Rossignollet qui chante a[u] vert bocage, aS
Va t'en dire a mon loyal aniy Que luy et moy ferons joye sans soucy Se je ne l'ay, las ! (je) demourray seullette.
(Biblioth. nat.,Inv, Rés. pYe. 2720.) Le premier couplet seul tigure dans le Mellange de Chansons publié par Ronsard en 1572 (fol. 32 b, avec une mélodie de Jos-
PAR PIERRE GRINGORE l53
La Commune.
Ennuyt la chose me plaira Et demain il m'en desplaira : 325
J'ay propos muables, divers.
Les ungz regardent de travers Le prince : je les voy venir ; Par quoy fault avoir yeulx ouvers,
326 b muable quin, et fol. 55 b, avec une mélodie d'Ad. Willard). Eustorg de Beaulieu transforma la chanson profane en un cantique spirituel :
Faulte de foy, c'est erreur non pareille;
Si je le dy, j'ay bien raison pourquoy...
Ce cantique, qui fait partie de la Chrestienne Resjouyssance (Genève, 1546, in-8, n'gi), avait été imprimé dès i533 dans les Noéls nouveaulx publiés par Mathieu Malingre à Neuchâtel (Chansonnier huguenot, p. 12 5).
La Sotte commune se bornait peut-être à chanter le quatrain suivant, qui nous a été conservé par Pierre Fabri {Le grand et vrai Art de pleine rhétorique, éd. Héron, 1890, II, p. 85);
Faulte d'argent, c'est douleur nompareille.
Mourir m'en voys, et tiens tant seullement
Que je n'ay rien fors la puce en l'oreille;
Et tout me vient par defFaulte d'argent.
Le premier vers est souvent cité ; on le trouve notamment dans Rabelais (liv. II, chap. xvi) ; dans \a Farce joyeuse du savetier {Le Roux de Lincy et Michel, Recueil, IV, n" 73, p. 5) et dans une ballade de L'Amoureux Passetemps (éd. de i582, fol. E 5).
Roger de Collerye (éd. d'Héricault, p. 223) a composé sur le même refrain un rondeau, en partie reproduit dans la Vraye Protiostication de M^ Gonin (Fournier, Variétés hist. et litt., V, p. 223). Fournier prétend que ce rondeau est devenu une chanson, qu'il dit avoir rencontrée dans un recueil publié à Louvain en 1554, par Pierre Phalèse. Il est probable qu'il a confondu le rondeau avec la pièce que nous avons citée d'après le Mellange de Ronsard, et la date même qu'il assigne au recueil de Phalèse nous paraît inexacte. Il s'agit sans doute de la Fleur des Chansons à trois parties, etc. (Louvain, Pierre Phalèse, et Anvers, Jean Bellère, 1574), collection très rare, qui ne nous est connue que par la mention de Fétis,et dont la Bibliothèque nationale ne possède pas d'exemplaire.
l54 XI. — SOTTIE CONTRE LE PAPE JULES II
Car scismes orribles, pervers 33o
Vous verrez de brief advenir.
Gavecte.
La Commune ne sçait tenir Sa langue.
Fol.Biv Le .IIL
N'y prenez point garde:
A ce qu'elle dit ne regarde.
(y La Mère sotte, habillée par dessou:^ en Mère sotte ' et, par dessus son habit, ainsi comme l'Eglise.
Sy le dyable y devoit courir, 335
Et deussay je de mort mourir
Ainsi que Abiron et Datan,
Ou dampné avecques Sathan,
Sy me viendront ilz secourir !
Je feray chascun acourir 340
Après moy et me requérir
Pardon et mercy a ma guise.
Le temporel vueil acquérir
Et faire mon renom florir.
Ha! brief, vêla mon entreprise. 345
Je me dis Mère Saincte Eglise,
Je vueil bien que chascun le note,
Je maulditz, anatematise;
Mais soubz l'habit, pour ma devise,
Porte l'habit de Mère sotte. 35o
Bien sçay qu'on dit que je radotte
Et que suis fol en ma viellesse *;
33o b horribles — 333 b sa légende — 335 Au-dessus de ce vers h repète, en vedette, le nom de La More sotte.
1. La marque de Gringore, reproduite ci-dessus, nous montre comment était fait ce costume de Mère sotte. La robe y remplace naturellement le maillot collant que portaient les simples suppôts.
