‹ Recueil général des sotties (volume 3)Chapitre 75 sur 96 · ROLET · texte numérisé non relu

ROLET

Lisez donc ce que dict Bon Temps.

Antoine. Lit les lettres de Bon Temps.

Folie, je me recommande , . .

,f,, A VOUS et aux vostres aussi.

Par ce poste Printemps vous mande v° De mes nouvelles que voycy. 90

Je suis en bon poinct. Dieu mercy.

En un port de mer estendu.

L'on m'a partout les pieds fendu.

Je vous laissay y a quattre ans A Genève bien désolez 95

80 Le second Qui est suppléé — 82 b tressouent — 87 6 met en vedette Folie et non Antoine

Quand arrivèrent ces gourmands

Qui jamais ne feurent soûlez.

Si d'eux ne fustes affolez

Tenus en este a Dieu vrayment,

Et non pas a ces predicants. 100

Je m'enfuys, car j'avoy peur

D'estre exécuté par justice :

Quand vient ainsi une fureur

De loing fuir est bien propice '.

L'on me mettoit a sus un vice, io5

Par quoy je craignoy les sergents,

C'est que rompoy le col aux gents.

Maintenant, si estes unis,

Si Justice ne craint point Force,

Si d'un bon prince estes fournis, iio

Si flatteurs ont receu l'estorce,

Si la voix du Commun a course.

Si libertez sont demeurez,

Escrivez moy, et puis m'avrez.

Escript la ou je suis, en haste, 1 1 5

A deux lieux près de paradis,

Le jour de la présente datte.

Par le vostre : Bon Temps Jadis.

Folie.

Fol. 3io Or sus, mes fols, mes estourdis.

Je vous prie, soyez hardis 120

De faire response a Bon Temps.

Antoine.

Je respondray bien sur ces dicts, Cornm* l'un de vos estourdis,

Ii3 bS\ liberté

I. Tout ce passage fait à l'allusion à l'exécution de Philibert Berthelier. Ce tragique événement remontait à quatre ansj il avait eu lieu le 23 août iSig.

Mais que vous en soyez contents.

Gallion.

Antoi ne, despesc hez P r in t emp s. I25

Pierre.

Vous estes nostre secrétaire.

Pettremand.

Quant a moy, ainsi je l'entends.

Gaudefroid.

Antoine, despeschez Printemps.

Mulet.

Escrivez luy par mots patents Qu'il vienne, ou bien que l'iron querre. i3o

Gallion.

Antoine, despeschez Printemps; Vo us e stes nostre secrétaire.

Antoine.

Je suis content, pour vous complaire.

Or me laissez un peu songer.

■ Rollet.

Certes Bon Temps fut en danger, i35

Puis qu'il le dit, en ceste ville.

Pettremand.

v° Il fit tresbien de desloger.

Gaudefroid.

Trop de gents le vouloyent ronger.

Mulet.

Il avoit des galeurs un mille.

Gallion.

Si l'on l'eust enfourné en Tlsle ', 140

I. La prison de l'Ile était celle où l'on enfermait les prisonniers justiciables de la juridiction civile^

Parti n'en fust sans composer.

Antoine. Montre la responce quea faitte.

La voila! Qui voudra gloser, J'y ay laissé fort belle espasse.

Grand Pierre.

Et s'il y a trop ?

Antoine.

Qu'on l'efface.

Pettremand.

Il dit bien.

Gaudefroid. Lisez, secrétaire. 145

Antoine.

Or nottez le plus nécessaire.

Antoine lit la response qu'il a faite Seigneur Bon Temps, nostre seule espérance, Dame Folie avec son alliance Vous ressalue par ces lettres cent fois. De vous estoit icy commune voix i 5o

Fol.Si I Que mort estiez ; mais, la vostre mercy, Avons apris, depuis deux jours ou trois, Par vos escripts qu'il n'estoit pas ainsi. Depuis le temps que partistcs d'icy Joué n'avons moralité n'histoire ; i 55

Si nous eussions tant seulement toussy, L'on nous eust fait aller en l'auditoire. Il n'estoit plus question ny mémoire De s'esjouir a jeu de parlement ; Cartes ny dez, cela est tout notoire, 160

Avoient icy course publiquement.

147 b Notre père est seule espérance

Seigneur Bontemps vn million de fois

Au résidu, sachez certainement Que gents de bien sont icy d'union.

