Fol. 127 ^ : répétition du n* ix
Le dernier f. contient, au v«, la souscription et, au v®, la marque du libraire avec les devises : Patere aut abstine; Nul ne s'y ffote.
Cette édition ne contient pas le prologue; nous ne le citons que pour compléter la bibliographie des Fantasies,
Biblioth. de Wolfenbûttel, n» 164, i. i. Eth, i2\
jj. Les diuerses Fantasies des hommes et des fem« mes composées par Mère Sotte A Paris, De rimpri* merie d'Éstienne Groulleau^ i55i. In-i6.
Réimpression de Tédition de Denis Janot* Brunet, II, col. 178 1.
SOTYE NOUVELLE
DES
CRONiaUEURS
Personnages :
La Mbre, Preuibu Sot, Le Second, Lk Tiers, Le Quart,
Le CiNdDIBSlIE.
Fbt,54V La Mère.
Nous sommes les folz crODtqueurs Qui vouvons dedans nos croniques
Le manuscrit ne donne ni le nom de Fauteur, ni la liste des per' tonnages. A la suite du titre Sotye nouvelle, etc., te copiste ajoute maladroitement : l'an mil iiijc iiiiix xvij.
2 14 XIII. — SOTYE NOUVELLE DES CRONIQUEURS
Que ceulx qui n'ont esté vainqueurs Se sont monstrez lâches en cueurs, Aymant tropt argent et praticques '• 5
Premier Sot.
Les macbinacionSy trafiques Firent perdre renon et los, Desprisant bonnes loix antiques : Qui (Uent : « Nul ne tourne le dos ».
Le Second.
Requis est de noter ses motz *. lo
Le Tiers.
Il les fault en cronique mettre .
Le Quart.
Ilz servent a nostre propos.
Le Cinquiesme.
Gardons nous bien de rien obmectre.
La Mère.
Princes en ont eu belle lectre Le temps passé.
Le Second.
Dictes comment . 1 5
Et ! pour ce que tousjours ung prestre
I . Ces vers font sans doute allusion à la bataille de Guinegate, dite la journée des Éperons (i6 août i5i3).
3. Il semble qu*il ait été de tradition dans le» sotties de noter ainsi les proverbes, les mots piquants, ou certains traits historiques. On peut rapprocher de ce vers les vers i5o5 et i5i2 de la Sotise de 1 607 (n« X) les ▼. 243, 609, 649 de la spttîe composée par Gringore en i5i3 (n^ XI). Comparez aussi, plus loin, les ▼. 73, 100, i3a, 865, a83, 319, 332, SaB*
Ont vouUu avecques eulx estre '.
Et luy bailler gouvernement \
Le Tiers.
A parler véritablement
Prebstres ont tousjours gouverné • 30
Merb.
Loys XI* fut mené Au Liège par ung cardinal Dont cuida venir un grant mal, Voire sur sa propre personne \
Le Quart.
Il dit vray.
Le Cinquiesmb.
Sa raison est bonne. 3 5
Premier.
Après que on congneust son oultraige Vous savez qu'il fut mys en caige ^;
S4 voir
1 . L*aatear de la Sottie de VAstrologue s*élève de m6me contre les prêtres qui se mêlent du gouvernement. V07. t. l, p. 208.
2. On remarquera que les 18 premiers vers forment deux strophes rimant aàaabbcbe, cdcddedde. La sottie de i5i3 (n* XI) commence de même par des strophes; les trois sixains qui ouvrent la pièce sont suivis de quatre strophes rimant aeaaccdccd, deddetfetfy etc.
3. Le traité de Përonne (14 octobre 1468) oblipea Louis XI à marcher contre Liège aux côtés du duc de Bouirgogoe. Le roi eut la honte d'assister, le 3o octobre^ à la ruine à^ li| ville, et sa vie fut fort exposée.
