‹ Recueil général des sotties (volume 3)Chapitre 66 sur 96 · Fantasies de Mère sotte [éd. aa · texte numérisé non relu

Fantasies de Mère sotte [éd. aa

Ce qui m'a fait en ma fantasie mettre

Plusieurs propos, tant en prose que en mettre,

C'est qu'en l'Eglise ay veu scismes, erreurs,

Et sur les champs gens differens erreurs;

Lors les lyens de Julius rompirent, 5

Dont serfz de Mars en plorent et souspirent. 166 traistre erreurs — 168 prindre... nauarre et castille

payer, le 2 mars i5i5 (n. s.) des gages arriérés [ibid., I, n' 129) et qu'il pourvut, le 17 avril suivant, de la charge de payeur des gages des officiers domestiques de l'hôtel [ibid., V, n' 15896).

1. Gilbert de Montpensier, que Charles VIII avait laissé h Naples comme vice-roi, n'eut pas les moyens de résister aux forces de Ferdinand d'Aragon. 11 dut signer la capitulation d'Atella, qui mettait fin à l'occupation française (20 juillet 1496). Louis XII entreprit une nouvelle campagne en Italie et crut faire preuve d'une grande habileté politique en concluant avec Ferdinand le Catholique le traité de Grenade qui stipulait le partage du royaume de Naples entre la France et l'Espagne (ti novembre i5oo). Au mois d'août i5oi les troupes françaises rentrèrent à Naples ; mais l'entente avec les Espagnols n'était qu'un leurre et, le 14 mai i5o3, Gonzalve de Cordoue prit possession de Naples au nom du roi Catholique.

Ferdinand ne fut pas moins entreprenant du côté des Pyrénées. Après la mort de Gaston de Foix, son beau-frère, il revendiqua la Navarre qu'il prétendait devoir lui appartenir, du chef de la reine Germaine de Foix. Il envahit le pays, se saisit de Pampelune et de tout le territoire situé au sud des Pyrénées. Le jeune duc de Valois (plus tard François l"') essaya vainement d'emporter Pampelune : l'arrivée de l'hiver mit fin à la campagne (i5i3).

2. Jules II, dont le mort mettait en deuil les serviteurs de Mars, s'éteignit le 21 février i5i3.

228 XIII. — SOTYE NOUVELLE DES CRONIQUEURS

Dont serfz de Mars en pleurent et souspirent ; i 70 Mais Dieu transmist ung Léon sur la terre ', Prest d'appaiser la dure et aspre guerre Que discort mect entre les preux christiens, Fol. 5S Voulant tacher a corriger payens.

La Mère.

Lors les Flainens, Almans et Hennoyers 1-5

Se rendirent aux Anglois soubdoyers; Tournay adonc par traistres ce tourna \

Le Tiers .

Therouanne pas joué tel tour n'a,

Les vers 167-168 se retrouvent plus loin (v. 17 et 18 des Fantasles). — Gringore a modifié les v. 171-174 qu'il a reportés plus loin {v. 33-41). — 174 a est suppléé — 175-194 Fantasies de Mère sotte :

Durant ce temps Lansquenetz et Gascons

Vuydoient tonneaulx, quartes, potz et flacons.

L'Aigle je vis, porteur de doubles testes,

Voiler par tout et sans faire conquestes. lo

Les Ours aussi, ravissans et rapteurs,

Se disoient lors des princes correcteurs ;

Les Albanois, qui haulx chappeaulx portoient,

Par mons et vaulx nuyt et jour estradoicnt.

Je vis Al(e)mans, Flamens et Hennoyers i5

Qui aux Angloys se rendoient souldoiers.

Les Espaignols, qui possedoient Castille,

Prindrent Navarre et Naples par castille.

Le Porc apic fist paix en plusieurs cours,

Puis la mort vint, qui le mit en decours. 20

1 . Le cardinal Giovanni de' Medici, qui prit le nom de Léon X, fut élu pape le 11 mars i5i3.

2. Lorsque Henri VIII et Maximilien attaquèrent Louis XII du côté de l'Artois, les habitants de Tournai, qui se prétendaient exempts de toute garnison, refusèrent l'entrée de leur ville aux troupes françaises; ils furent obligés de se rendre aux Anglais et de prêter à Henri VIII le serment defidclité (24 septembre i5i3). C'est alors que Laurent Des Moulins composa Le Dépucelage de Tournay, dont il est parlé ci-dessus, p. 176.

Ce non obstant qu'elle fut abbatue '.

Le Second.

Sans famine se fut bien combatue, i8o

Car vaillance portoit les estandars Des preux hardis, cappitaines, soudars. ; (-r

La Mère.

Durant ce temps, Lansquenetz et Gascons Vuidoient tonneaux, quartes, potz et flacons; Les Albanoys, qui portent haulx chappeaulx, i85 Estradoient par montaignes et vaulx \

Premier. .-^^^^^

Et les Suisses, ours ravissans, rapteurs ^ Se disoient des princes correcteurs;

184 vandoient

1. Après la bataille de Guinegate, Thérouanne avait dû capituler (22 août i5i3). La garnison put se retirer avec les honneurs de la guerre; mais les Anglais, sollicités par les Impériaux, entreprirent de raser les murailles.

