était Jehan de Ganay, qui tut pourvu de son office le 3i janvier 007. Une allusion à Michèle Rizzio (v. 673), allusion qui nous avait tout d'abord échappé, ne nous permet pas de reculer la date de la sottie au-delà de i5o8, ce personnage étant mort le i3 décembre de la même année. Divers autres traits satiriques sur lesquels nous avons attiré l'attention dans nos annotations se rapportent
bien à la date que nous avons indiquée ' ; mais les hésitations par lesquelles nous avons passé nous permettent de croire que le lecteur attentif pourra faire après nous bien d'autres découvertes.
Voici les fragments de chansons que nous relevons dans la pièce :