Prince assez bon avons semblablement Que tous flatteurs met a perdition. i65

Si n'est justice en sa perfection Et le Commun en liberté remis, Ill'y mettra a sa discrétion, Car dès longtemps ainsi nous l'a promis. Doncques, Bon Temps, nostre père et ami, 170 Retournez cy, avoir veu les présentes '. Nous vous eussions un bon cheval transmis ; Mais Printemps dit qu'avez jambes puissantes. Nous sçavons bien que, toutes fois et quantes D'un lieu partez, qu'avez bonne monture. lyS A ce retour, dessus vos pieds montez Et venez tost comme un bœuf de pasture. Pour le présent, n'avrez autre escripture. Nostre Seigneur vous rameine bientost!

Faict a Genève un jour par avanture, 180

v° Par la Folie et ses nobles supposts.

Folie.

Or sus, que dites vous mes sots?

Gai.lion.

Elle est tresbien.

Pierre.

Faitte par maistre.

Pettremand.

L'on n'y sçavroit oster ny mettre; Il ne la fault que bien serrer. i85

175 qu'auec

I. C'est-à-dire" après avoir vu «. On trouvera des exemples de cette construction dans le Rec. dePoés. franc, de Montaiglon, IV, p. 225; VIII, p. 66; IX, p. 2i3; XIII, p. 5i.

Gallion.

Antoine ne sçavroit errer.

Mulet.

Il est tresparfait secrétaire.

Antoine.

Poste, voyla tout vostre affaire :

Portez le, s'il vous semble bon.

Le Poste.

Je m'en vay monter.

Gallion.

Allez donc ! 190

* » Recommandez nous a Bon Temps.

Le Poste.

Si feray je.

Folie.

Poste, entendez !

Rameine le nous, je t'en prie.

Poste.

F0/.J/2 Je le feray. A Dieu, Folie !

Folie.

Et Dieu te conduyse, Printemps ! tgS

Pose.

Folie.

Puis que Bon Temps n'est mort, enfants, Certes, nous poserons le vefve.

192 b Poster

Grand Pierre.

L'on n'en sçait encor rien. ^^

Pettreman.

Tu resve.

Et nostre lecteur de créance ?

Gaudefroid.

En ces lettres n'a pas fiance. 200

Tu dis vray.

ClaXjde Rousset.

Si fault il reprendre Nos autres habillements vieux.

Antoyne.

Ouy, et si nous fault entendre A jouer quelques nouveaux jeux.

Gallion.

Je m'y accorde.

.-Tf-j Pierre.

Je le veux. 2o5

Pettreman.

Voycy pour moy.

Claude Rousset.

Cestuy est mien.

Claude Rousset.

Mon Dieu, qu'ils sont desja caduques !

198 b encor rien pour vray ^ 201, 206, 207 {en vedette) 8 Claude Rolet

T. II. ig

. Antoyne.

V* Et pour couvrir nos grands perruques ',

N'avrons nous point de chaperons?

Gallion.

Je ne sçay ou diable ils seront. 210

Icy ne sont ils pas.

Pettremand.

Pour vray, Les femmes en ont faict des brayes Ces jours passez.

Gaudefroid.

Ouy vrayment.

Ces advocats de parlement En avront leurs robbes fourrées. 21 5

Ml'LET.

L'on ne sçavroit la, mi, sol, ré Dire sans cappe bonnement.

Folie.

Vous avez prompt entendement Pour bien jouer sans chapperons.

Claude Rousset.

Jouons donq.

Antoyne.

Certes, non ferons. 220

Sans cappes tout demeurera.

2i3 b vrayement — 217 e Dittes — 219, 233 (en vedette) Roict — 220 b nous ferons

I. 0 En France, depuis l'accident de i5ig, à Romorantin, où un tison jeté d'une fenêtre sur la tête du roi l'avait obligé de se la faire raser, on ne portait plus que les cheveux courts ; mais la mode n'en était pas encore arrivée à Genève. On y portait toujours les cheveux longs, comme du temps de Charles VI II et de Louis XII.»

P'OURNUR.

Folie.

Et si j'en trouve?

Gallion.

L'on jouera.

Folie.

Vous jouerez donc, car j'en feray Fol.3i3 Plustost du bout de ma chemise.

Pettremand.

Trop courte est.

Folie.

Je l'allongeray 225

D'un fol que pour ce enfanteray ; Puis sera bien longue a ma guise.

Le voicy.

Gaudefroid.

Certes, l'entreprise Est faicte gorgiasement.

