V. — SAUVETAGE
Nonobstant le concours des plus favorables conditions d’aérage et l'application des meilleures méthodes de ventilation, malgré l’emploi des lampes les plus perfectionnées, et le tirage à la poudre le plus prudent, il est des circonstances où la prévoyance humaine se trouve déjouée, et il faut, en conséquence, se préoccuper des explosions qui, malgré tout, viendraient encore à se produire.
Ap rès un coup de grisou, le premier soin doit être celui de rétablir, aussi promptement que possible, le courant d’air normal. Un moyen des plus simples, comme des plus ellicaces, est d’avoir à proximité un vaste réservoir d’eau, qui permette de faire tomber une pluie abondante dans le puits destiné a l’entrée de l’air frais.
Quant aux secours à donner aux victimes, ils sont indiqués dans le décret du 3 janvier i8i3. Indépendamment des médicaments et appareils prescrits à l’extérieur, il serait certainement utile d’avoir un approvisionnement des objets de première nécessité, placé à l’intérieur même des mines, sous la main de chefs de poste exercés aux premiers pansements.
La circulaire ministérielle d’avril 1824» déjà citée à l’occasion de la lampe Dawy, fournit, quoique déjà ancienne, d’utiles indications sur les moyens de pénétrer dans les milieux irrespirables, et notamment sur l’emploi de réservoirs d’air portatifs' Depuis lors, les louables efforts de
(i) 11 a été jugé que les règlements fjui interdisent d'ouvrir des lampes dans des chantiers classés comme grisouteux, sont apj>licables non-seulement aux simples ouvriers, mais encore aux gouverneurs de mines : Cour de Lyon, Il novembre 1889; Moulin et Vernet. — Cassation, 21 décembre 1889 ; Garnier. — Et aux délégués mineurs : Tribunal de Saint-Etienne, 7 août 1891 ; Rullière.
UK I.i:<;iSÏ.ATION MINKUAT.K
quelques inventeurs se sont assidûment portés sur ee genre d’appareils. On peut citer ceux qu’ont donnés M. Galibert et M. Rouquayrol, ingénieur des mines de Firmy (Aveyron) (i).
L’appareil Galibert a été décrit dans les Annales des mines ^ gmc série, Tome V, page i3i (i8G4) • ü se compose d’une outre, gonflée d’air, que l’ouvrier porte sur son dos et qui communique, par deux tubes en caoutcliouc, à une pièce de bois ayant la forme et les dimensions d’une bouche d’homme ouverte. L’ouvrier, ayant saisi cette pièce entre les dents et les lèvres, ferme alternativement avec la langue l’orifice de chaque tube, dont l’un sert à l’aspiration et l’autre à l’expiration. Il y a donc circuit continu entre l’outre et le poumon, et la meme masse d’air sert à la respiration jusqu’à ce qu’elle soit trop pauvre en oxygène. Une outre de 5o litres pourrait sullirc pendant quinze ou vingt minutes.
M. Rouquayrol, lionoré, il y a dix ans, d’une médaille de la Société de l’Industrie minérale de Saint-Ktienne, a cédé son brevet d’invention à MAI. A. Denayrouze, lieutenant de vaisseau, et L. Uenayrouze, officier d’artillerie. Les appareils Denayrouze sont de deux sortes, suivant l’usage auquel ils doivent être plus spécialement alléctés. Le type n® i comprend une pompe, un épurateur arrêtant les poussières volantes de charbon, une conduite d’air et un régulateur léger, placé sur le dos du mineur ; ce régulateur est à deux fins : il fournit l’air dans les proportions strictement nécessaires, et à la respiration de l’homme, et à l’alimentation de la lampe. Au moyen d’un ingénieux mécanisme, l’air arrive sous une pression constante, mais réglée suivant les besoins, tant à la bouche de l’ouvrier qu’à la mèche de la lampe ; une disposition très simple pourvoit à la sortie des produits de l’expiration et de la combustion. Le type n° i suppose une certaine longueur de tube entre la pompe qui doit fonctionner dans l’air pur et le régulateur porte par l’ouvrier. Il est souvent nécessaire d’être alfranchi de pareille sujétion, et cette nécessité a donné naissance au type n® 2. Le type n® 2 permet, avec deux ouvriers, de faire vivre Lun d’eux, pendant un temps indéfini, dans une atmosphère irrespirable ou explosible ; avec un plus grand nombre d’ouvriers, d’effectuer, dans les gaz malsains, à telle distance et pendant tout le temps qu’on voudra, toute espèce de travaux importants, soit d’exploitation, soit de sauvetage. L’appareil comporte le même régulateur et la même lampe que le type n® i, mais la pompe et son conduit sont remplacés par un réservoir de distribution et un nombre indéterminé de cylindres en tôle, susceptibles d’être à volonté séparés ou réunis. Le réservoir et les cylindres ont été, par avance, remplis d’air à une pression de 20 à atmosphères ; ils sont portés sur un chariot léger, qui suit l’ouvrier dans son travail. Le réservoir de distribution alimente directement le régulateur, placé à dos d’homme, et il est luimême alimenté, au fur et à mesure de son épuisement, par les divers cylindres chargés d’air à haute pression. Si le travail doit durer plus
(i) Voir la circulaire du 3i mai 1872.
