oy. V. 37 et
2. C'est ainsi que nous n'avons pu découvrir le Raoul Flatart dont il est question au v. 3o3.
des galans et du monde l3
Ordre.
Monde, s'on leur a rien acreu,
Qu'on les paye afin qu'i s'en voiscnt (v. 365).
Le mot engelés ne signifie que « gelés, transis, engourdis » ; cependant il pouvait sonner à peu près comme « anglois » ', et, si les Anglais étaient encore en Normandie, on comprend le conseil que donne Ordre de les payer pour qu'ils s'en aillent.
Nous avons dit que notre texte offrait des lacunes ou des transpositions. Voici une observation qui le prouve. Au début de la pièce c'est le premier galant qui se vante de faire du Monde une bête (v. 72), et c'est le troisième qui cherche à exécuter ce projet (v. 379). Le second galant veut aveugler le Monde (v. 74), et c'est le troisième qui agit à sa place (v. 174-178). Même confusion se produit à propos du Monde qu'on veut faire paître. C'est le premier galant (ce devrait être le troisième) qui émet l'idée (v. 78-81), et c'est le second qui l'exécute (v. 214). Il est clair que des couplets ont été omis ou que, tout au moins, les noms des personnages se sont trouvés brouillés.
Bibliographie :
a. — Biblioth, nat., ms. fr. 24341 (ancien La Vallière, 61), fol. i23 b — i32 b.
Ce manuscrit, composé de 4i3 feuillets sur papier, a été écrit en Normandie vers i5j5. Il contient 74 pièces dramatiques et une Remonstrance a une conipagny[é] de paroisse de venir voir faire farces on moralités. Toutes ces pièces sont anonymes, sauf une : Le Monologue du pèlerin passant, par Pierre Tasserye (fol. 336 a-339 a). Parmi les pièces anonymes, une est de Clément Marot, et se retrouve dans
I. Dans Le Testament Pathelin (éd. Lacroix, p. 190) le curé s'appelle Jehan L'Engelé.
ses œuvres : la Farce de deux amoureux recreatis et fort joyeux (fol. i83 b-igo a) ' ; une autre, la Morallité a six personnages, c'est a savoir : Nature, Loy de rigueur, etc. (fol. 236 a-263 a), est signée de la devise de Pierre Du Val : Riens sans l'esprit \ La Remonstrance est signée d'une devise inconnue : Du faict le faict, devise qui contient peutêtre un nom d'auteur (Du P'aict id facit).
Le copiste qui a exécuté ce manuscrit a employé une graphie singulière; il a presque "constamment remplacé les 55 doubles par des 5 simples, tandis que, dans un grand nombre de cas, il a remplacé r5 simple par deux ss. Voy. notre glossaire ci-après, et notre Théâtre de Pierre Du Val, p. 248.
b. Recueil de Farces, A'Ioralités et Sermons joyeux, publié d'après le manuscrit de la Bibliothèque royale par Leroux de Lincy et Michel. Paris, chei Techener, libraire, place du Louvre, 72° 12. [Impr. de Maulde et Renou,] 1837.4 vol. pet. in-8.
Edition du manuscrit précédent, imprimée de i83i à iSSy. Les éditeurs ont modifié Tordre des pièces et supprimé la première rédaction de la Farce du vendeur de livres. La copie dont ils se sont servis était très fautive. Chaque pièce a une pagination séparée. Notre sottie, qui est la 20' pièce du recueil, est placée dans le tome II.
i.Voy. É. Picot et Chr. Nyrop, Nouveau Recueil de Farces françaises, XXXV-li, 71-95.
2. Voy. É. Picot, Théâtre mystique de Pierre Du Val et des libertins spirituels de Rouen, 1882.
DES GALANS ET DU MONDE l5
>/. .2;,-yo FARCE JOYEUSE A CINQ PERSONNAGES
C'est a sçavoir :
Troys Galans,
Le Monde qu'on kaict paistre
Et Ordre.
Le premier Galant commence et dict :
^o' r-4 Et puis, est il façon aulcune?
Le II" Galant.
De quoy faire ?
Le iii'^ Galant.
De quicter tout ?
Le premier Galant.
Y fauldra quelque un ou quelque une, De bref, qui nous mectra deboult.
J'y songe.
Le ii« Galant, Je suis en escoult.
Le iii= Galant.
J'ey mains, et sy ne puys rien prendre.
Le premier Galant.
Je suys frais, frais.
Le ii^ Galant.
Et j'ey bon goust.
Le iii<= Galant.
J'aprens, et sy suys a raprendre.
l6 II. — FARCE JOYEUSE
Le premier Galant.
De sancté, j'en ay a revendre
Largement, trop plus que de paille. lo
Le ii« Galant.
Et au surplus on doibt entendre Qu'en tout le trésor pas la maille.
A! sy fault il tenir bataille Pour combattre ses ennemys.
Le premier Galant.
C'est force, ou que chascun s'en aille, i5
Car, par Dieux, nous avons trop mys '.
Le ii^ Galant.
Et fault il que les bons amys Départent sy hastivement ?
Le iii^ Galant.
Dictes? Sy n'ai ge rien promys
A nul, par foy ny par serment \ 20
Le premier Galant.
Ce qu'on faict volontairement Vault mieulx qu'a force mile foys.
Le ii« Galant.