4. Le cardinal Jehan Balue, sur qui Louis XI fit retomber sa colère après la triste aventure de Liège, crut se mettre en sûreté en entretenant une correspondance secrète avec Charles le Téméraire; mais il fut surpris, et le roi le fit enfermer dans une cage de fer au château d'Onzain près de Blois. Telle est du moins la tradition généralement admise; mais le dernier biographe du cardinal et son apologiste, M. Henri Forgeot (Jean Babte, cardv-
2l6 XIII. — SOTYB NOUVELLE DES CROHIQUEDKS
Je n'en dis plus, et cetera.
Mais...
Le Second, Quel mes?
MeR£,
Prebstre ne fera, Ne ne feîit jamais bien en France, Pourveu qu'il eust la congnoissance Des guerres et qu'il s'en meslast.
Le Tiers.
Je vouldroys qu'on ftdnichlllast Telles choses.
Le Quart.
Seroit bien faict.
Le Tiers.
On verroit le peuple reffaict.
Lr Cinquieshe.
Je ne double point de cella.
V* L* MratB.
Gens de bas lieu en ce temps la Gouvemoieot en mainte manière ; On ne Telst onc si bonne chère
3o Lt ttcond ne at tv^ii luU tAngert; Puii, 1898, iD-8, pp. gS-ioo) révoque en doute celte tradition. Ajoutontqne Bilne recouTn la liberté en 1480, grice à rinterreniioo dn légat Ginliano De!U Rovere (ploi tanl Julet II). A la mort de Louii XI, le cardinal d'Angeri, rjtab» dans ses dtgnitéi et devenu évoque d'Albsno, fat envoyé en France comme l^t (1483-1485). Il réussit à gagner la fsvenr d'Anne de Beaujeu, et fiit nommé par Charles VIII ambassadeur auprès dn Saint-Siige et protecteur des affaires de France & Rome. Il mourut à Rlpatransone, le 5 octobre 1491.
PAR PIBRRE GlUNGORB 217
Qu'on feist lors» a sacre et entrée ; 40
Noblesse estoit bien accousoree;
Princes, seigneurs avoient le bruit.
Louis XI^ se conduit
Du depuis par aucunes gens
Non nobles ', pretz et dilligens 45
De despriser seigneurs et princes.
Premier.
Eulx, retirez en leurs provinces»
Contre Loys tous machinèrent
Et dure guerre luy menèrent»
Qui fut trescruelle et tresfiere. 5o
Mère
Noblesse estoit chassée arrière.
Prodigalité avoit cours
Et le peuple estoit en decours,
Tenu par tailles en tutelle.
On portoit les pourpoins de toille, 55
Et ne failloit, je vous affie,
Avoir de drap que aulne et demye
Pour faire une robbe nouvelle '.
Le Second.
Il est ainsy.
Le Tiers.
La chose est telle.
43 se sonduit — 44 da depuis
t. Le poète cite loi-m6me plus loin (y. 60) ces iiivoris « non nobles » du roi Louis XI.
2. Tous les historiens de Louis XI nous le montrent vêtu d'un habit d'étoffe grossière et coiffé d'un chaperon graisseux. Ses courtisans ne pouvaient manquer de suivre son exemple, en sorte que le luxe ne se vit plus que chez les Bourguignons et les Espagnols.
% 1 8 XIII. — SOTTB NOUVBLLB DBS CtONIQUBURS
Olivier \ Daniel % Doyac ' 60
Regnoient : mis furent a basac.
Le Cinquiesmb, Dieu mercy, le temps est changé.
Le TiBKS.
Fol. 56 Le peuple a esté oultraigë;
Par quoy fault qu'on le recompence.
Premier.
Et dea, dea, messieurs» on commance 65 Maintenant a se resjolr; Du bon temps le verres joyr :
N'y a que d'avoir bon couraige.
