‹ Recueil général des sotties (volume 3)Chapitre 52 sur 96 · I. Cailleteaux; ce mot manque dans Nicot et dans Cotgrave · texte numérisé non relu

I. Cailleteaux; ce mot manque dans Nicot et dans Cotgrave

Fol.Aij Je n'avoys ne pied ne oreille, Et si ne sçay comme j'ay nom, Si non le filz de la corbeille ; Je n'avray jamais d'auhre nom. 20

Le tiers Fol primo.

J'ay esté couvé au pignon Du four a ma mère Lubine, Plus estourdy qu'ung haneton :

Dy, hau, Jaquet ou Guillemine!

Et me ponneut une geline, 25

Et si fus couvé d'ung maillard' Qui venoit dedans la cuysine; Veez en la encor le plumart.

Le Premier.

Dieu soit céans, ou Dieu nous gart, Ou nous mette tous en mal an ! 3o

Je n'en puis avoir que ma part.

Autant a Paris qu'a Rouen.

L'autre hier j'avoys une jument Qui cochonna quinze thoriaulx, De quoy je feis du corduen 35

De leur cuir, et de bons houseaulx ; Et si vêla six vingcz chevaulx Et vingt asnes trestous bastés.

Adevinez combien les veaulx V» Que la jument a cochonnez, 40

Quantes oreilles et quans piedz Avoit une chascune beste.

Le Second.

Comment ! je viens encor de naistre, Et si suis enragé de faim ?

24 b ioquet — 34 6 thorcaux — 35 6 corduan

1. Canard mâle; voy. Rolland, Faune pop-, VI, p. 178. Cotgrave ne connaît que la forme mallart; notre texte donne aussi mallard, V. 212.

Se j'avoys au col ung chevestre, 45

Je m'en yrois paistre du fain.

Le Tiers.

Je viens droit du fleuve Jourdain, De la fontaine de Jouvence ', Ou j'ay rapporté a mon sain Une beste de grant essence 5o

Qui fait sçavoir, chascun dimenche, Tout ce que les femmes ont faict.

N'est ce pas une grant science ?

Qu'en dictes vous a ce cornet ?

Le Premier.

Paix la ! paix la ! Que de caquet! 55

Laissez moy mon compte achever De ma truye qui mengea le lait Après qu'el voulut poulener :

N'estoit ce pas pour enrager ?

Si estoit, par sainct Couillebault. 60

A Dieu, car il m'en fault aller, Fol. Aiij Pour quérir sainct Alivergault \

49 b sein. — 58 ab quelle

1. Il est question de la fontaine de Jouvence dans une farce, composée vers i525 ou i53o, que nous avons publiée d'après un manuscrit découvert dans les archives de la Nièvre par M. de Flamare {Bulletin du Bibliophile, 1900, p. 273, et à part). Nous avons ici le plus ancien exemple de la ïorme jouvence, au lieu de jouvente, que le Dict. général ne fait remonter qu'à Ronsard.

2. Qu'était-ce que saint Alivergault ? Sans doute quelque momon grotesque porté au bout d'un bâton. L'obscénité de la sottie fait penser au trop célèbre Balet des andouilles porté en guise de momon, 1628 (voy. Brunet, I, col. 626).

La première épître de Marot « Du coq a l'asne « contient ce passage :

Le rojr va souvent a la chasse Tant qu'il fault descendre la chasse Sainct Marceau pour faire pleuvoir.

(Éd. Guiffrey, III, p. 241.) Or, dans le recueil intitulé : Les Opuscules et petit{ Traicte^ ds

ibb XII. — LES SOTZ NOUVEAULX, F ARCEZ, COUVEZ

Le Second.

Je suis venu tout en jergault De la contrée de Pampelune Et ay volé du premier sault 65

Jusques cy par roe de Fortune.

Le Tiers.

N'y a il point céans quelqu'une Qui fist plaisir au compaignon ?

Ce n'est d'argent ne de pecune, Entendes vous bien ma leçon ? 70

Par Dieu, se j'eusses eu ung con, Comme ces femmes ça et la, Il n'y eust eu haye ne buisson Ou Je n'eusse faict la fanfa '.

Le L, en tenant sainct Alivergault. De par le dyable, AUeluya ! 75

Sang bieu ! que vous estes terrible !

Par les dens Dieu ! il s'enfuyra S'en ne le lie le possible.

Je vouldrois tenir une Bible, Ou l'Evangille de sainct Jehan ; 80

Je sçavroys s'il est imposible De l'avoir; c'est ung droit Sathan, Le Tiers.

v" As tu point de l'herbe sainct Jehan ^ ?

Donne m'en, tu verras beau jeu.

67 a quelqune — 69 a pecuue Clément Marot de Cahors.... (Lyon, Olivier, ArnouUct, s. d., in-8 goth.), recueil dont feu M. de Marchéville possédait un exemplaire probablement unique, on lit sans respect pour la mesure du vers :

De saint Alivargo pour faire pleuvoir.

1. Nous n'avons pas rencontré ailleurs cette locution dont le sens évident est fomicari .

2. Sur les diverses herbes appelées herbes de saint Jean, voy. Littré, v° Herbe.

Le Premier.

Non, Je vais faire veu a Dieu ; 85

Je lelairray en cest estât.

Le Tiers.

Les dens Dieu, c'est ung apostat Qui est venu d'ung austrelin ' ; Je veulx qu'on m'appelle Mymin ', Se neluy fais bien ses raisons. 90

Gardons lay pour les rouaysons ^', Puis le mènerons a Rouen.

Le Second.

Se trouvasse quelque Jouen \ Je sceusse bien qu'on en fera.

Le Tiers.

Par les dens Dieu, qui me croira, gS

Nous yrons a dame Folie Qui nous dira toute sa vie ; Si sçavrons tout le tu autem '".

85 faire est suppléé — 91 b rouuaysons — 94 a le sceussent

1. « Qui est descendu d'un ivrogne, d'un rustre «. Austrelin paraît être le même mot qu'estrelin, que Cotgrave traduit ainsi : << An Easterling, one of ihe East parts, or of the Hanse-townes of Germanie (cf. Rabelais, I, ch. 33 ; prologue du Quart Livre et Prognostication, ch. VI); also, a drunken huff-snufte, swaggerer, swash-buckler ».

2. Maître Mymin est le fils de la Lubine citée plus haut (v. 22). Voy. la Fa}-ce de Maistre Mimin {Ane. Tli. franç.,U,p. 338).

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