‹ Recueil général des sotties (volume 3)Chapitre 67 sur 96 · Fantasies de Mère sotte · texte numérisé non relu

Fantasies de Mère sotte

Le Cerf voilant sur Pegasus voUoit ;

De nuyt et jour en tout bien vigilloit.

Dedans ung pré se reposoit Prudence

Qui en sa main tenoit par excellence 3o

Trois Trèfles vers, laquelle vouJentiers

Oyoit conseil de doctes conseilliers.

L'humble Léon, prest d'apaiser la guerre

Que Discord met entre les preux chrestiens,

Voulant tascher a corriger payens, 33

C'est que leur loy soit abollie, estaincte,

En conquérant la noble Terre Saincte,

Ce pour ce faire a pardons ordonnez

Dont les humains puent estre guerdonnez

Quant ilz mourront ou qu'ilz avront victoire. 40

Selon les faictz est l'œuvre méritoire.

Dans ce passage, Prudence, qui tient en sa main trois trèfles verts, désigne le chancelier Antoine Du Prat, dont les armes étaient : d'or, à la fasce de sable, accompagnée de trois trèfles de sinople.

210 et puissance

I. Le Cerf blanc ailé, ou Cerf volant, dont Froissart (éd. Luce et Raynaud, X, p. 258) et le Religieux de Saint-Denis (éd. Bellayguet, I, p. 70) ont donné chacun une interprétation différente, avait été l'emblème de Charles VI, et se voit, accompagné de la devise Jamais, sur plusieurs manuscrits de grand luxe exécutés pour lui (citons notamment le ms. 2682 de l'Arsenal, fol. 34); mais Charles VI ne fut pas seul à faire usage de cet emblème. M. Léopold Delisle nous communique un passage de la seconde édition, encore inédite, de ses Recherches sur la librairie du Louvre, où il relève dans un manuscrit de la Bibliothèque royale de Munich, Les Cas des malheureux nobles de Pétrarque, copiés en 1458 et enluminés par Jehan Foucquet, une tapisserie, à bandes rouges, blanches et vertes, sur laquelle se détache lecu de France soutenu par deux cerfs blancs ailés, au collier fleurdelisé.

Le Cerf volant fut surtout adopté par la maison de Bourbon, et devint l'emblème particulier de Charles, duc de Bourbon, créé connétable de France le 12 janvier i5i5 {Catal. des actes de Fran-

Car la Roue a perdu son déduit ';

Mais le Liepart, se crois je, acquerra bruit,

Et le Cigne, qui a esté sauvaige,

cois I"', I, n° 43). Lors de l'entrée du roi à Lyon, le 12 juillet i5i5, l'emblème du nouveau connétable fut figuré en grand sur la Saône. La description qui nous est parvenue de cette fête contient une longue explication du Cerf volant, qui rappelait, disaiton, un cerf miraculeux vu du temps de Clovis (voy. h'Entr-ée de François I", roy de France, en la cité de Lyon, publiée par Georges Guigne ; Lyon, 1899, pet. in-fol., pp. 3-7, 9).

Paolo Giovio, qui a reproduit dans ses emblèmes, la figure du Cerf volant, raconte que le connétable « pinse a ricamo nella sopravesta délia sua compagnia un cervo con l'ali, et io lo vidi », ajoute-t-ii, « nella giornata di Ghiara d'Adda, volendo dire che, non bastando il correr suo naturale velocissimo, sarebbe volato in ogni difficile e grave pericolo senza freno. La quale impresa, per la belleza del vago animale, riusci, anchor chè pomposa, corne cieca, non havendo motto alcuno che gli desse lume; il che diede materia di varia interpretatione, come acutissimamente interpréta un gentil'huomo francese, chiamato La Motta Augrugno [Marc Le Groing, vicomte de La Motte-au-Groing] che andô in Roma appresso il papa quando venne l'acerba nuova del re Christianissimo sotto Pavia, et ragionandosi délia perfidia di Borbone, disse a papa Clémente : Borbone, anchora che paia essere stato traditore del suo re et délia sua patria, mérita qualche scusa per haver detto molto avanti quel ch'ei pensava di fare, poichè portava nella sopraveste il cervo con l'ali, volendo chiaramente dire c'haveva animo di fuggire in Borgogna, al che fare non gli bastavano le gambe, se non havesse havuto ancho l'ali, et percio gli fu aggiunto il motto : Cursum intendimus alis. » {Dialogo deW imprese militari et amorose di monsignor Giovio, vescovo di Nocera, et del S. Gabriel Symeoni Fiorentino ; in Lyone, appresso Guglielmo Roviilio, 1074, in-8, p. 14).

Brantôme, qui s'est souvenu de ce passage (éd. Lalanne, I, p. 286, et Montaiglon, Recueil, IX, p. 207), ajoute que, sur des tapisseries, le connétable avait joint au cerf volant la devise de la maison de Bourbon : Espérance.

I. La Roue parait désigner Louis de La Trémoïlle. Après sa victoire de Saint- Aubin du Cormier (1488), Louis avait pris pour emblème une roue accompagnée de cette devise : Sans poinct sortir hors de Vorniere (voy. P. Giovio, Dialogo deli imprese militari, ecc; Lyone, 074, in-8, p. 100; G. B. Pittoni, Imprese, i562,

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