I. Il doit manquer un vers
Abuz.
Sus, tost, soyez recompansés 1420
De vostre fasson et manière.
Dicant omnes :
Arrière, arrière!
Sot dissolu, Sot glorieulx, Sot corrompu. Faictes nous place!
Sot trompeur et Sot ignorant.
Qu'on ne nous fiere!
Alii très.
Arrière, arrière! 1425
Illi duo.
Qu'on ne nous fiere!
Ayons espasse !
Alii très.
Arrière, arrière !
Faictes nous place!
Sot dissolu.
Quelc'un me casse. 1430
Sot glorieulx.
Passer me fault.
Fol. Eiij Abuz.
Or, sus, sus, villains, a l'asault !
Qui gainera doncques l'honneur !
Dicant omnes pugnando vehementer, intantumque Mundus cadat super eis:
Hay avant !
Abuz, dum videt cadere Mundum, dicit :
A Dieu, mon labeur!
Omnes.
Hé, Dieu, tout s'en va par abysme. 1435
1423 [en vedette) glorieulx — [dans le vers) nous est suppléé — i^3^[dans le jeu de scène) domi videt — 1435 abysine
T. II i
gS X. — LE MONDE ET ABUS
Sot dissolu.
Abuz, voyons quel selogysme Saras tu fere, respondant.
N'as tu pas grand tortevidant D'avoir faict si meschant ouvraige ?
Abuz.
Regardez quel fustvostreentraige. 1440
L'autre Monde nous fistdestruyre, Se vantant de trop mieulx construyre Ung autre, dont avons oultraige.
Abuz.
Regardez quel fut vostre entraige.
Sot corrompu.
Nous nous estions a toy fiez; 1445
Serons nous ainsi deffiez?
Se seroit ung piteux soulaige.
Abuz.
Regardez quel fut vostre entraige.
Sot trompeur.
Seroient toutes mes marchandises Par ung seul cas ainsi surprises? 1450
j;" N'arons nous de toy autre gaige?
Abuz .
Regardez quel fut vostre entraige.
Sot ignorant.
Laisseray je prez, vignes, champz, Restes, oyseaulx et leurs doulx chants D'ung seul cop, et mon labouraige ? 1455
1436 selogysine — 1442 le vantant — 1449 Seroit — 145 1 narons nous point
Abuz.
Regardez quel fut vostre entraige.
Sotte folle.
Aront prins fin tous mes plaisirs?
Aray je le bout des désirs Ausquelz estoit tout mon couraige?
Regardez quel fut vostre entraige. 1460
Nous n'entendons point ton langaige.
En effaict tu es meschant maistre.
Dans les arbres tu nous fiz naistre Et deffaire le Monde vieulx ; Maintenant ne terre ne cieulx 1465
N'avons cru pouvoir demourer.
Sot glorieulx.
Enseigne nous de labourer Pour nous acquérir demourance, Ou autrement ton asseurance Ne sera que une illuzion. HZ^
Abuz.
Vous vintez par Confuzion ; Si en icelle retournez ; Dictez qu'estez par retour nez En revenant au premier gitte.
Fol. Eiiij Sot trompeur.
Ou nous metz tu?
Abuz.
Ou Je vous gicte? 1475
Cent lieus delà soleil levant.
Sot ignorant.
Piteusement se abbat le vant
1475 gecte.
lôO X. — LE MONDE ET ABUS
D'Abuz, que conduyt les humains ;
De ses assaultz j'en ay heu mainctz,
Dont prandre fault fin doloureuse. 1480
De folle vie maleureuse Fin souvent vous verres tenir.
Pour Abuz suy vre et maintenir A fin venons tresmiserable.
Sotte folle.
Hé, Abuz, au moinctz quelque cstable, 1485 Quelque lieu destruyt et deffaict Ne pourroit il donc estre faict Pour nous loger, au lieu du Monde?
Abuz.
Possible n'est, puis que la bonde
De Confuzion est rivée. 149^
Sot dissolu.
Ou ferons nous nostre arrivée ?
N'arons nous ne santier ne voye ?
Abuz.
Je vous remectz et vous envoie En Enfer ou en Paradis; Pansez si voz faictz et voz ditz 149^
Ont l'ung ou l'autre mérité.
V" Mantir ne peult la Vérité
Que qui vist a son seul plaisir
Par fin devient en desplaisir;
Par quoy de vous je me desmectz. 1 5oo
Allez ou vouldrez a jamais ;
C'est vraye rétribution
1479 'c nay heu — 1487 donc est suppléé — 1490 desriuee — i5o3 la vraye.
