C'est-à-dire ft à reculons
DE l'astrologue 2i3
Que trouvés vous qui nuyre puisse Plus au quatre complétions?
L'Astrologue.
Les maulvaises conditions D'ambition et de Justice 200
Cheus au signe de VEscrevice De Justice signantement, Fol. 6 Dangier est s'il y a eclypse En Chatelet ou Parlement
Le Prince.
Touchés moy principalement 2o5
De ces éclipses. Qu'esse a dire?
L'Astrologue.
C'est a dire un aveuglement:
Qu'on ne voit plus Justice luyrs.
Primus.
Grogne Gaultier, voycy ung sire Qui dira mirahilia. 210
Il ne dit que ce qu'il y a
Et qu'on voit le monde conduire.
L'Astrologue.
Viene qui voudra contredire :
Il est éclipse voyrement
En plusieurs lieux au temps présent. 21 5
Le Prince.
Quant bonne Justice luyroit Et n'aroit poaint d'empeschement, Tel vit qui au gibet seroit.
201 lescreuiche — 211 a m. — 2i5 Les mots au temps présent sont suppléés — 217 Et vi.
214 vii. — sottie nouvelle
Primus.
Qui Justice n'empecheroit,
Tel contrefait du gentilastre 220
Qui seurement au coing de l'atre
Par povreté se coucheroit.
Secundus.
Par ainsi Virgo regneroit.
Primus.
Par ainsi Dieu omnipotent Tant de ces biens nous donneroit 22 5
Que Chascun en serouet content.
Le Prince.
Qui bien attent ne sourhatent '. Enfans, poaint ne vous coroussés ; Je sçay aulchun signe patent Que les grans dangiers sont passés. 2 3o
Affin que trop ne vous lassés, Vous ayrés la chanson nouvelle.
v» L'Astrologue.
Je veulx regarder une estoille
Ce temps pendant qu'on chantera;
Car je crois bien que dessus. elle 235
Ma pronosticque ce faira.
Le Prince.
Faites ainsi qu'il vous plaira.
Chantons, chantons joyeusement Cependant qu'il regardera L'orbiculaire mouvement. 240
Cantabunt.
223 regneroiet — 226 en m. — 227 {en vedette) Lastro — 229 aulchûs signe patens — 232 ayrois — 240 {jeu de scène) Câtement
I. Ce dicton se retrouve dans le Mistere du Viel Testament, II, p. 217.
DE l'astrologue 2 I 5
L'Astrologue.
C'est chanté gracieusement.
Cela oste melencolie, Mais ciiascun a l'entendement Sy trouble pour le temps présent Qu'il n'a plaisir en chanterie. 245
Chascun, Avoir plaisir, bon gré ma vie !
Qui seroit de plaisir féru, Avoyt la grande pilerie ' Qui le temps passé a couru ?
Et, se Dieu ne m'eust secouru, 25o
Je ne crois pas qu'en desplaisance En ce danger fusse encouru De tout mètre en dessesperance.
Le Prince.
Or revenon a la substance Des elemens.
L'Astrologue.
Les elemens 255
Ne sont qu'en tresbonne ordonnance ; Le dangier gist aux mouvemens.
Primus.
Elevon nos entendemens Sus ce poaint.
Secundus.
Je l'ay Ja comprins, Car jamais Mars n'eust entreprins, 260
Quoy que fust homme furieulx, Vallereux et luxurieulx,
256 très m.
I. Sur cette pillerie qui ne cesse de courir, voy. le n» V, v. 181, et le n" VI, v. 14. Cf. aussi le v. 478 ci-après.
2l6 VII. — SOTTIE NOUVELLE
Prendre la déesse Venus
Qui fust famé de Vulcanus,
Se n'eust eu quelque mouvement '. 265
Vêla, je croy, entendement Par quoy les grans astrologaus, Comme Macrobe et ces égaux, Mars planète a Mars comparèrent, Pour cause qu'il considérèrent 270
Que toute infortune venoit Fol. 7 Quant ceste planète regnoit, Et sera tant que régnera.
Mais, qui point Mars ne mouvera A trouver quelque brouillement, 275
Je croy qu'il se reposera Tant que le monde en pais sera.
Chascun.
Au deable le mouvement!
Secundus.