2. La garnison de Thérouanne avait beaucoup souffert de la famine, bien que les soldats albanais eussent réussi à y faire entrer quelques vivres et quelques munitions.

3. Pierre Vachot, en i5i3, parle de l'Ours comme de l'emblème des Suisses (Montaiglon, Recueil de Poésies françaises, III, p. 249). Lors de l'entrée de F'rançois iT à Lyon, le 12 juillet i 5i5, on vit dans deux tableaux vivants « ung personnage armé et embastonné et près de luy ung grant ours ravissant lequel, grougnant, ses pattez sucçoyt et ses ongles eslargissoyt ». L'homme d'armes était Ludovic le More et l'ours « estoyt dict l'ours ravissant de Souysse et Berne ». Voy. L'Entrée de François premier, roy de France, en la cité de Lyon, publiée par Georges Guigne, (Lyon, 1899, pet. in-fol.), pp. 3i-34, 39-40).

Claude Paradin [Symbola heroica, éd. de iSôy, in-i6, p. 19) rapporte avoir lu ce distique peint sur un mur du château de Fontainebleau :

Ursus atrox, Aquilaeque levés et tortilis Anguis Cesserunt flammae jam, Salamandra, tuae.

Dans ce distique le « tortilis Anguis » est la guivre de Milan.

23o XIII. — SOTYE NOUVELLE DES CRONIQUEURS

Mais Marie arriva d'Angleterre,

Qui pour ung temps a fait cesser la guerre 1 90

Du Porc apic et des Liepars passans '.

La Mère.

Puis Atropos de ses darps trespassans A trespersé, par son cruel oultraige, Le Porc apic '.

CiNQUIESME.

Chantons sur ce passaige.

Jl^ chantent :

Requiescat in pace. Amen. ' 9^

Premier.

L'Aigle inconstant, porteur de doubles testes ', Volloit par tout et sans faire conquestes.

V* La Mère.

Et en Flandres la Marguerite double

Aux Autruchons avoit fait la veue trouble *;

La on congneut la Sallemandre digne 200

aoo congneu

I. Les traités signés à Londres le 7 août 1614 mirent fin à la guerre entre Henri VIII et Louis XII, et stipulèrent que le roi de France, veuf d'Anne de Bretagne depuis le 9 janvier précèdent, épouserait Marie, sœur du roi d'Angleterre. ^■' 2. Louis XII (le Porc épie) mourut le i^>^ janvier i5i5. " 3. L'empereur Maximilien.

4. Marguerite d'Autriche, veuve depuis i5o4 du duc de Savoie Philibert le Beau, avait le gouvernement des Pays-Bas, de la Bourgogne et du Charolais. Elle dirigeait la politique des Autrichiens (ou comme dit notre auteur, des Autruchons) dans un sens presque toujours hostile à la France. Gringore dit encore, en i52i, dans Les Meyius Propos de Mère sotte (v. 78-80) : Lyon de sable, estant a l'Aigle uny.

Qui fut esclos et couvé dans le ny Des Autriolioiis, fit ung grant tas di.- mines...

Se copuler et joindre avec l'Erniyne ',

Puis le Lion, emparqué et assis,

Se monstra preux, gay, constant et rassis '.

Le Second.

Exposez nous vos termes et langaiges.

La Mère.

Ceux que voyez qui portent les Nuaiges 2o5

Souloient porter le Lion emparqué '.

CiNQUIESME.

Holla, holla! C'est assez répliqué.

Premier.

De l'exposer nous avez fait plaisir.

202 et rassis — 2o3 preux est suppléé d'après les Fantasies : 200-208 Fantasies de Mère sotte :

La Salmendre eut, premier an de son règne,

Autant d'honneur comme en mer a d'arène,

Et le Lyon sur la terrasse assis

Se monstra preux, gay, constant et rassis.

Le Tygre estoit a toute diligence 25

Contre ennemys prest faire résistance.

206 porte — 208 expose

1. « L'Ermyne » désigne Claude de France, fille de Louis XII et d'Anne de Bretagne. Cette princesse avait été fiancée à Charles d'Autriche (plus tard Charles-Quint); mais, au mois de mars i5o6, le roi avait annulé les fiançailles et donné sa fille à François, duc d'Angoulème (« la Sallemandre »).

2. Le Lion « emparqué » désigne les Pays-Bas. Comme nous le fait remarquer M. L. Thuasne, les armes des Pays-Bas, telles qu'elles sont figurées sur le titre de diverses impressions d'Aelbrecht Hendricks, à Delft, nous montrent un lion passant, armé d'un glaive et tenant l'écu d'Espagne, au milieu d'un parc, ou enclos, auquel sont appendus les écus des provinces unies. Cette marque appartient au dernier quart du xvi" siècle; mais la représentation du lion est plus ancienne. Voy. à la Bibliothèque nationale, les pièces cotées M 8422, 8426.

3. Si le Lion emparqué désigne les Pays-Bas, les Nuages doivent être ici l'emblème, soit de Maximilien, soit plutôt de Marguerite d'Autriche qui y représentait l'autorité impériale.

232 XIII. — SOTYE NOUVELLE DES CRONIQUEURS

Premier.

Le Cerf voilant a voulloir et désir

De demonstrer sa force et sa puissance 210

Pour subjuguer les ennemys de France ',

Page 1