2. Jules II (Giuliano Délia Rovere) était né en 1453 ; il avait donc alors soixante-neuf ans;
PAR PIERRE GRINGORE l55
Mais grumeler vueil a ma poste ^^^
V* Mon filz, le prince, en telle sorte .. ^
Qu'il diminue sa noblesse '. 355
Sotte Fiance !
Sotte Fiance. ., ^
iib nO La haultesse . ^^j
De vostre regnom florira.
La Mère sotte.
Il ne fault pas que Je délaisse ,,
L'entreprise ains que je cesse.
Cent foys l'heure on me mauldira, 36o
Sotte Occasion.
Qui esse qui contredira Vostre saincte discrétion?
Tout aussi tost qu'on me verra Avec vous, on vous aydera A faire vostre intencion. 365
Mère sotte.
Or ça, ma Sotte Occasion, Sans vous ne puis faire mon cas. .^
Sotte Occasion.
Pour toute resolution Je trouveray invention De mutiner princes, prelatz *. 370
Sotte Fiance.
Je promettray escus, ducatz,
1. Le pape prétendait restreindre les droits du roi et le chasser de l'Italie.
3. Au mois d'octobre i5i i, Jules II avait annoncé officiellement la formation d'une ligue contre la France, ligue à laquelle le roi d'Aragon et la république de Venise avaient fait adhésion, et à laquelledevaient adhérer encorde roi d'Angleterre et l'empereur.
l56 XI. — SOTTIE CONTRE LE PAPE JULES II
Mais qu'ilz soyent de vostre aliance '. ' Fol. Bv La Mère sotte.
Vous dictes bien, Sotte Fiance.
Sotte Fiance.
On dit que n'avez point de honte De rompre vostre foy promise '. 3/5
Sotte Occasion.
Ingratitude vous surmonte :
De promesse ne tenez compte, Non plus que bourciers de Venise.
Mère sotte.
Mon médecin juif prophétise Que soye perverse, et que bon est. 38o
. , Sotte Fiance.
Et qui est il ?
Mere sotte.
Maistre Bonnet '.
1. C'est aux Suisses surtout que le pape promettait écus et ducats, exploitant le mécontentement provoqué chez eux par la parcimonie de Louis XII.
2. Plusieurs fois Jules II avait fait entendre des paroles de paix, pour rassurer et tromper son adversaire.
3. Le médecin juif Bonnet de Lates, originaire de la Provence, avait joui de la confiance du pape Alexandre VI et il était encore en grande faveur auprès de Jules II. Bonnet avait composé un anneau astrologique dont il avait exposé les vertus dans un traité dédié au souverain pontife; Boneti de Latis Hebrei, medici proven^alis, annuli per eum compositi super astrologiam Utilitates (s. 1. n. d., mais Rome, Andréas Freitag, vers 1495, in-4 : Hain, n» 9926). Ce traité, réimprimé en 1497 (Hain, n" 9927) était alors extrêmement populaire, comme l'attestent les réimpressions qui en furent données à la suite du Textus de sphaera de John Holywood, en i5oo (Hain, n» 14121; Biblioth. de Zurich), en 1^07 (Bristish Muséum, 8562, f.), en i5ii (A. A. Renouard, Annales de Vimprimerie des Estienne, 2* éd., p. 10). On pourrait en citer de nombreuse! éditions postérieures à i5ii.
PAR PIERRE GRINGORE I Sy
Sotte Occasion.
Nostre mère, est il deflfendu En droit par juif se gouverner ?
Sotte Fiance.
Ainsi comme j'ay entendu, 385
Tout sera congnu en temps du :
Il y a lieu a discerner.
Mère sotte.
Doit autre que moy dominer ?
Sotte Fiance.
On dit que errez contre la loy '.
Mère sotte, J'ay Occasion quant et moy.
Sotte Occasion.
Nostre mère, je vous diray : 390
Voulentiers je vous serviray Sans qu'il en soit plus répliqué.
Mère sotte.
Aussy tost que je cesseray D'estre perverse je mourray :
Il est ainsi pronostiqué. 395
Sotte Fiance.
Vous avez tresbien allégué, Ne le mectray en oubliance.
390 [en vedette) a porte simplement : Occasion — 396 {en vedette) a porte simplement : Sotte
I . C'est ce que devait proclamer le concile convoqué à Pise, par les soins du roi de France, pour le i" septembre i5n. Jules II répondit à cette convocation en appelant lui-même les évêques à se réunir en concile œcuménique à Saint-Jean de Latran le i" mai i5i2.
l58 XI. — SOTTIE CONTRE LE PAI^E JULES II
La Mere.
