Voy. la sottie, v
on ne sait ce qu'il est devenu '. En même temps que Folie déplore sa perte, elle énumère les membres de la confrérie qui ont disparu dans les derniers temps :
Stéphane, Rolet Nicolas,
Petit Jean, maistre Jaque, helas! 28
Grand Mattey, Perrotin, Hectore.
Au milieu de ces doléances, on annonce l'arrivée d'un « poste », c'est-à-dire d'un messager. Bon Temps n'est pas mort, et le « poste » apporte une lettre de lui. Aussitôt dame Folie convoque ses suppôts :
Guillaume Le Diamantier,
Anthoine Sobret, Gaudefroid,
Claude Baud, Michel de Ladrex,
Maistre Pettremand, Gallion,
Jean de l'Arpe, venez! Jean Bron, 60
Ça! Grand Pierre, Claude Rolet,
Prestre d'honneur, frère Mulet,
Venez et vous avrez nouvelles
De Bon Temps!...
Les suppôts, qui se tenaient « parmi la trouppe », c'est-à-dire au milieu même des spectateurs, montent
I . Dans la poésie populaire il est souvent question de la disparition de Bon Temps; on espère toujours qu'il va venir; mais jamais on ne célèbre ce retour depuis si longtemps attendu. Voy. le poème de Jacques d'Adonville :
Le Bannissement de Malheur En donnant a Bon Temps faveur
(Montaiglon et Rothschild, Recueil de Poésies françaises, XIII, pp. 122-127), puis La Venue et la Résurrection de Bon Temps avec le Bannissement de Chiere Saison [ibid., IV, pp. 1 22-1 32); Les Aproches du Bon Temps {ibid., XII, p. 339046); Les Moyens tresutiles et nécessaires pour rendre le Monde paisible et faire en brief revenir le Bon Temps {ibid., IV, p. i33-i5o; cf. Catal. Rothschild, I, n» 576).
sur le théâtre par des échelles, et se rangent aux côtés de leur mère. Anthoine, qui a « fréquenté les notaires», lit la missive de Bon Temps, et c'est lui qui est chargé d'y répondre. Les deux épîtres sont des documents historiques très importants ; elles nous font connaître l'état des esprits à Genève pendant ces années de lutte qui précédèrent l'introduction de la Réforme.
Bon Temps, qui n'est pas mort comme on l'avait cru, est sollicité de rentrer au plus vite dans la ville, et le « poste » se met en route pour le ramener. En attendant ses enfants décident de reprendre leurs ébats depuis si longtemps interrompus, et de Jouer un jeu nouveau. C'est alors que commence la seconde partie.
La scène comique qui forme cette seconde partie n'a aucun rapport avec ce qui précède. Les enfants de Bon Temps cherchent les costumes qu'ils doivent revêtir pour se livrer à leurs jeux, mais ils ne trouvent pas leurs chaperons de fous. Ils déclarent alors qu'ils ne peuvent rien faire :
Sans cappe tout demeurera.
Mère Folie taille des chaperons dans sa chemise et les leur distribue, non sans que les sots se livrent à des plaisanteries grossières. Tout à coup ils s'aperçoivent que les béguins n'ont qu'une oreille. Ils sont incapables de commencer leurs ébats, et se résignent à boire tranquillement jusqu'au retour de Bon Temps.
Edouard Fournier, frappé de la scène des chaperons a donné à la Sottie le titre de Sottie des béguins^ que nous avons cru devoir adopter, nous aussi, pour la commodité du lecteur. Le titre de Sottie des enfants de Bon Temps serait pourtant mieux approprié.
Le style de la partie comique nous paraît très différent de celui de la première partie. On peut se demander si l'auteur ne s'est pas borné à reproduire, en
l'adaptant aux personnages, un fragment d'une sottie plus ancienne.
Quel peut être cet auteur? Il y a quelque vraisemblance que les deux sotties genevoises sont Tœuvre d'Amédée Porral, secrétaire du conseil. Ce fut Porral qui composa les compliments récités et les histoires jouées lors de l'entrée de l'évêque Pierre de La Baume (11 avril i523). Il reçut alors du conseil une indemnité de 25 florins '. Il paraît avoir composé aussi les vers débités lors de l'entrée de Béatrix de Portugal, duchesse de Savoie (4 août i52 3), et la relation des fêtes données à cette occasion \ Une comédie dont il était l'auteur fut représentée le 9 mars i526, lors de l'entrée des ambassadeurs de Berne et de Fribourg, venus à Genève pour recevoir le serment de combourgeoisie \ Bien peu de Genevois étaient alors capables d'écrire une langue aussi correcte.
Nous donnons ici la liste alphabétique de tous les membres de la confrérie genevoise cités dans les deux sotties de i523 et de 1524. Nous y joignons les quelques renseignements que nous avons pu recueillir sur certains d'entre eux :
Baud (Claude), n" XV (i523), v. 61. — Ce personnage, veut bien nous écrire M. Théophile Dufour, « est peut-être le même que Claude Baud, conseiller dès i528 et syndic en i533. Adversaire de la Réforme, Claude quitta la ville et, en juillet i535, il fut, avec d'autres citoyens, condamné par contumace à avoir la tête tranchée pour crime de trahison. Il vivait encore en 1546 et faisait alors de vaines démarches pour obtenir la permission de rentrer à Genève ». Voy. J.-A. Galiffe, Notices généalogiques sur