HKCCKir. MÉTHODIQUE
de trois à quatre heures, et, par suite, consommer la provision d’air qu’il est possible d’emmagasiner sur un chariot, un ouvrier muni d’un appareil identique vient échanger les cylindres vides contre les cylindres pleins, et, s’il existe plusieurs points de travail, il pourra généralement les desservir tous à tour de rôle. Il suflira donc d’avoir autant de réservoirs de distribution (ju’on veut employer d’ouvriers, plus un, et un nombre assez considérable de cylindres d’approvisionnement.
Malgré rimperfection des premiers essais, MM. Denayrouze ont déjà livré en Allemagne un grand nombre d’appareils. Un journal allemand, le Cjrliïckauf\ a, le 27 août 1871, rendu compte d’expériences très satisfaisantes laites, clans une mine de Silésie, au milieu de gaz délétères provenant d’une combustion souterraine. L’appareil Denayrouze a permis d’exécuter un barrage tout près du foyer de l’incendie et d’en circonscrire rapidement les ravages. Dans ses numéros des 3 et 24 décembre 1871, le même journal rapporte les expériences faites sous l’eau, dans un puits des mines de lîochum (bassin de la Kuhr), avec des appareils à plonger et des lampes closes, construitc*s suivant les mêmes principes que les appareils pour milieux d’air irrespirable. Les plongeurs sont restés une demi-heure sous 4^^ pieds d’eau et en ont ramené les débris de machines accumulés au fond du puits.
Quelques mines importantes de France possèdent déjà des appareils respiratoires do sauvetage. L’Administration a eu plusieurs fois occasion d'en recommander l’emploi, et cette salutaire précaution pourra être rendue obligatoire par voie d'injonction préfectorale. Il est, en ellét, permis de penser (jue, si des appareils du genre de ceux qui viennent d’être décrits avaient existé sur nombre de mines, théâtres d’explosions de grisou, on aurait pu arriver à temps jusqu’aux victimes et en disputer quelques-unes à la mort. On ne saurait entourer d’une trop grande sollicitude la courageuse population qui se consacre à l’exploitation de nos richesses minérales, et on ne doit reculer devant aucune dépense pour assurer autant (jue possible la conservation de ceux (jui font partie de cette population.
A cette instruction sont annexés des extraits des règlements d’un certain nombre de Compagnies. On les trouvera dans les Annales des Mines, 1872, i53.
10 Janvier 187^.
Circulaire. — Lampes de sûreté à enveloppe de cristal.
Monsieur, un assez grand nombre d’exploitants déminés ont adopté, pour le service de leurs exploitations, les lampes de sûreté à enveloppe
1>E LÉGISI.ATION MINERALE
de cristal, telle que la lampe inventée par M. Müseler. Ces lampes ont réalisé une véritable amélioration sur les anciennes lampes à treillis métallique, et l’on ne saurait voir qu’avec satisfaction leur usage se généraliser. Mais, comme tous les appareils de ce genre, ces lampes n’oflrent de garantie qu’autant qu’elles sont en parfait état. Certaines détériorations, quoique légères en apparence, peuvent leur enlever toute leur efficacité et les rendre, par le fait, plus dangereuses même qu’une lampe à feu nu, à cause de la fausse sécurité qu’elles pourraient alors inspirer.
Parmi ces détériorations, il en est une à laquelle elles paraissent particulièrement exposées ; cette détérioration consiste dans l’ouverture de l’enveloppe de cristal pas suite de l’ébréchure des bords supérieurs du verre. Une explosion de grisou, qui a récemment coûté la vie à cinq ouvriers, dans une houillère de la Loire, n'a pas eu d’autre cause qu’une ouverture de ce genre à la lampe de l’un de ceux qui ont péri. En constatant le fait, MM. les ingénieurs ont pu, d’ailleurs, s’assurer que plusieurs lampes se trouvaient alïectées de la même détérioration.
Le Conseil général des mines a pensé qvie ces circonstances devaient éveiller la vigilance de l’Administration et qu’il y avait lieu de les signaler aux exploitants qui font usage de lampes à enveloppe de cristal.
Je viens vous prier, en conséquence. Monsieur, de vouloir bien appeler sur les observations qui précèdent l’attention des exploitants de mines dans votre circonscription, qui se serviraient de lampes à enveloppe de cristal ; une fois la cause du mal connue et signalée, il suffît d’un peu de soin pour y remédier.
14 Juin 1S78.
Circulaire. — Etude des moyens propres à. prévenir les explosions de grisou. — Commission. — Demande de renseignements .
UECUEII. MÉTIIOUIQUE
22 Juiu I»»0.
Rapport du président de la Commission d’études des moyens propres à prévenir les explosions de g'risou au ministre des Travaux publics. — Rtat d’avancement des travaux de cette Commission.
20 Juillet 1 8SO.
Circulaire. — Mines à g^risou. — Demande d’envoi de projets de règlement.