De vostre grant Confuzion, En laquelle voulsistez naistre.
Sot dissolu.
Piteulxguerdon de meschantmaistre. i5o5
Sot glorieulx.
Noter peult, qui notervouldra.
Sot corrompu.
Mal finer doibt qui en mal veult naistre.
Sot trompeur.
Piteux guerdon de meschant maistre.
Sot ignorant.
Mal finer doibt qui en mal veult naistre.
Sotte.
De mal jamais bien n'adviendra. i5io
Sot dissolu.
Piteux guesdon de meschant maistre:
Noter peult qui noter vouldra.
Sot glorieulx.
Abuz si bon semblant monstra De prin sault, maiz puis a la fin Nous a faict sentir le venin i 5 1 5
Duquel donne a mainz a bruvaige.
Sot corrompu.
Or sus, perdu avons le gaige De vivre au Monde qu'avons faict; Punys nous a nostre forfaict; Fol.Ev Ainsi péché pécheurs convoya. 020
Sot trompeur.
Nous n'avons ne santier ne voye,
i5o3 grande— i5io nen aduiendra — i5i6 abries aige — loig puys nous a
Ne lieu ou tirer qu'on le voye.
Abuz ainsi nous a dessus, Sans sçavoir ou serons receuz Et qui tire pourra tirer! i525
A Dieu, plus ne fault demourer.
Dicant omnes ; A Dieu, A Dieu!
Recédant Fun sa, l'autre la.
Le Monde vie>it et treuve tout vuyde.
Cueurs endurcys, plainz de grandz vilitez, Que ne pansés qu'en voz humanités, Gaudir, jouer, vivre a vostre plaisance, i 53o
Considérez que voz grandz vanitez, Plainnes d'abuz et de mondanités.
Feront ung jour bien piteuse silence.
Av'ous point veuz les sotz plains d'insolence, La sotte aussi vivre en grand excellence i535
A leur plaisir, sans mectre en leur eau bonde? Et puis leur fin a esté par doleance : Frappés se sont et de leur mesme lance. Ce n'estpasjeuque sefier auMonde:
Bienest deceuqui se fie enceMonde, 1540
Par eulx fuz mys en grandes vilités ; Desrision en pouvres quantitez M'avoient balle, cuydant avoir vengeance; Mais a la fin pouvres utilités v° En ont ilz heu, car leurs transquillités 1545
Ont mené pleurs et deulhs sans allegehance. Abuz les mist en sa folle reghance,
i528 vuitez — i53i grandz est suppléé — 1540 se fit — 1542 quatitcz
SOTISE A HUIT PERSONNAIGES Io3
Dont sont venuz a tresgrand indigehance,
Comme apartient au foui que ainsi se fonde.
Ung Monde firent nouveau, tout plein d'offence; i 55o
Mais sur eulx mesmes est cheue leur deffence.
Cen'estpasjeu que se fierau Monde:
Bien est deceu qui se fie ence Monde,
O cueurs haultains, farsés d'iniquités,
Vitieux, parvers, qu'avés tout bien quicté, i555
Voyent tieulx faictz prandrez vous cognoissance?
Helas, pancez que jamaiz Vérité
Ne peult faillir : ayez donc cherité,
De voz meffaictz saississant repentance.
Si vous mectez en tieux jeux pascience, i 56o
Las! qui fera a la Mort résistance
Comme celluy qui tous les meffaiz donde ? '
Temps ne sera lors laisser l'accointance,
Ains conclurrés que, par juste sentence.
Ce n'est pas jeu que se fier au Monde : i565
Bien est deceu qui se fie en ce Monde.
Prince, noz faitz sont de tel conferance Qu'on ne mect plus aucune differance Vivre ou mourir, qu'est chose furibonde. Si vous noctez bien nostre demonstrance, iSjo Vous cognoistrés que, pour fuyr soffrance, Bien est deceu qui se fie en ce Monde : Ce n'est pas jeu que se fier au Monde. Seigneurs et dames de la ronde.
1548 tregrand — i553 bien est deceu, &c. — i555 parues — i562 comment — i563 laisse — i565 ce nest pas ieu. &c. — i566 bien est deceu. &c. — 1572 bien est deceu. &c. — 1673 ce n'est pas ieu. &c.