Le feu roy fust paisiblement Vivant a son païs de France, 280
Qui ne l'eust meu soubtilement D'aler a Napes vitement Perdre beaucoup sans recouvrance '.
Chascun.
Vêla une belle plaisance!
203 predre de la — 279 fut
1. Ce passage, assez obscur, paraît contenir un blâme contre le roi qui veut faire ce que le dieu Mars lui-même n'eût pas fait, en rompant son mariage pour épouser Vénus, qui fut femme de Vulcanus, c'est-à-dire Anne de Bretagne. L'annulation du mariage de Louis XII et de Jeanne de France ne fut prononcée définitivement que le 17 décembre 1498.
2. Voilà une condamnation bien formelle des guerres entreprises par Charles VIII en Italie.
Pour avoir une rouge chappe 285
A ung trésorier de finance Y faloit aller voir le pape M
L'Astrologue.
II est bien eureulx qui eschape De ces mouvemens geminaux, Car, quant l'ung contre l'autre frape, 290
Mars nous donne divers assaulx.
Le Prince.
Dieu gart le roy et ces vassaulx, Qui bien ayme le sang rouyal, De aversité et de tous maux, Et de mouvement geminal' ! 295
Primus.
Or revenon au principal.
Que court il?
L'Astrologue.
Eclipse de lune.
Chascun.
Tousjours deffaute de pecune, Se ce n'est en major burssa; Car, quant de la bourse commune, 3oo
Il n'y a plus rien, grant piessa.
Secundus.
Or sa, de par le deable, sa !
In manu sancti sanctorum.
Je crois que Jamais ne seron Nectement hor de ceste ordure. 3o5
291 nous est suppléé — 298 Tousjours est suppléé
1. Ce trait est à l'adresse de Guillaume Briçonnet, surintendant des finances, qui, après la mort de sa femme, devint cvêque de Saint-Malo et de Nîmes, puis archevêque de Reims. Guillaume avait obtenu le chapeau de cardinal en 1495.
2. C'est à-dire : « Que Dieu, qui aime le roi, le garde des conseils des frères d'Amboise ! »
2l8 VII. — SOTTIE NOUVELLE
Primus.
Non pas, tant qee l'estoille dure \
Qui fait tant de ces mouvemens.
yo L'Astrologue.
Taison nous, soions patiens,
Car le règne de Saturnus
Qui nous a longuement tenus, 3io
A toute sa laide grimace ',
Est passé, et sommes venus,
Ce Dieu plaist, au règne de grâce.
Le Prince.
Dictez vous que Saturnus passe, Alant son pas, voire sanguin? 3i5
Primus.
Dangier n'y a que de la fin, Car j'ay mainte foys oy dire Que a la queue gist le venin.
Secundus, Il est vray, ce serouet le pire.
L'Astrologue.
Pourveu que Saturne ne tire 320
A faire sa conjunction A la queue du Scorpion, C'est fait; elle ne peut plus nuyre.
Son cours est passé.
Chascun.
Or sa, sire, Puis que la chose vient a point, 32 5
En vostre esprit trouvés vous point Se l'année bonne sera ?
307 ces )?2. — 3 1 1 tout — 3 1 5 pas est suppléé I. Saturnus désigne peut-être le roi Louis >XI.
L'Astrologue.
Ouy, la terre portera
Ce que deussent porter les eaux.
Chascun.
Quoy ? Du poisson ?
L'Astrologue.
Des maquereaux 33o
Et grant force de maquerelles.
Le Prince.
Or bien, voicy grandes novelles.
Nous en airons donc grant marché.
L'Astrologue.
Mes seront chiers.
Le Prince.
En saisons quelles?
L'Astrologue.
Avecques deulx ou trois pucelles 335
Ung coulera ungne evesché.
Le Prince.
Bon homme, avez vous bien changé Si iresavant en vostre espère?
Fol. 8 L'Astrologue.
Je y ay déjà veu et péché Le fis macquereau de sa mère 340
Et de sa seur.
Chascun.
Bon gré saint Pierre !
Nous en serons empoisonnés.
Qui, dyable, les a amenés,
334 saison — 337 Bonne ho= auo' — 341 de m.
Que Ton ne les gete a la mer ?
Se n'est point viande a aymer ; 345
Fy ! c'est viande a laboureux '.
L'Astrologue.