Quoy? Nous fauldra l'entendement?
Prenons courage I Hault le boys.
Encore un coup !
1. Nous avons mis trop de temps; nous nous sommes trop attardés. Cf. v. i55.
2. Si, comme nous le supposons, la pièce a été composée alors que la Normandie était encore au pouvoir des Anglais, on pourrait voir dans ces vers la protestation d'un Normand hostile k l'étranger.
v«> Le iii« Galant.
A ! Je m'en voys, 25
Quant a moy. Qui veult y demeure.
Le premier Galant.
Y sera chevalier en loix '
Se s'en va dedens un cart d'heure.
Le n^ Galant.
Sy fault il que chascun labeure
Du meileur cuir de son panier. 3«
Sans s'effreer, chascun s'aseure;
Se jour sy n'est pas le dernier.
Le iii^ Galant.
Nous sommes sas a charbonnier.
Le premier Galant.
Comment ?
Le II® Galant.
L'un l'autre honnissons.
Le iii« Galant.
Mais nous sommes sas de munyer : 35
Plus vivons et plus blancisons.
Le premier Galant.
Plus nyais que jeunes moysons * Nous sommes tous troys.
1. On appelait « chevaliers es lois » les jurisconsultes à qui la chevalerie était conférée comme un titre honorifique. Le second Galant veut dire que son camarade méritera d'être armé chevalier en raison de sa fidélité à sa parole, s'il s'en va comme il déclare qu'il va le faire.
2. Plus niais que de jeunes moineaux. Le mot Moisson est peut-être le nom d'un personnage dont les galants voulaient se
l8 U. — FARCE JOYEUSE
Le ii^ Galant.
Comme quoy?
Le III* Galant.
Plus vivons et moins congnoisons.
Le premier Galant.
Laisons ce babil, cest esmoy ; 40
L'en ne me doibt ryen, sy ne doy :
C'est a payer quant on Taira.
Le ii^ Galant.
O ! que chascun pence de soy !
moquer. Les Moisson ne manquaient pas en Normandie, à Rouen même.
On lit dans la Farce du Bateleur^ que M. Fournier rapporte avec raison au règne de François l'r :
Je vous dis que Robin Moyson De nouveau nous l'a revellé.
(Le Roux de Lincy et Michel, IV, n° 69, p. 17 ; Fournier, p. 327.) Un poète appelé Moison est cité par Jacques Sireulde dans une action de grâces présentée par lui au puy de Rouen en i554 :
Gentilz facteurs naiz en cest art, Comme vous, Le Prévost, Breart, Gosse, Durant, Follain, Crespin, Des Mj-niereSjICouppel, Coppin, M}-nfant, Doublet, Bernard, Mignot, Savale, L'Alemant, Hellot, De La Rue, Moison, Aubin, Frère Chaperon, jacobin, Baillehache, expert officier, La Caille, Caillart, Le Boursier, Doury, Febvrier, Renauld, Lorin Et Du Mommain, le tabourin, Pardonnez moy si j'ay faict faucte.
Ou si je nay pas la voix haulte.
{Le Trésor immortel trouvé et tiré de VEscripture saincte par maistre Jacques Sireulde, nagueres huissier du roy nostre sire en sa court de parlement à Rouen..., Rouen, Martin Le Megissier, i556, pet. in-8, fol. 33, ro.)
DES GALANS ET DU MONDE ig
Le IIP Galant.
C'est bien dict, mon filz, va y, va.
Ausy tost qu'il arivera ' 45
Y trouvera le baing toult chault.
Le premier Galant, Seurement, sans parler plus hault,
Y nous fault ycy adviser Ou nous irons et deviser
Vitement, et qu'on se délivre. 5o
Le II'' Galant.
F0/./25 G' iray avec le Monde vivre,
Sy je puys par quelque manière.
Et vous?
Le m" Galant.
Pour mieulx mon cas poursuyvre, G'iray avec le Monde vivre. 55
Le premier Galant.
Par ma foy, sy je ne suys yvre, Comme vous, soublz vostre banyere, G'iray avec le Monde vivre,' Sy je puys par quelque manière.
Le ii« Galant.
G'iray le chemin de deriere. 60
Le iii« Galant.
Et moy le chemin de travers.
Le premier Galant.
Et moy a la gauche, en ariere,
I. Il y a probablement ici une lacune avant ce couplet. Les sots ne disent pas qui doit arriver.
Pource qu'on veoyt trop d'ieulx ouvers.
Nous irons les chemins couvers,
Que le soleil sy ne nous brûle. 65
Le ne Galant.
Nos chevaulx ?
Le iii« Galant.
Hz sont trop dyvers ; Nous avrons chascun une mule.
Le premier Galant.
Aulx talons '.
Le II* Galant.
Sy je disimule, Et je le treuve en quelque coing, De luy dire...
Y fault qu'on recule 70
Bien souvent pour saillir plus loing.
Le premier Galant.
Je vous suplye, prenons le soing De faire le Monde une beste.
Dictz je bien ?
Le ii« Galant.
Moy, j'ey a la teste De l'aveugler, c'est mon vouloir, y5
Et luy faire entendre que noir Sera blanc. Et vous, nostre maistre?
77 Alt dessous de ce vers le manuscrit porte en vedette : Le m* Galant; mais le couplet, qui était sans doute sur les mêmes rimes, manque.