‹ Recueil général des sottiesChapitre 4 sur 91 · Paris, Simon de Coiines, iSSy, pet. in · texte numérisé non relu

Paris, Simon de Coiines, iSSy, pet. in

S.jRouen, 1600, pet. in-8, pp. 473-476 de la réimpression.

VIII INTRODUCTION

Nous n'insisterons pas sur les origines littéraires de la sottie. Nous voulons maintenant l'étudier comme œuvre dramatique ; c'est une question beaucoup plus délicate et qui, jusqu'à ces derniers temps, n'avait pas préoccupé les historiens de notre théâtre. On peut, cro3^ons-nous, distinguer deux espèces de sotties. Les unes étaient des pièces satiriques jouées par des basochiens ou par les membres de confréries joyeuses, avec la liberté de langage que permettait le capuchon des fous; les autres, celles qui appartenaient au répertoire des comédiens de profession étaient des parades^ récitées avant la représentation pour attirer les spectateurs : on ne saurait mieux les comparer qu'aux boniments de nos saltimbanques et de nos bateleurs modernes.

M. Sepet confond la sottie avec la farce quand il y voit un genre de moralité qui s'appliquait « plutôt aux travers sociaux qu'aux vices moraux», et quand il prétend qu'on en retrouve des exemples jusque dans le théâtre de Molière, dans les Femmes savantes, dans le Bourgeois gentilhomme et dans Les Précieuses ridicules '■

Le plus souvent les sotties étaient représentées par des comédiens de profession, et c'est alors qu'on peut les comparer à des parades.

M. Petit de Julleville, qui s'est beaucoup occupé de notre ancien théâtre comique, définit la sottie « une farce jouée par des sots » ; mais

I. Voy. Le Drame chrétien au moyen âge (Paris, Didier, 1878, in- 12), pp. 5o-5i. Il est bien vrai que Les Précieuses ridicules sont une farce que l'on peut opposer à la comédie de mœurs, mais elles ne tiennent en rien de la sottie.

INTRODUCTION IX

il croit imprudent de chercher à distinguer la sottie de la farce. « Les limites des deux genres sont trop indécises, dit-il, trop de farces ont pu être jouées par des sots sans être tout à fait des sotties, les sujets traités, les situations mises en scène dans les farces et dans les sotties sont souvent trop analogues, pour qu'on puisse séparer les unes et les autres, sans s'exposer à des redites et à des confusions. ' »

Il faut pourtant essayer un classement : M. Petit de JuUeville nous montre lui-même les inconvénients de la confusion quand il range dans le théâtre « comique » L'Enfant prodigue, l'Assomption de Nostre Dame, de Jehan Parmentier, Bien Avisé, Mal Avisé, La Maladie de Chrestienté, de Matthieu Malingre, et jusqu'aux moralités mystiques de Pierre Du Val ^ ! Les sotties se reconnaissent d'abord à leur titre, puis à leurs personnages désignés sous les noms de sots, de fous, de galants, de compagnons, de pèlerins, d'ermites; elles se reconnaissent enfin à leur dialogue dans lequel nous trouvons toujours des traces de la fatrasie.

Quand la sottie était jouée par de simples bourgeois, c'était une représentation grotesque qui pouvait aussi bien être donnée dans les rues que sur un théâtre. C'est ainsi que nous voyons le conseil de ville de Douai accorder, en i538, une indemnité aux Doubles Sots de rhétorique « pour

1. La Comédie et les Mœurs en France au moyen âge (1886), pp. 68-73.

2. Répertoire du théâtre comique en France au moyen dge (Paris, Cerf, 1886, gr. in-8).

X INTRODUCTION

avoir Joué ung jeu de personnages avant la ville ' ». Les registres municipaux d'Amiens nous fournissent un exemple analogue. A la date du 26 juin i58i, les joueurs de comédie de la paroisse Saint- Jacques sont autorisés à représenter VYstoi7'e de Tobie par personnages, « à la charge qu'ils ne jouront riens de erronné et scandaleux ; que paravant juer, ils communiqueront leurs jeux au bureau, et que le lendemain ny autre jour ilz ne feront aucune cœullette de poix reboiille-{ ne autrement, avant ladicte paroisse ny ailleurs ' ».

Les représentations données dans les rues se bornaient naturellement à un dialogue très court; on peut s'en faire une idée en lisant Les Plaisants Devis des supports du seigneur de la Coquille.

Les confréries de sots ne donnaient pas seulement des représentations lors des fêtes publiques; elles jouaient même après des cérémonies funèbres, témoin un passage du curieux journal de Poncelet Meusnier, de Troyes : « ib^b. Le i®"" jour d'aoust, en ceste ville, le prince Gombault et ses sots jouèrent la galée ou trespas du prince Mauro}^ 2, [rappelant?] lesdicts autres sots trespassés; et ensuite commencèrent à jouer la sottise '^. »

Pour faire bien comprendre la place réservée à la sottie par les anciens acteurs, il convient tout d'abord de rechercher comment les représentations

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