65 ont — 66 le reijoir
I. OliTier De Nekker on De Nikker, nom qui signifie « ondin, génie des eaux » {wattrduivel)^ mais que les contemporains traduisaient par « le Diable », fut valet de chambre et premier barbier de Louis XI, dont il réussit à gagner la confiance. Il obtint au mois d'octobre 1474, des lettres d'anoblissement, par lesquelles il était autorisé à changer de nom, et à se foire appeler Le Daim. Le 19 novembre 1477, le roi lui donna les étangs, terres, prés et bois de Meulan, et il prit le titre de comte. Il reçut encore, en octobre 1483, la forêt de Senart; mais, à la mort du roi, on lui fit son procès, et il fut pendu le si mai 1484. Voy. Georges Picot, Le Parlement de Paris sous Charles VIII; les débuts du règne, le procès criminel d*Oliiner le Daim; Paris, Picard, 1877, in-8 (extr. des Comptes rendus de l'Académie des sciences morales et politises).
a. Daniel Bart était un serviteur d'Olivier Le Daim. Il fut pendu à Paris, peu de jours après son mattre, le 4 juin 1484. Voy. Jean de Roye, Journal, connu sous le nom de Chronique scandaleuse^ éd. Mandrot, II, pp. 65, 383 et Georges Picot, loc. cit.
3. Louis XI avait donné à Jehan de Doyac le gouvernement d*Âuvergne; en mourant il eut soin de le recommander à son suc cesseur, en môme temps qu'Olivier Le Daim (voy. Jean de Roye, Journal^ éd. Mandrot, II, p. isi); mais Doyac avait eu le tort de mécontenter le duc de Bourbon. En 1484, il reçut le fouet par la main du bourreau, il eut les oreilles coupées et la langue percée.
PAR PIBRRB GRINGORS 219
Nouveau prince, nouvel usaige
Et nouvelles invenctons* 70
Mbrx.
Honneurs muent les condicions Aucunes foys .
Prbmikr.
Il est ainsy.
Mers.
Le peuple vivra sans soucy
Desormès, en escript le tienne.
Et qu'il soit ainsy je le prenne, 75
Car on voit en lieu d'un vendeur
Maintenant régner ung donneur ' :
Entendez vous bien que je dis?
Cella croist vouUoirdes hardis
Et aux couars fait avoir cueur. 80
Premier.
Certes, monsieur le croniqueur, Nous avons eu mainte fortune.
Le Cinquiesme.
Trop ardemment aymer pecune Fait gens aller oblique voye .
Ils chantent :
C'est malencontre que d'aymer 85
Qui n'en a joye '.
Premier.
Puis qu'i fault que je le vous die,
70 nouuelle
I. Tout en sachant gré nu roi Louis XII de ne pas augmenter les impôts, le peuple lui avait toujours reproché sa parcimonie. Voy. ci-dessus, pp. 68 et 47.
a. Nous n'avons pu retrouver le texte de cette chanson.
220 XIII. — SOTYE NOUVSLLB DES CRONIQUEVRS
Quant on alla en Lombardie Durant que Charles, petit preux, Monstrant ses faictz chevalleureux» * 90
Par Naples et Romme passa...
y^ Le Cinquibshb.
Et puis?
La Mère.
Celuy qui trespassa A Nerbonne, n*a pas gramment ', Avoit lors le gouvernement; Il estoit prebstre, n'estoit pas? 95
Noz escus muez en ducas Furent en ce temps.
Premier .
Ainsy est^ Encor a plusieurs apparest La graine qu'on en rapporta.
Le Second.
Mectons en escript ce nota \ 100
Premier .
La terre, ainsy comme j'entens, Pourtoit durant ce règne et temps Ce que la mer devoit porter.
CiNQUIBSME.
Que portoit elle ?
I. Il s'agit de Guillaume Briçonnet, général des finances, qui, après la mort de Raoulette de Beaune, sa femme, entra dans les ordres, et devint doyen de l'église de Vienne, évoque de Saint- Malo (1490}, cardinal (i5 février 1495), évéque de Nîmes (1496), archevêque de Reims (1497), puis de Narbonne. Guillaume mourut à Narbonne, le 14 décembre i5i4. Voy. Anselme, Histoire généalogique, VI, p. 439.