‹ Recueil général des sottiesChapitre 49 sur 91 · Tout est tondu, excepté le mouton · texte numérisé non relu

Tout est tondu, excepté le mouton

Fol. Biiij Ung estai, sans plus sermonner, Au monde n'a point mon pareil.

Le Second

Par le chariot au souleil,

On congnoist bien d'un fol la folle.

Le Tiers

A quoy tient il que une solle 446

Si a la gueulle de travers?

Le Premier.

C'est a la foire d'Ennevers ' j

Que les aulx sont a bon marché.

Le Second

Se j'avoie tout partout cherché,

Et sus et Jus, et ça et la, 45o

De quoy me serviroit cela?

M'ait Dieulx ^, encore vouldroie boire!

Le Tiers

La toison d'une brebis noire

Vault mieulx que celle d'une blanche.

Judas se creva par la panche 455

442 a parelle — 443 a b charioit; — e/dhariot. — 444 e f on congnoist du fol — 44^ / tien que — 446 e guette — 447 a b e f denuers, qui rend le vers faux. — 449 e f partout partout — a b cherce — 452 /Mist — a vouldroyt — 455 a b e/pance

I. « Si Auvers, dont l'un est à côté de Pon toise et l'autre à sept lieues de Saint-Lô (dans la Manche), faisait la mesure, on proposerait la correction d'une façon d'autant plus probable qu'il y aurait l'équivoque de aulx verts avec l'idée des aulx. Peut-être faudrait-il lire : de Nevers ? ». M. R.

3, Dieu m'aide.

Tout aussi test qu'il fut pendu '.

Le Second Fuyons nous en, j'ay entendu Que l'antechrist si est ja né.

Le Tiers Le dyable l'a bien amené, Car il vient devant que on le mande '. 460

458 c ja m, — e/que lantechrist est deia ne

1. u Et suspensus crepuit médius, et difPasa sunt omnia viscera ejus. » AcT. Apost., I, 18. — Marot dit dans une ses épîtres à Lyon Jamet :

Dammartin eust crevé sa pance.

(éd. Jannet, I, p. 280; éd. Guiffrey, III, p. 462.)

2. Les V, 457-460 se retrouvent presque textuellement au début du Sermon joyeulx d'ung fiancé qui emprunte ung pain sur la fournée:

Mes bons amys, j'ay entendu Que l'antechrist est déjà ne' ; Le dyable l(uy)' a bien amené'; Il vient devant qu'on le demande.

{Romania, XV, p. 408.) Au nom seul de l'antechrist notre badin ne pense qu'à s'enfuir; il en est de même des deux poissonnières dans la Farce nouvelle de r Antéchrist et de trois femmes :

COLECHON

L'antechrist et né 1 L'antechrist est né ! Le voicy venir le grand diable.

Hamelot Ouy, je le voy ; ce n'est pas fable.

Fuyons 1 A luy n'y a nul jeu.

[Recueil de plusieurs farces, 1612; p. 89 de la réimpression de Caron.)

Une facétie sur l'antechrist se trouve encore dans la première épître Du coq à Vasne de Marot :

Or est arrivé l'antechrist Et nous l'avons tant attendu, (éd. Jannet, I, p. 187; éd. Guiffrey, III, p. 232.) Rabelais (livre III, ch. xxvi) parle aussi de la venue de l'antechrist ; « Sçaiz tu pas bien que la fin du monde approche?... L'antichrist est desja né, ce m'a l'on dict. Vray est que il ne faict

Le Premier Bon pain, bon vin, bonne viande Si trouvent tousjours bien leur place.

Le Second Cieulx le cordouennier tout est vache, Et cieulx le bouchier tout est beuf .

Le Tiers

Manteau de questeur n'a dut ' neuf, 465

Ne truant jamais point de pain.

Le Premier yo Je tendray encor en ma main

Geste année mon cul a ferme ; Nul ne Taira, je vous l'afferme Sur ma foy, que vous n'en bevés. 470

Le Second Si tost que les pois sont levés, Les folz commencent a monter.

Le Tiers On mettroit beaucoup a compter Les escus du roy et les miens.

Le Premier Il n*est bel acord que de chiens 475

462 a trauuent — /si trouueront — 463, 464 e/Chez — 463 a b le m. — 465 a questeau dut neuf — b questeu na — 467 e/ tiendray — 469 c e/laura, ie vous afferme — 470 e/vous m.

encore que esgratigner sa nourrisse et ses gouvernantes, et ne montre encores les thresaurs, car il est encores petit. »

Les compositions dramatiques ayant pour sujet la légende de l'Antéchrist sont énumérées par M. Emile Roy dans Le Jour du Jugement, mystère français sur le Grand Schisme (Paris, 1902, in-8), pp. 175 et suiv.

I . Morceau. Voy. sur ce mot un article de M. Gaston Paris dans le Jahrbuchfur romanisclie und englischePhilologie,Xl{i8']o),p. i56.

Io6 m. — LES MENUS PROPOS

Enfermez dedans une pouche.

Le Second Il fault, par Dieu, que je me mouche Tous les jours des fois plus de trente.

Tousjours, de deux chapons de rente, L'ung est bon, et l'autre est maulvais. 480

Le Premier On fait des godetz a Beauvais ' Et les poales a Villedieu \

Le Second Dequoy sert bien a saint Mathieu Celle javeline qu'il porte ?

Je cuide qu'il soit garde porte 485

De paradis avec sainct Pierre '.

Le Tiers

Se j'eusse ung pot et ung verre Plain de vin, je beusse ung tatin.

Le Premier Aucuns si portent le satin

477 /le premier — ef par bieu — 478 e de fois — 480 e/et m. — c est m. — 481 a godes da a beauuais — 6 de beauuais — 483 bien est suppléé — 487 ef voirre

1. On ne fabrique plus guère de poteries à Beauvais même; mais les localités voisines de Savignies, La Chapelle-aux-Pots, Auneuil, etc., en produisent chaque année d'immenses quantités.

2. Villedieu, chef-lieu de canton du département de la Manche, est connu aujourd'hui sous le nom de Villedieu-lcs-Poèles; la fabrication de la chaudronnerie continue d'y prospérer.

3. C'est saint Mathias, et non saint Mathieu, qui est toujours représenté tenant une hallebarde ou une hache, instrument de son supplice. Voy. Guenebault, Dictionnaire iconographique, II, pp. 158-159.

Sur l'escarlate de dix soulz. 490

Les larrons ne sont point absoubz S'il ne font restitution.

Le Tiers J'^

Il a bonne institution Fol. Bv En ce pays, qui se marrit.

Vous le sçavés, chascun s'en rit, 495

Et puis si s'appaise qui veult.

Le Premier Tout Auge est perdu si ne pleut -■':- ÎT Et est ja résolue en pouldre '.

Le Second Il fait meilleur, par temps de fouldre, A la taverne qu'au moustier. 5oo

Le Tiers Oncques ne fut veu tel routier Comme fut Bertran de Claquin \

Le Premier Ung oyseleur et ung coquin, C'est tout ung a gens qui ont haste \

491 ef assoubz — 492 e/silz — 497 efsil — 498 a ta résolue

— e/iadesolue— 5oo a tauerne rue quau — e/monstier — 5o2 e thertran — a elaquin. — 5o3 c e/ oysellier — a b et coquin

— g ou vng coquin — /ou coquin

1. « Jeu de mots : les vaisseaux de bois destinés à contenir de l'eau se détériorent dès qu'ils sont à sec; d'autre part la vallée d'Auge, célèbre par la richesse de ses pâturages, a toujours besoin de pluie ». — M, R.

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