Voy. la note sur le v
{>Alt PIERRE GRINGORE 221
La Mère .
Sans doubler, Elle portoit des macquereauz, io5
Et tiennent les plus principaux Chastillon» Bourdillon, Bonneval'.
Ung chien, une'fille, ung cheval Valloit pour lors troys cens royaulx.
Premibr.
Lors vindrent des gorriers nouveaulx i lo
107 Bien que ce vers ait une syllabe de trop, il parait impossible de le corriger,
I. Dans V Histoire du gentil seigneur de Bayart (éd. Roman, 1878, p. 37) le Loyal Serviteur raconte que, lors du défi porté aux chevaliers JFrançais par le fomenz Claude de Vaudray, à Lyon, en 149 1, « contre luy s'essayèrent plusieurs bons et gaillards gentilshommes de la maison du bon roy Charles, telz que le seneschal Galyot, pour lors fort gaillart et appert homme xl*armes, le jeune Bonneval, Sandricourt, Chastillon, Bourdillon, qui estoient des plus privez de la personne du roy ». Brantôme, se rappelant ce passage de Thistorien de Bayart, dit que le roi Charles VIII était toujours des premiers aux tournois « aveq' ses mignons et favoris, Galiot, Chastillon, Bourdillon et Bonneval, qu*on disoit en rithme gouverner le sang royal » (éd. Laianne, II, p. 3o5. A la bataille de Fomoue (6 juillet 1495), le roi avait près de lui : c Jaques Gualeat [c'est-à-dire Galiot de Genouillac], seneschal d'Armagnac, le jeune seignenr de Boisy, de Chastillon, Des Bordes, Sainct Amador, Antoine Des Aubus et d'aultres bons gens d'armes » (pièce citée par M*^ Dupont, à la suite de son édition de Commynes, III, p. 421). André de La Vigne {Vergier d'honneur, éd. de Fhil. Le Noir, foL Ciij^ ) donne les noms de « plusieurs mignons familiers et domestiques du roy »; ce sont en partie les mômes.
Les personnages cités par Gnngore sont : Jacques .de Coligny, se^neur de Chastillon, chambeUan du roi, prévôt de Paris, fils . de Jean de Coligny et d'Éléonore de Courcelles, mort à Ferrare, en i5i2, d'une blessure qu'il .«vait reçue à Ravenne (voy. le Loyal Serviteur, pp. 37 et 304); Philibert de La Platîère, a^^eur de Bordes et de Bourdillon ; Germain de Bonneval, seigneur, de Bonneval, de Coussac et de Blanchefort, conseiller et chambellan du roi, sénéchal de Limousin, tué à Pavie en i5a5*
222 XIU. — SOTYE NOUVELLE t>BS CltONIQUSURS
Qui portèrent panthoufles larges, En façon de bataulz ou barges, Ou de pâte de droumadaire '.
La M£R£.
Tout le sang royal fut contraire A Charles du commancement 1 1 5
De son règne *.
Fol. Sj Lb Second.
Tresnecessaire Nous est que nous sachons comment.
La Mère.
Chascun vouUoit gouvernement Avoir de luy en sa jeunesse, Dont guerre s'esmeut rudement 1 20
Entre le roy et sa noblesse '.
C'estoit l'aigneau mené en lesse Qui fut par sa seur bien conduit ^.
Le Second.
Croniqueur, telle chose duit.
Le cardinal blanc, en cest an, i25
Fut cause perdre Perpignan Par le moyen des piedz deschaulx; Aussy Tan de nos mareschaulx Eut flacons plains d'or pour du vin. L'autre a esté, a la parfin, i3o
I. On a vtt précédemment (t. I^ p. 156, v. 249; p. 157, ▼• 364; p. i64t ▼. 41 1) des allotions aux larges sooliera qui furent à la mode sous Louis XI et sous Charles VIII.
s. Après les États généraux de 1484 le duc d'Orléans et les autres princes du sang essayèrent d'arracher le pouvoir à la r^nte Anne de Beaujeu.
