‹ Recueil général des sotties (volume 3)Chapitre 28 sur 96 · Voy. tome I, p. xj · texte numérisé non relu

Voy. tome I, p. xj

sérieuse; mais le masque de la folie permettait toutes les audaces ; aussi la sottie a-t-elle plus d'importance que la moralité et que la farce. En voici le sujet en quelques mots :

Le prince des sots, qui personnifie Louis XII, veut passer une revue générale de ses suppôts. Après le défilé de divers sots, en qui s'incarnent les grands seigneurs laïcs, on voit arriver divers abbés grotesques, qui ont pour cortège l'Ignorance, la Dissipation et la Paillardise. Les sots qui composent la suite du prince reçoivent, non sans surprise, ces hauts dignitaires ecclésiastiques. Mère sotte arrive, à son tour, revêtue des attributs de la papauté et suivie de ses ministres, Sotte Fiance et Sotte Occasion. Elle pousse les sots à la révolte contre le prince; mais ceux-ci veulent rester fidèles à leur chef: seuls les abbés sont entraînés à la trahison. Alors « se fait une bataille de prelatz et de princes »; Mère sotte est dépouillée de ses ornements sacrés; on la reconnaît pourtant et tout le monde l'abandonne.

La moralité, qui est plutôt un dialogue qu'une action dramatique, a un caractère plus sérieux que celui de la sottie. Au début le Peuple françois constate que, si son territoire n'est pas ensanglanté par la guerre, il n'en supporte pas moins de lourdes charges, qui rendent l'épargne impossible; le Peuple ytalique énumère les maux que la guerre et l'anarchie font peser sur lui. Un débat s'engage entre les deux personnages: le Français se plaint que les biens qu'il amasse sont portés chez son voisin; l'Italien répond que son rival est plus heureux que lui, grâce aux vertus du prince qui le gouverne. Le premier reproche au second ses trahisons ; l'Italien n'essaie pas de nier ; mais, objecte-t-il,

Il n'est rien pire, par ma foy, Qu'est un François ytalique.

Doit-on voir dans ces vers une attaque contre les Italiens et contre l'influence italienne, qui, on l'a vu pré-

cédemment ', était assez peu populaire? Nous ne le pensons pas; nous croyons plutôt que le « François ytaliqué » désigne ici le Français qui tremble devant le pape et se laisse corrompre par lui. Les deux acteurs restent, en effet, sur ce trait, et cèdent la parole à l'Homme obstiné, c'est-à-dire à Jules II. Si l'on songe que l'auteur chargé de ce rôle devait paraître en scène revêtu de la tiare pontificale, on sera surpris de la hardiesse de Gringore. L'Homme obstiné récite une ballade où il s'accuse lui-même de tous les crimes. Peuple ytaliqué l'engage à changer de propos, à se montrer humble, courtois et doux, pour calmer la colère des Français ; mais le pape refuse de céder. Alors paraît Pugnicion divine, « hault assise en une chaire et élevée en l'air ». Pugnicion fait le procès du parjure, qui agit « par conseil judaïcque », et le menace du châtiment qu'il a mérité. Le pape ne se laisse pas émouvoir ; ses conseillers, Symonie et Ypocrisie, le fortifient dans son entêtement. L'un et l'autre se vantent d'étendre leur pouvoir Jusque sur la France. Dans un habile développement, Gringore tâche de discréditer le clergé français en général et d'ôter ainsi toute valeur aux arguments qu'il aurait pu faire valoir en faveur du pape. Pugnicion divine s'en prend également à Peuple françois, à Ypocrisie, à l'Homme obstiné, à Symonie. Peuple français s'excuse en rejetant les torts sur l'Eglise. Un personnage nouveau vient mettre fin à la querelle. Ce personnage, appelé Les Démérites communes, avoue que l'homme obstiné n'est qu'un fourbe et un simoniaque, gouverné par un juif ^; que Peuple ytaliqué subit les conséquences de la politique inau-

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