J'ay avec moy Sotte Fiance.
Occasion.
Qu'est la Bonne Foy devenue, Vostre vraye sotte principalle ? 400
La Mere sotte.
Par moy n'est plus entretenue Et est maintenant incongnue ; Au temps présent on la ravalle.
Sotte Fiance.
Si l'ay je veu, juste et loyalle, Autreffois jouer en ce lieu, 406
Fol. Bvj La Mere sotte
La Bonne Foy ? C'est le viel jeu.
Occasion.
Vostre filz, le prince des Sotz, De bon cueur vous honore et prise.
La Mere.
Je vueil qu'on die a tous propos, Affin que acquière bruyt et lotz, 410
Que je suis Mere Saincte Eglise.
Suis je pas en la chair assise ?
Nuyt et jour y repose et dors.
Sotte Fiance. Gardez d'en estre mise hors.
La Mere sotte.
Que mes prelatz viennent icy ! 415
Amenez moy les principaulx.
Occasion.
Hz sont tous prestz, n'ayez soulcy,
4i3 (e« vedette) La m. dans h
PAR PIERRE GRINGORE ihg
Et délibérez, Dieu mercy, Vous servir comme vos vassaulx.
Sotte Fiance.
Croulecu, Sainct Liger, Frevaulx ! 420
Ça, La Courtille et Plate Bource !
Venez tost icy a grant cource !
Plate BouRCi:.
No«tre mère !
Frevaulx.
Nostre asottee !
Croulecu.
Nostre suport, nostre souUas 1
Plate Bource.
Par Dieu, vous serez confortée 425
Et de nuyt et jour supportée Par vos vrays suppotz, les prelatz.
Mère sotte.
Or je vous diray tout le cas.
Mon filz la temporalité
Entretient, je n'en double pas ; 430
Mais je vueil, psit/as ou nephas^ Avoir sur luy l'auctorité.
De l'espiritualité Je jouys, ainsy qu'il me semble ; Tous les deux vueil mesler ensemble 435
Sotte Fiance.
Les princes y contrediront.
^13 h porte en vedette'. Labbe de plate bource — 426 b et de iour — 43 1 b par phas
l6o XI. — SOTTIE CONTRE LE PAPE JULES II
Sotte Occasion.
Jamais ilz ne consentiront Que gouvernez le temporel.
La Mère.
Vueillent ou non, ilz le feront, Ou grande guerre a moy avront. 440
Tant qu'on ne vit onc débat tel.
FolBvij Plate Bource.
Mais gardons Tespirituel; Du temporel ne nous meslons.
La Mère sotte.
Du temporel jouyr voulions.
Sotte Fiance.
La Mère sotte vous fera 44^
Des biens, entendez la substance.
Frevaux.
Comment?
Sotte Fiance.
El vous dispencera De faire ce qu'il vous plaira, Mais que tenez son aliance.
Croulecu.
Qui le dit ?
Sotte Occasion.
C'est Sotte Fiance. 4S0
Je suis de son oppinion.
Gouvernez vous a ma plaisance ; Contente suis mener la dance, Je qui suis Sotte Occasion.
vo Vous avrez, en conclusion, 4^^
Largement de rouges chappeaulx.
438 a tempprcl — 439 b Veuillent ou non il sera tel — 447 * Elle
PAR PIERRE GRINGORE l6l
Plate Source .
Je ne me congnois aux assauli.
La Mère sotte.
Frappez de crosses et de croix.
Plate Bource Qu'en dis tu, abbé de Frevaulx ?
Frevaulx.
Nous serons trestous cardinaulx, 460
Je Tentens bien, a ceste fois.
Croulecu.
On y donne des coups de fouetz, Et je enrage quant on me oppresse.
Mère sotte.
Mes suppotz et amys parfaictz, Je sçay et congnois que Je fais ; 465
De en plus deviser c'est simplesse. Je voys par devers la noblesse Des princes.
Plate Bource.
Allez, nostre mère, Parachevez vostre mistere.
Mère sotte.
Princes et seigneurs renommez, 470
En toutes provinces clamez, Fol. Bviij Vers vous viens pour aucune cause.
460 {en vedette) b Labbe de freuaulx — 464 a amy — 466 b Den — 468 [en vedette) b Labbe de platte bource