Et, par Dieu ! quant les grans seigneurs Veullent menger de bons morseaux, Maistre d'ostel et gouverneux Ne servent que de maquereaux. 35o
Primus.
Revenons au poins principaux.
Selon le cours de la saison, D'autres biens airons nous foison?
L'Astrologue.
Ouy, mes que le temps se change, Car, par ma foy, la veneson 355
Me semble encore bien estrange. Regardés.
Primus.
Par le benoist ange,
344 quon ne — 345 ne se nest point viande aemer— 346 fy ce sont — 35 1 venons — 353 nous m.
I. Ne doit-on pas voir dans ce couplet et dans le précédent des allusions à César Borgia? L'arrivée prochaine ou peut-être même déjà effectuée de ce trop célèbre personnage était bien de nature à effrayer le pauvre peuple. César quitta Rome le i''' octobre (R. de h\a\i.\de, Jeanne de France, p. 288, n. 4). Après avoir séjourné quelque temps en Avignon, il traversa la France comme un triomphateur. Le 18 ou le 19 décembreil fit son entrée àChinon avec un luxe inouï. On trouvera les détails de cette entrée dans Brantôme, qui nous dit résumer une poésie du temps (éd. Lalanne, II, p. 207; éd. Mérimée et Lacour, II, p. 214), et dans la relation suivante, extraite d'un manuscrit de Florence et publiée par Pietro Ferrato pour le doctorat de Pio Cervesato : Entrata del Valentino nel 1499 [sic] a Cinone, in corte del C>-istianissimo (Venezia, 1868, gr. in-8).
Le document rapporté sous notre n" VIII nous apprend que César Borgia fut fort malmené par les étudiants.
Je n'y voy encore aparence
Qu'il y ait riens en pascience;
Il semble que le deable y court. 36o
L'Astrologue.
Par Dieu, je suis en différence Que n'ayons de la pestilance Ce Sol ne reluyst en sa court.
Le Prince.
Il faut qu'il luise, bref et court, Et que Justice soit sus terre. 365
Par m'ame, s'elle ne se sourt, Les ellemens seront en guerre Et viendra feu, pluie, tonnerre Sur toutes régions tonner, Tant que les plus grans mis en serre 370
Ne seront quelle part tourner.
Primus.
Face Justice gouverner Chascun et garder ses estas.
" Secundus.
On ne verroit point tant régner
De simonie et d'apostas. 375
Primus.
Voisent gendarmes au debas.
Secundus.
Voisent les prestres au monstier Sans estre de guerre advocas.
Chascun doit faire son mestier.
Primus.
Voyse le bon docteur preschier, 38o
366 Par moy — Syô, 377 voise
Ainsy qu'il treuve en ces gerandes, Et non pas chascun jour plaider Pour avoir cinc ou .vi. prébendes.
Secundus.
Voisent les prelas au kalendes Revisiter leur eveschés, 385
Non pas exiger les admendes Pour punir les petis pechiés.
Moynes doibvent estre couchés En dortoys, non pas en chasteaux, Et en leurs clouetres cachés, 390
En guardant leurs veux moniauix.
Secundus.
Voysent marchans, comme lyaux, De marchandyse prendre cure Et non pas, comme desloyaulx, La prester ou vendre a usure. 295
L'Astrologue.
Vêla de quoy vient ceste ordure, Qui guate chascun élément, Et puis la puante luxure Qui règne généralement.
Chascun.
On le presche publiquement ; 400
On monstre au doy, disant : « C'est telle » ; Mais il semble, par mon serment, Qu'onques n'en ouyrent novelle.
Primus.
Pourtant est l'edit sollennelle
382 chû por — 383 .1. mor ou .vi. — 384 Voise — 39 1 en guardes — 392 Voyse— 401 on mon au doy cest telle — 4o3 ne ouyrent nouelles
DE l'astrologue 223
Des ellemens tout en discort. 405
Secundus.
Par mon serment, je vous revelle Que Roan est vilain et hort '.
Chascun.
Ha, Dieu! airai ge mal confort?
Serai ge tousjours sans cesser En ce point?
Fol. g L'ASTRALOGE.
Chascun, tu as tort 410
Et ne te fault point courroucer.
Je veulx de ton estât penser Et te faire des médecines; L'espère en ce point fault laisser; Trop avons veu de maulvais signes. 415