Voy. notre n° XXV
INTRODUCTION XVII
n'était, en principe, qu'une parade. Le Badin avant chanté quelques paroles un peu libres, la Reformeresse lui fait compliment de sa chanson :
Et vrayment je vous retiendray :
Savés vous bien telle chanson? Y fault publier a plain son Les estas, qu'i nous viennent voir.
La représentation proprement dite n'est pas encore commencée ; on en est aux « bagatelles de la porte », et les joueurs de farces se flattent d'attirer les spectateurs par des plaisanteries fortement épicées.
Nous avons dit que la sottie appartenait surtout au répertoire des comédiens de métier; nous pouvons faire valoir plusieurs arguments à l'appui de cette assertion. Il est évident que le genre de facéties que se permettaient les sots ou badins aurait répugné à la gravité des chanoines, des prêtres ou des bourgeois de distinction, qui figuraient dans les représentations solennelles des mystères ; mais il y a une autre raison, que Ton peut appeler une raison physique. Les sots étaient des clowns, qui accompagnaient leurs dialogues de culbutes ou d'exercices athlétiques. On le voit clairement dans la farce du Bateleur ' où le principal personnage apprend à son valet à bien sauter, afin d'obtenir le prix comme badin :
Sus! faictes le sault : hault deboult; Le demy tour, le souple sault,
I. Le Roux de Lincy et Michel, IV, n»69, p. 6; Fournier, p. 32 3.
XVIII INTRODUCTION
Le faict, le defaict, sus! J"ey chault, J'ey froid. Est il pas bien appris En efect?Nous avrons le pris De badinage. somme toute.
Nous aurons plus loin l'occasion de citer divers passages de nos sotties qui font, croyons-nous, allusion à ces culbutes. Aussi bien les anciens auteurs de farces jouent-ils fréquemment sur les mots sot et saut '. Jehan Du Pont-Alais lui-même, le plus célèbre acteur du xvi^ siècle -, ne croyait pas indigne de lui d'exécuter des sauts sur la scène. L'auteur anonj^me des Satyres chvestiennes de la cuisine papale -, qui parle plusieurs fois des comédiens renommés de son temps, le dit en termes formels :
Çà, maistre Jehan Du Pont Alais, Un saut à la mode ionique !
Quand des acteurs exercés, basochiens ou joueurs de farces de profession, représentaient les mystères, même les plus graves, ils les faisaient ordinairement précéder d'une sottie. A Paris, les confrères de la Passion s'entendirent avec les sots, qui prêtèrent leur concours aux représentations données à THôpital de la Trinité, puis à l'Hôtel de Flandres et enfin à l'Hôtel de Bourgogne, et
1. Voy. par exemple un passage de la Sottise a huit personnages, ci-après, n° XII.
2. Voy. Picot, Pierre Gringore et les Comédiens italiens, p. 25 ; Marot, éd. G. Guififrey, t. III, pp. 2?5, 254.