‹ Recueil général des sotties (volume 4)Chapitre 15 sur 97 · SOTISE · texte numérisé non relu

SOTISE

Le Mokdb, Abuz,

Sot dissolu, Sot glorieux, Sot corrohpo, Sot trompeur, Sot ignorant Et Sotte follz.

JFol, Aij Le Monde commeHce.

Au temps premier que hault Dieu me créa.

Qui tout créa : elementz, asmes, corps.

Son bon vouloir, me faisant, recréa,

Et recréa maintz tueaulx a mes cors :

Bons et accors les fit, maiz mal acors. 5

L'édition originale ajoute au titre, au-detaous de la marque du libraire Eustace ; Hz se vendet [511:] a la Juifrie, a lenseigne des deux «agittaire», et au patays au troitiesme pitlier. — 4 a mea cnrus — 5 boiu

Tant de discors en faitz et en ditz que ors Mys et discors ont purté blanche et munde :

C'est grand pitié que de ce povre Monde '.

D'ung beau soleilh luysant me guerdonna ;

Tel guerdon ne a le Monde en ses desportz ; lo

Cieulx, elementz, planettes ordonna,

Puis ordonna argent» là mer des portz,

Fruitz, grands apportZfChevaulx,beufs, asnes, porcz;

Et sans effortz demeurent toutz es fortz

Et jeanes;^ fors roumain qu'est tout immonde : 1 5

C'est grand pitiéque de ce povfe "Monde.

Mon créateur, quant il me aparsonna,

Appart sonna chacun effect; dez lors

Pour rhomme humain, duquel la parsonne a,

Le parc sonne a, maiz il s*en fuyt d'esté hors, 20

Donnant a sortz par bien divers assortz,

Ses champs, ses ortz a nourrir vices ortz,

En ses consors se mectant hors de bonde :

C'estgrand pitié que de ce povre Monde.

Prince, a tout les vivens grandz femortz 25

Quant j'aré mortz leur corps tant furibonde

i5 Et est suppléé — 19 parsoum a

I. Ce refrain est imité de Meschinot (mort en 1491). Une ballade qui se lit dans Les Lunettes des princes (éd. de Lyon, Olivier Ârnoullet, s. d., pet. in-8 goth., fol. Mviij) aL pour refrain : C'est grant pitié des misères du monde.

(Cf. Biblioth. nat., mss. fr. 2206, fol. 184; 3939, fol. 44.) Jehan Bouchet s'est inspiré du m6me vers dans une de ses b^Uades ;

C'est grand pitié de ce monde fragille.

(Opuscules du Traverseur^ i526, in-4 goth., fol. Gviij ; Généalogies, Effigies et Epitaphes des roys de France^ '545, in-fol.,

tpl. 112^)

SOTISE A HUIT PERSOB^YAIGES 23

Alors diront, roghant leurs ^ruddes mortz :

C'est grand pitié que de ce povre Monde.

vo Abus.

Avant que en oultre [je me fondé]

A labourer sur ceste terre, 3o

Il fault-que j'endorme le Monde,

Et puis je n'aray plus de guerre.

Vadat au Monde.

Dieu gard. Monde 1 Puis, nostre verre Est il rompu ? Bevons ensemble.

Monde.

Ha^monamyl

Abus.

Qu'as tu ?

Monde.

Je tremble.

Ton labourer m'a tout changé.

Estre souloy tant bien rangé 35

En ma première geniture ; Mais, depuis que ton ouverture Fist pulluler ses arbres cy ', Je ne fuz qu'en deulh et soucy.

En dangier de prandre ung faulx tour. 40

Abuz.

Hél n'ay je pas par ma labour Amprès de tes branches ensiennes, Affin que plus longuement tiennes, Faict venir tous ces arbres vers ?

I. Il y avait donc sur le théâtre un décor représentant un jardin.

Je te repputerois pervers 45

Si ne le prenès a grant gré.

Monde.

Trop mieulx vault monter le degré Seur et parfaict qu'en grant regré Monter vif neuf fil et oblicque '•

Abuz.

Fol. Aiij Mieulx vault ce vert bien acoustré 5o

Que ce vieulx boiz que m'as monstre.

Tu sens trop ta vielhe praticque, Monde; ne soyes fantasticque, Car te promectz que, se m'entendz, Laissant ta vie monasticque, 55

( Je te feray passer le temps

Si bien que avrons de plaisirs tantz

Que plus n'en sçaroys demander.

Laisse soucy, corroux et tans ;

Panse ung petit a t^esmander. 60

Monde.

Et puis, la fin ?

Abuz.

De desbander Force de plaisirs et soulas.

Pleust a Dieu, te tint en son las Ma maistresse tressouveraine!

Monde.

Qui est el ?

Abuz.

Plaisance mondayne, 65

Que m'a commandé de nourrir

47 le vieulx degré — 5i que de ce vieulx boiz — 52 tu sans — 59 et taux — 65 Qui est elle

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