‹ Recueil général des sottiesChapitre 63 sur 91 · En amours n'a synon bien (v. 2o · texte numérisé non relu

En amours n'a synon bien (v. 2o

Les anciens joueurs de farces égayaient volontiers leur répertoire par des chansons ; mais ils se bornaient le plus souvent à entonner

Une chanson pour dire a Dieu.

Notre sottie appartient à une série de pièces dans lesquelles la musique tient au contraire la place principale. Le procédé suivi par les auteurs du xv» et du xvi* siècle était des plus simples. Loin de chercher à imiter Adam de la Halle, qui avait composé lui-même les mélodies de sa pastorale en les adaptant aux paroles, ils se contentaientd'intercaler dans un drame quelconque les chansons, ou, tout ou moins, les refrains le plus en vogue. La musique ne semble pas, d'ailleurs, avoir modifié le caractère général de la composition. Si nous jetons un coup d'oeil sur nos anciennes pièces musicales, le Jeu de Robin et Marion mérite seul d'occuper une place à part dans l'histoire de notre théâtre ; la Farce de Calbain * est une farce comme les autres ; la

1. Sur ces neuf chansons, cinq nous sont connues; nous en donnons plus loin le texte en note.

2. 'VioUet le Duc, Ancien Théâtre français, II, pp. 140-157; Fournier, pp. 277-283.

ET SANCTÉ 179

Farce du viel Amoureux et du jeune Amoureux ' est un simple dialogue ; le Mystère de la Nativité', par Barthélemi Aneau ', est un mystère. Pour ce motif, la farce de Sancté doit être classée parmi les sotties.

Suivant l'observation générale que nous avons faite ci-dessus, les culbutes ne devaient pas y manquer. Il nous paraît évident, en effet, que les couplets suivants étaient accompagnés d'exercices gymnastiques :

L'homme sainct a bien tosi gecté

Un plain sault ou une virade... (v. 80-81).

Faire le pect et la ruade

Faict a Thomme avoir guerison (v. 84-85).

Aucune allusion historique ne nous permet de donner à notre pièce une date précise. Les chansons qui nous sont connues appartiennent toutes au xv* siècle; d'autre part, il est question (v. 173) des « gens d'armes cassés », ce qui ne permet pas de remonter plus haut que 1 480 .

BIBLIOGRAPHIE

a. — Biblioth. nat., ms. fr. 24841 (ancien 33o4; La Vallière63), fol. 53 vo.58.

b. — Le Roux de Lincy et Michel, Recueil, I, n» 12,

1. Le Roux de Lincy et Michel, Recueil, l, a» 7; Mabille, Choix de Farces, II, pp. 255-269 ; Fournier, pp. 382-385.

2. Biblioth. nat., Y 6090. A. Rés. — Vieux Noëls, publiés par M. H. Lemeignen (Nantes, 1876, 3 vol. in-i2), II, pp. 70-83.

C'est asauvoir :

Deulx Gallans

Et une Femme qui se nomme Sancté .

Le premyer Gallant commence.

Je chante.

LeIIK Souvent je me ris Par deuil et grosse fantasye.

Le Premyer.

Je voys cy plusieurs gens marys.

Je chante.

Le II«.

Sou vent j e me rys.

Le Premyer.

Mes esperiz sont tous ravys Par guerre qui l'homme mestye.

Je chante.

1 ry — 2 grsse — 3 cy est suppléé — 5 espritz

l82 VI. — LES DEULX GALLANS

Le II«.

Souvent je me ris Par deuil et grosse fantasie.

Le Premyer chante.

Y n'est si doulce vye

Que de joye d'esté lO

Par sa melencolye

Fol. 54 Helas, helas ! vierge Marye,

Ne changera poinct la saison ?

Y ne court plus que pillerye '

Au monde et toute traïson. i5

Quant je suys seul en ma maison

A faire mon petit ménage,

Gens d'armes vennent a foyson

Menger mon bien, de quoy j'arage.

Quant je les voy j'arès courage 20

De leur aracher les deulx yeux.

Le II* charité.

Jamais je ne seray joyeux Belle, tant que je vous revoye.

Trouverai ge poinct par la voye

Tout plain d'argent et de finance ? 25

Le Premyer.

Vivrai ge poinct tant que je voye Le monde vivre en sa plaisance ?

Le \l\

Sy quelque un bailloyt assurance

De vivre en paix et liberté,

Le monde airoyt esjouyssance 3o

2 3 Belle est suppléé — reuoyee — 24, 26 voyee

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