L'Enfant.

Donnez moy le tetet, maman ! 23o

Je veux la lune !

Mulet.

Mais comment ?

Il souffle desja au cornet.

Claude Rousset.

Le petist fait le verre net Maintenant, aussi bien qu'un grant.

Folie.

Ça, ça, puis qu'il y a du bran 235

En ma chemise, si fault il

Que Claude Rousset, qu'est subtil, Y couppe vos béguins, enfants.

Claude Rousset.

Je le veux.

Folie.

Or frappez dedans, Et les taillez a hault collet. 240

Claude Rousset.

V* Cestuy cy ne sera pas laid ;

Je ne sçay que l'autre sera.

Gallion.

Le premier, Anioine l'avra, Car il est nostre segretaire.

Claude Rousset.

Tenez donq!

Antoyne.

Qu'il sent le rozayre ! 245

Cestuy sentira fleur de lys.

Qui l'avra ? Il est bien poli.

Grand Pierre, il sera pour vous.

Grand Pierre.

Que les aultres en ayent tous, Principalement Gallion. 25o

Claude Rousset.

De la pièce, près du roignon, Je luy en vay coupper ung beau.

Or tenez!

287, 239, 245, 25 1, 257 {en vedette) b Rolet — 24g b Faites que les autres

Gallion.

Il est soubz le seau De iMontpellier '.

Claude Rousset.

J'en fourniray Icy d'ung beau pour Gaudefroid. 255

Gaudefroid.

Baillez le moy donc tout de chault.

Claude Rousset.

Fol. 3 14 ■ Je donray cestuy a l'essay

A Pettreman, qu'est bon thibaud.

Pettremand.

Pour mieulx ressembler le quinault, De cestuy m'embeguineray. 260

Claude Rousset.

Cestuv pour moy Je retiendray, Car il est doré d"or d'escu.

Folie.

Tu l'as taillé tout près du cul.

Gouillard, tu prens le gras pour toy.

Et vostre père Mulet, quoy ? 265

Sera il point embeguiné?

Claude Rousset.

Si sera, dea, oui, par ma foy.

Cestuy vous sera consigné.

257 le donneray — 261, 267, 276 [en vedette) b Rolet

I . Allusion aux privilèges dont jouissait le « petit seel royal » de la cour de Montpellier; voir à ce sujet un article de F. Pegat dans les Mém. de Vacad. de Montpellier, VI, 3o3 et s.

Folie.

Puis qu'estes tous enfarinez, Soyez prests a jouer la farce. 270

Pettremand.

Nous sommes prests en ceste place; Commençons !

Gaudefroid.

Dittes, Pettreman.

Mulet.

Paix la! Attendez vous?

Claude Rousset.

v° Comment?

Antoine.

Jouez.

Gallion.

Non fera.

Pettremand.

Et pourquoy ?

Gaudefroid. Je n'ai qu'une aureille '.

Ny moy. 275

!aude Rousset.

Ny moy.

Antoine.

Ny moy.

274 b Et est suppléé — 273 b aurcilh.

I . Le bonnet ou béguin des sots ou des fous était muni de deux longues oreilles d'àne. On en peut voir la représentation ci-dessus, pp. 124 et 123.

Gallion.

Ny moy aussy.

Folie.

Et vous fauldra il pour cecy

Derechef laisser l'entreprise ?

Je les sens dessous ma chemise ;

Mais certes ja ne les avrez. 280

Pierre .

Les raisons !

Folie.

Ha ! vous les orrez.

Seroit ce a moy bien vescu D'oster les aureilles a mon cul Qui a desja perdu la veue ? Fol.3i5 L'entrepryse est donques rompue? 285

Il ne m'en chaut.

Gaudefroy .

Ha! sans la droitte Aureille nous ne jouerons rien.

Claude Rousset.

L'aureille qu'avons interprette En mal ce que disons pour bien '.

286 b répète en vedette avant ce vers le mot Folie — 288 [en vedette) Roict

I . « C'est-à-dire : « On n'a qu'une oreille pour nous entendre, et qui n'entend que de travers ; elle tourne à mal tout ce que nous disons pour bien ». Cela va droit aux gens de police du duc et de révèque et aux restrictions dont ils bâillonnaient les farceurs à qui cependant il fallait toute liberté, surtout dans les Sotties pour lesquelles, plus qu'ailleurs encore, sans le droit de tout dire sur les choses et les personnes, il n'y avait rien ». Four-

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