‹ Recueil général des sotties (volume 3)Chapitre 2 sur 96 · Et l'autre jour, je m'en alloye · texte numérisé non relu

Et l'autre jour, je m'en alloye

Tara ra huy damgnoys... (v. 227-228).

Le style compliqué, les traits malicieux décochés contre les magistrats, même contre le chancelier, la donnée générale de la sottie, tout en un mot nous révèle ici l'œuvre d'un basochien. La basoche qui avait organisé la représentation devait être celle de Toulouse, comme l'indiquent les allusions à Saint-Sernin (v. 714, 789) et aux marchands toulousains \v. io63) '. La copie livrée à l'imprimeur avait dû être exécutée par un méridional : c'est ce qui est indiqué par la graphie Ih pour / mouillé dans soleilh (v. 9), deulh (v. 39), vielhe (v, 52), vieillesse (y. So], ciieulhir (v. 1 1^], merveilhe [y. 1097), aureilhe (v, 1098), ralherie (v. 1 195), gentilh (v. 1204), etc., ainsi que par la forme piessa pour pièce (v. 591, 665, etc.). Mais la langue en elle-même n'a rien de méridional, et il n'y a sans doute pas lieu de chercher l'auteur dans le midi.

i. Il semble surtout que notre basochien, comme l'auteur de la Sottie nouvelle de V Astrologue {t. I, n" VII), ne craint pas de s'attaquer à la puissante famille d'Amboisc.

2. Sans l'allusion aux marchands toulousains, on pourrait aussi bien penser à Bordeaux qu'à Toulouse, car le nom de Saint-Sernin, qui est altéré, pourrait se lire Saint-Seurin et nous savons que les chanoines de la collégiale bordelaise avaient une manie des procès qui devait les désigner aux railleries des clercs de la basoche.

Les bibliographes attribuent d'ordinaire la Sotise a huit personnaiges à Gringore, ou à Jehan Bouchet sans que cette attribution ait jamais été appuyée d'aucune preuve '. Gringore n'est guère tombé qu'une fois dans le ridicule des rimes compliquées à plaisir; il a glissé des vers batelés et couronnés dans 'un petit ouvrage de sa jeunesse : La Complainte de la Terre Saincte; mais le Jeu du Prince des Soî^ et le Misterc de saint Loys montrent bien qu'il ne se serait pas permis ces misérables tours de force dans une œuvre dramatique. Quant au grave Jehan Bouchet, il a su, lui aussi, éviter presque toujours ces rebutantes équivoques, et quand même il les aurait cultivées de préférence, il faut n'avoir pas lu ses ouvrages pour lui attribuer notre Sotise. Il dit lui-même qu'il n'a jamais cultivé l'art dramatique :

La main ne mectz en farces ne misteres, Aussi mes vers sont tristes et austères; Mais quelques gens foulz et injurieux, Rudes d'esprit, haulsaires, glorieux, Lorsque ont vouloir quelque injure me faire Dient que (je) suis ung farseur et rithmaire; Qui me faict mal quant l'art des orateurs Voy despriser par telz foulz détracteurs. Confort je prens en ce que homme de lettre Ne voulut onc tel noble art si bas mettre, Et qu'on [n'J a veu, ne me veoit on jouer Farce ne roUe, et a ce me louher \

Ailleurs Jehan Bouchet revient sur le même sujet; il s'excuse auprès du roi de la basoche de Bordeaux de ne pouvoir composer aucune pièce pour cette société.

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