‹ Recueil général des sotties (volume 3)Chapitre 14 sur 96 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

Le titre porte la marque du libraire GuilLiume Eiistace ; en voici la reproduction :

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Au yo du titre est un bois qui représente l'acteur agenouillé devant le pape et lui présentant son livre. Le pape est entouré de six cardinaux.

Au yo du dernier f. est une grande marque représentant les armes de France que supportent deux lévriers. Au dessous de l'écu principal sont deux petits écus, dont Tun contient le monogramme d'Eustace et dont l'autre est vide. Ces petits écus sont surmontés du porc-épic de Louis XIL Au bas de la planche on lit : Cum gratia et priuilegio régis.

On observera que l'imprimeur, n'ayant sans doute entre les mains qu'une copie défectueuse, a laissé plusieurs vers incomplets (v. 29, 226, 771).

Biblioth. nat., vélin 2827 et Inv. Rés. Yf 2.984 (ancien Y 4872 A). — Musée Condé, à Chantilly, deux exemplaires, dont un sur vélin (Cigongne, n°* 1465 et 1466). — Cat. Lignerolles, 1894, II, n» 1498.

SOTISE

C'est a savoir :

Le Monde, Abuz,

Sot dissolu, Sot glorieux, Sot corrompu, Sot trompeur, Sot ignorant Et Sotte folle.

Fol. Aij Le Monde commence.

Au temps premier que hault Dieu me créa, Qui tout créa : elementz, asmes, corps, Son bon vouloir, me faisant, recréa, El recréa maintz tueaulx a mes cors ; Bons et accors les fit, maiz mal acors.

L'édition originale ajoute au titre, au-dessous de la marque du libraire Eustace : Hz se vcndet [sic] a la Juifrie, a lenseigne des deux sagittaires, et au paiays au troisiesnie pillier. — 4 a mes corus — 5 bous

Tant de discors en faitz et en ditz que ors Mys et discors ont purté blanche et munde : C'est grand pitié que de ce povre Monde".

D'ung beau soleilh luysant me guerdonna;

Tel guerdon ne a le Monde en ses desportz ; lo

Cieulx, elementz, planettes ordonna,

Puis ordonna argent, la mer des portz,

Fruitz, grands apportz,chevaulx,beufs, asnes, porcz;

Et sans effortz demeurent toutz es fortz

Et jeunes, fors l'humain qu'est tout immonde : i5

C'est grand pitiéque de ce povre Monde,

Mon créateur, quant il me aparsonna,

Appart sonna chacun effect; dez lors

Pour l'homme humain, duquel la parsonne a,

Le parc sonne a, maiz il s'en fuyt d'esté hors, 20

Donnant a sortz par bien divers assortz,

Ses champs, ses ortz a nourrir vices ortz,

En ses consors se mectant hors de bonde :

C'est grand pitié que de ce povre Monde.

Prince, a tout les vivens grandz remortz 25

Quant j'aré mortz leur corps tant furibonde

i5 Et est suppléé — 19 parsoum a

I. Ce refrain est imité de Meschinot (mort en i49')' Une bail n de qui se lit dans Les Limettes des princes (éd. de Lyon, Olivier Arnoullet, s. d., pet. in-8 goth., foi. Mviij) a pour refrain : C'est grant pitié des misères du monde.

(Cf. Biblioth. nat., mss. fr. 2206, fol. 1.^4; ?9?9, fol. 44.)

Jehan Bouchet s'est inspiré du même vers dans une de ses ballades :

C'est grand pitié de ce monde fragille.

(Opuscules du Traverseur, i526, in-4 goth., fol. Gviij : Généalogies, Effigies et Epitaphes des roys de France, '343, in-fol., fol. lia*".)

Alors diront, roghant leurs ruddes mortz : C'est grand pitié que de ce povre Monde.

v° Abus.

Avant que en oultre [je me fonde] .

A labourer sur ceste terre, 3o

Il fault que j'endorme le Monde, 7^;

Et puis je n'aray plus de guerre.

Vadat an Monde.