3. Nous n'avons pss à raconter ici les campagnes de 1487^141^ qui se terminèrent par le mariage de Charles VUI et d'Anne de Bretagne.
4. Charles VIII parait pourtant avoir supporté parfois avec impatience la régence d'Anne de Beaujeu.
PAft PIEftSB GRINGORB %2S
Pour avoir trop parlé, tancé '.
Notez bien que je y ay pencé.
t. Le Ronsfillon et It Cerdagne avaient été occupés par Louis XI en nantissement d*une somme de 3oo,ooo ëcus que le roi d'Aragon devait lui payer comme prix d'un secours de 700 lances qu'il avait reçu de la France. Ferdinand le Catholique obtint, en 1492, du jeune Charles VIII et de la régente la restitution des deux province. Un traité signé le 18 janvier 1493 arrêta les termes de cette restitution, qui eut lieu sans même que les Espagnols payassent leur dette. L'événement causa une grande surprise et une vive indignation, dont nous trouvons l'écho chez plusieurs historiens. Notre ami, M. Louis Thuasne, nous signale, en particulier, le passage suivant d'Ârnould de Ferron :
< Ferdinandus. . ., Aragonum rex, maxime laborabat in recnperando comitatu Rusctnonis et Perpeniani. Abhorrebant tamen proceres gallici a Ferdinando, justa venditione quaesitas res negantes tntum esse reddl, praesertim quae spectarent ad limites regni. Exclustts Ferdinandus Oliverium Maillardum,unume sodalibus franciscanis, magna vi pecuniae sibi devincit : alii id adscribunt Johanni Manleoni [Usex Mauleoni] franciscano. Hic Annae regîae sorori erat a confessionibus sacris, vanam ambitionem eo cultu tegens, cui facile in rem id esse gallicam persuasit ; illa Ludovico Ambasiano, Atbiensi pontifici . .. » {Arnotdi FerrO' nii Burdigaiensà^ regii consiliarii^ de rébus geêtis Gallorum Libri quatuor; Parisiis, 1649, >a*^* ^^^* ^)* François Beauca ire dePéguillon [Rerum galliearum Commentarii; Lugduni, 1633, in-fol., p« m), Jacques-Auguste de Thon {Bistaria sut temporis, Itb. 7, ann. 1540), Henri de Sponde {Annatium ecciesiatic, Ces.Baronii Coniintiatio; Lutetiae Parisiorum, 1641, p. 194) confirment et développent ce récit. Plusieurs auteurs plus anciens font allusion aux mômes ïatts. Martin Du Bellay dit, à propos des événements de 1541 : « Quant à la comté de Roussillon, encores sont vivans ceux qui la virent laisser à Ferdinand, roy d'Aragon, alors régnant, par le roi Charles huictiesneie, séduit et trompé par un cordelier nommé frère Olivier Maillaid, directeur de sa conscience, homme apparant de grande sanctimonie, mais (comme il advient où hypocrisie a lieu) avoit esté corrompu à force d'argent par ce roy d'Aragon pour vendre et décevoir son maistre » {Mémoires de messire Martin Du Bellay^ seigneur de Langey, éd. de i586, in-8, fol. 433 y; Petitoc, Collection, i^ série, t. XIX, p. 365).
L'histoire inédite de Charles VIII qui est conservée dans le manuscrit Du Puy 74S (ibl. Sa) accuse de cormpttoa l'évéque
224 ^1"* — SOTYË NOUVELLE DES CRONIQUEURS
ClNQUISSlEE^
En après?
Premier.
Il estmencion Qu'on usa de Légation ',
d*Albi^ Louis d'ÂmbcHse, le confesseur daroi« Olivier Maillard, et un moine nommé Estienne Petit, qui auraient reçu deux flacons d'ai^ent pleins d'or (voy. A. de BoisUsle, Notice biographique et historique sur Etienne de Vesc, 1884, p. 5o, n. i).
