‹ Recueil général des sottiesChapitre 25 sur 91 · I. Le mal saint Antoine, c'est l'érysipèle · texte numérisé non relu

I. Le mal saint Antoine, c'est l'érysipèle

C'est a sçavoir : Troys Galans, le Monde qu'on

FAICT PAISTRE ET OrDRE.

[Rouen, vers 1445 ?]

La date que nous assignons à cette pièce n'est qu'approximative. Malgré quelques rajeunissements qui sont le fait du copiste, la langue est celle du milieu du xv^ siècle. Certaines formes normandes, par exemple on avec le sens de « nous », prouvent que l'auteur appartenait à la Normandie, où ont, du reste, été recueillies toutes les pièces du célèbre manuscrit auquel le duc de La Vallière a laissé son nom.

L'obscurité calculée des allusions, l'absence presque complète d'indications relatives aux jeux de scène, des suppressions et des erreurs dues à des copies successives ne nous permettent qu'imparfaitement de pénétrer l'intérêt du drame. L'auteur a essayé de mettre en action trois métaphores : l'un des galants veut faire du Monde une bête ; le second veut l'aveugler

Et luy faire entendre que noir Sera blanc;

le troisième veut le faire paître. Ils tâchent d'exécuter ce beau projet dès que le Monde entre en scène ; mais celui-ci est sur ses gardes : il échappe à tous les pièges qu'on lui tend. Les galants, qui n'ont ni sou ni maille, essaient de le flatter et cherchent, par de belles paroles, à lui enlever son argent, son pourpoint, sa toque : vains efforts ; ils n'auront rien.

Ordre accourt au bruit de la dispute; il ne peut réussir à concilier les parties. Il y a longtemps que le Monde le connaît ; mais les galants ne le connaissent pas. Ils vivront donc sans Ordre, et le Monde se contente de leur donner « trois vins » de noix comme à des « SOS radotes » .

Cette pièce a dû être composée par des basochiens ; ce qui nous le fait croire, c'est l'expression « chevalier en loix » (v. 27), et surtout le passage où le Monde dit des galants : « Hz sont clercs », et où l'un d'eux répond : « Venans de Testude » (v. 170). Les clercs de la basoche ne se refusaient guère les allusions malignes et ne craignaient pas de nommer directement les gens. Il est probable que notre sottie contient plusieurs jeux de mots sur des noms propres ' ; mais nous n'avons pu les indiquer avec certitude ; encore moins avons-nous réussi à retrouver la trace des clercs ou des procureurs qui pouvaient égayer une basoche normande au xv« siècle ^.

Un mot que prononce le Monde, au moment où arrive Ordre, prêtait peut-être à un double sens. Ordre lui demande qui sont les trois galants, et il répond :

Ce sont trois povres engelés, Qui me veulent menger toult cru.

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