Dieu gard, Monde ! Puis, nostre verre Est il rompu ? Bevons ensemble.

Monde.

Ha, mon amy!

Abus.

Qu'as tu ?

Monde.

Je tremble.

Ton labourer m'a tout changé. '*^i ''^ Estre souloy tant bien rangé 35

En ma première geniture ; Mais, depuis que ton ouverture Fist pulluler ses arbres cy ', Je ne fuz qu'en deulh et soucy, En dangier de prandre ung faulx tour. 40

Abuz.

Hé ! n'ay je pas par ma labour Amprès de tes branches ensiennes, Affin que plus longuement tiennes, Faict venir tous ces arbres vers ?

I. Il y avait donc sur le théâtre un décor représentant un jardin.

oc

Je te repputerois pervers 45

Si ne le prenès a grant gré.

Monde.

Trop mieulx vault monter le degré Seur et parfaict qu'en grant regré Monter vif neuf til et oblicque '.

Abuz.

Fol. Aiij Mieulx vault ce vert bien acoustré 5o

Que ce vieulx boiz que m'as monstre.

Tu sens trop ta vielhe praticque, Monde; ne soyes fantasticque, Car te promectz que, se m'entendz, Laissant ta vie monasticque, 55

Je te feray passer le temps Si bien que avrons de plaisirs tantz Que plus n'en sçaroys demander.

Laisse soucy, corroux et tans ; Panse ung petit a t'esmander. 60

Monde.

Et puis, la fin ?

i? Abuz.

De desbander Force de plaisirs et soûlas.

Pleust a Dieu, te tint en son las Ma maistresse tressouveraine!

Monde.

Qui est el ?

Abuz.

Plaisance mondayne, 65

Que m'a commandé de nourrir

47 le vieulx degré — 5i que de ce vieulx boiz — Sa tu sans — 59 et taux — 63 Qui est elle I. Sans doute « titre pendu ».

Ces arbres cy, et pour ovrir Les espris qu'a mortiffiés.

Monde.

Toutz ceulx qu'en toy se sont fiez,

Deffiés 70

Se sont trouvés par fin de compte.

Ta maistresse a maintz gens neyés,

Dont n'ayés Motz que tu diz d'en fere conte,

Qu'en mesconte jS

Ne se trouve par tes propos; Et qui sur toy par apuy monte

A grant honte Vient il pour certain en depoz.

Abuz.

Vielhesse mect de tieulx compoz 80

En tes potz Pour te donner merencolie.

Tu resves. Entendz tes suppotz.

Atropos Desja de son lyen te lye. 85

Hé, Monde, laisse tel folye.

Chère et lye Te donré, se tu me veulx croire.

Ta pensée est toute amollie,

Hors saillie 90

De tout bon propos et mémoire.

Monde.

Est il donc vray?

Abuz.

C'est tout notoire.

Pauvre homme, tu te vas mourir

te dorerre — 92 donc est suppléé

A faulte de te secourir.

Vault il pas mieulx prandre plaisance,

Gaudir, Jouer, fouyr nuysance?

Ha! croys moy que tu as esté

En quelque lieu a cest esté

Ou l'en t'a tourné ton serveau.

Monde.

Quel remède?

Abuz

Fol. Aiiij Quel ? Bon et beau.

Le Monde.

Mon amy, je le veulx sçavoir,

Car, affin de te dire veoir, .: :

.le ne veulx pas si tost mourir.

<.;', Abuz.

Monde, il te fault endormir

Et reposer ta fantasye.

Couche toy cy, et mélodie

Ouyras, te donnant ;salut.

Tromper, trompant, trompe, trompé!

Mon son n'est que bien atrempé

Pour devenir à mes actaintes '.

Vez la mon villain endormy ;

Maintenant n'aray hom qui grougne,

Il me convient mectre en besoigne

Affin de cueulhir quelques fruyct

Des arbres que j'avoys construict.

Je croy que le fruict est dedans;

Mais, de mes braz, piez, mains ou dens,

Ou a bon cop de ce sarpeau,

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96 moysance — 1 18 se

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