M. l'abbé Samouillany qui a consacré à Maillard une thèse de doctorat (Étude sur la chaire et la société française au quin^ièsne siècle : Olivier Maillard^ sa prédication et son temps^ Toulouse et Paris, 1891, in-8), défend les deux capudos mis en cause. H insiste sur rinvraisemblance d'une accusation de corruption à regard d'un homme tel que Maillard, qui, pendant toute sa vie, prêcha le mépris des richesses ; il ne voit dans Tintervention des frères prêcheurs qu'un acte d'honnêteté et de droiture [loe, cit,,pp. 38-34); le texte de Gringore permet de donner une autre explication.
Le « cardinal blanc », dont il est parlé au v. 125, est Louis d'Amboise, évéque d'Albin dont le roi parle lui-même dans une Mtre adressée pat lui aux habitants de Perpignan, le 3 novembre 1493 (Lettres de Charles VIII, publiées par P. Péiicier^Ul, 1903, p. 3o8). Ce personnage ne devint cardinal qu'en 1607; il ne mourut qu'en 1517; mais le poète, qui lance contre lui unje grave accusation, le désigne par le. titre. qu'il .portait en i5i&; il dit cardinalis Albus pour cardinalis Albiensis, Louis d'Amboise se laissa donc gagner par les raisons ou par l'argent du roi d'Aragon; il employa comme instruments les « pieds deschaulx », c'est<-)Kiire frère Olivier Maillard et frère Jehan de Mauléon (ou frère Estienne' Petit)^ et ceux-ci réussirent à corrompre Tun au moins des maréchaux de France. .
Il y avait alors trms maréchaux : Pierre de Rohan, seigneur de Gyé, nommé en 147s, mort en i5i3 (on a vu ci«<dessus> p. 66, que les auteurs de farces ne craignaient pas de l'attaquer) ; Philippe de Crèvecosur, seigneur d'Esquerdes, nommé en 1483, mort en 1494; Jehan« seigneur de Baudricourt, nommé en 1488, mort en 1499. Nous n'osons dire lequel des trois le poète attaque ici.
1. Georges d'Amboise, évêque de Mostaubatt(i485), archevêque de Narbonne (1493), puis de Rouen (1493), lut promu cardinal en 1498, et obtint à la fin de i5oi le titre de légat du pape. Il fit son entréç à Paris, en cette qualité, au mois de février iSos.
Et Loys douziesme, piteux, i35
Bon justicier et gracieulx,
La laÂssoit inesler de la guerre .
Du depuis» la mort le vint querre ', .
Et ce vint logier en sa place
Ung autre prestre, sans fallace, 140
Qui obelssoit a chacun '.
Dedans Paris est tout commung :
Faictes en a part ilng chapistre.
yo ClNQUIESME.
Je le mectray en mon registre.
La Mère.
En ce temps Praticque regnoit . 145
Et Avarice dominoit ;
Gens des' comptes et gens de plume,
Aînsy comme il est de coustume,
Faisoient leur main, car de Noblesse
Possedoient toute la richesse. l'So
Gens d'armes estoient mal pensez,
Mal munîz, mal recompensez,
Et si n'eûst esté TErmyne %
Hz fussent tqmbez en ruyne,
Car mengerent leur blé en herbe . i55
Le Second Il fault croniquer ce proverbe,
La Mère.
Quant les offices on vendoit
143 en appert— iSSlIs mengerent
!. Georges d'Âmboise mourut à Lyon le 25 mai iSio.
3. Ils*agit de Guillaume Briçonnet, cardinal de Saint-Malo^ m. en décembre i5i4. Voy* ci-dessus, p4 aap^ n. i«
3« « L*£rmyne » est Aune de Bretagne. Nous n*t|vons trouvé nulle part la mention de paiements qu'elle aurait fait faire aux gens de guerre sur sa Cassette.