LES SOTZ NOUVEAULX
FARCEZ, COUVEZ
[Rouen, vers 1 5 1 3 ?]
LesSot{ nouveaulx ne présentent pas plus d'action théâtrale que Les menus Propos . Trois fous racontent successivement comment ils ont été « ponnus », ce qui donne lieu à des plaisanteries assez grossières ; ils chantent une chanson bachique, exécutent sans doute quelques cabrioles et se retirent.
L'expression de « nouveaulx ponnus » nous fait croire que cette sottie est la pièce désignée dans la Farce du Vendeur de livres sous le nom de Farce des nouveaux Ponus :
Les Fieux et Rentes Des filles nouvelles rendus^ La Farce des nouveaux Ponus, {Et) Le Depuceleur de nourriches \
I. Le Roux de Lincy et Michel, Recueil, II, n" 40, p. i3 ; Mabille, Choix de farces, 1872, II, pp. 2o3, 221.
La mention est précieuse, car elle nous aide à déterminer la date de notre sottie. Parmi les ouvrages cités dans la Farce du Vendeur de livres, deux sont en effet datés : L Obstination des Souyches^ qui a du être écrite vers I 5 1 1 ' et Le Dépucelage de Tournay, de Laurens Des Moulins, qui est de i5i3 * Les Sot:( nouveaulx doivent être du même temps. Nous croyons y reconnaître une allusion à l'expédition de Louis XII contre les Vénitiens et au retour de Tarmée française :
Le Tiers.
Tais toy, tu m'estourdis la teste.
Va veoir ailleurs; je n'en sçay rien; Mais je vous compteray du mien.
Ce fut quant revins de Venise... (v. 189-192).
Ce passage nous reporte à l'année iSog; le suivant est relatif au contraire à l'expédition de Pampelune, où François I^"" porta ses premières armes (i5i2) :
Je suis venu tout en jergault De la contrée de Pampelune Et ay volé du premier sault Jusques cy par roe de Fortune (v, 63-66).
Enfin voici deux allusions à la campagne entreprise par Henri VIII et par Maximilien contre Louis XII (i5i3):
Le Premier.
Je feis bien ung aussi beau faict Quant je revins de Picardie (v. 21 5-2 16).
1. Montaiglon, Recueil, VIII, p. 282; Œuvres de Gringore, II, p. 35o.