Inscription d'un palais égyptien
On admire en Egypte un palais dont les restes semblent n'avoir subsisté que pour effacer la gloire de tous les plus grands ouvrages. Quatre allées à perte de vue, et bornées de part et d'autre par des sphinx d'une matière aussi rare que leur grandeur est remarquable, servent d'avenues à quatre portiques dont la hauteur étonne les yeux. Quelle magnificence et quelle étendue ! Encore ceux qui nous ont décrit ce prodigieux édifice n'ont-ils pas eu le temps d'en faire le tour, et ne sont pas même assurés d'en avoir vu la moitié; mais tout ce qu'ils y ont vu était surprenant. Une salle, qui apparemment faisait le milieu de ce superbe
TROISlf.Mi: l'UlTIK. 10-,
palais, êtail sontenuede six-vingts1 colonnes de six bras* jeur, grandes \ proportion, et entremêlées d'obélisqnes que tant de siècles o'onl pu abattre. I Ictus même, c'est-à-dire ce qui éprouve le plus tôt 1»- pcufoir du temps, se soutiennent encore parmi les ruines de cet admirable édifice, et y conservent leur vivacité : lanl l'Egypte savait imprimerie caractère d'immortalité à tous ses
OUYIM- (BOSSDET.)
5<i. — Les jardins allemands.
Les jardins sont presque aussi beaux dans quelques pare L'Allemagne qu'en Angleterre; le luxe des jardins suppose toujours qu'on aime la nature. En Angleterre, des maisons très-simples sont bâties au milieu des parce les plus magnifiques; le propriétaire néglige sa demeure, et pare avec soin la campagne, dette magnificence el cette simplicité réunies n'existent sûrement pat M même degré en Allemagne*; cependant on aperçoit en tout nn certain amour du beau, qui, tôt ou tard, doit donner du goût et de la grâce, puisqu'il en est la véritable source. Souvent, au milieu dc^ superbes jardins des princes allemands, on place des harpes éotieunes près des mot! tourées de (leurs, afin que le vent transporte dans les airs des sous « i des parfums tout ensemble. L'imagination des habitants du Nord tâche ainsi <!e se composer une nature d'Italie; et, pendant les jouis brillants d'un été rapide, Ton parvient quelquefois à s'y tromper.
(Mme de Staël.)
i)7. — Montaigne.
Loin de me prêcher avec morgue, Montaigne desa od a mon niveau : bon, naïf, joveux, varié, il se prônai cause familièrement avec moi; il m'éclaire sur totales les erreurs, sur toutes les faiblesses île mon âme, en me con-
i. Lent \ inç t. | 2. l'ina, x.
f 06 RECUEIL GRADUE DE THEMES LATINS.
Gant les défauts et les secrets de la sienne : il se vante sans orgueil, se confesse sans humilité; ses préceptes sont des saillies, ses leçons des portraits. Il parcourt tout le monde ancien pour s'instruire, tout le monde moderne pour s'amuser; abeille diligente, il recueille et s'approprie le miel des écrivains de tous les temps et de tous les pays. Ses nombreuses citations sont instructives sans être pédantes ; elles appuient les leçons qu'il donne, et nous disposent à les mieux recevoir par la force des exemples et par l'autorité des grands noms dont il s'étaie.
(De Ségdr.)
58. — Comparaison entre les ruines de Sparte et celles d'Athènes.
Sparte et Athènes ont conservé jusque dans leurs ruines leurs différents caractères : celles de la première sont tristes, graves et solitaires ; celles de la seconde sont riantes, légères, habitées. A l'aspect de la patrie de Lycurgue, toutes les pensées deviennent sérieuses, mâles et profondes ; l'âme fortifiée semble s'élever et s'agrandir ; devant la ville de Solon, on est comme enchanté par les prestiges du génie ; on a l'idée de la perfection de l'homme considéré comme un être intelligent et immortel. Les hauts sentiments de la nature humaine prenaient à Athènes quelque chose d'élégant qu'ils n'avaient point à Sparte. En passant des ruines de Lacédémone aux ruines d'Athènes, je sentis que j'aurais voulu mourir avec Léonidas et vivre avec Périclès. (Chateaubriand.)