I. HKGIIKRCIIKS TIIKORIQUES
JO Propriétés chimiques et physiques du grisou.
Composition du
La Commission avait exprimé le vœu que des analyses exactes et nombreuses fussent faites sur le gaz qui se dégage dans les mines de notre contrée. Malheureusement ce vœu ne s’est qu’incomplèteinent réalisé. M. Fouqué, qui avait bien voulu se charger de ce travail considérable, a été forcé de quitter la Commission avant d’avoir pu le mener à terme. 11 avait cependant eu le temps d’analyser avec le plus grand soin un grisou recueilli par lui-méine dans un puits d’Anzin, et il est très remarquable que, sauf la présence signalée pour la première fois d’une faible quantité d’hydrogène libre et de traces d’ammoniaque, cette analyse s’accorde avec toutes celles, déjà fort nombreuses, que l’on connaît actuellement.
On peut allirmer, en effet, que la composition du grisou est sulîisamment connue dans ses traits principaux.
Quelque part qu’on l’ait analysé, le grisou s’est montré composé presque exclusivement de formène (hydrogène protocarboné) avec les éléments de l’air plus ou moins désoxygéné, et quelques centièmes seulement d’hydrogène ou d’hydrocarbures complexes d’une part, d’acide carbonique de l’autre.
Or, les expériences publiées par la Commission permettent de prévoir quelle est, au point de vue de l’explosibilité, l’influence de ces gaz accessoires. Elles ont montré que, si l’on prend la vitesse de propagation de l’inflammation comme la mesure des propriétés explosives du gaz, il faut, pour diminuer la vitesse de propagation dans un mélange détonant d’air et de grisou, du tiers de sa valeur, la présence de 5 p. loo d’acide carbonique. Or, on n’a jamais trouvé de grisou tenant plus de 0,06 d'acide carbonique, et comme le mélange le plus détonant d’air et de grisou ne tient que 0,0956 de grisou, il ne peut tenir plus de 0.006 d’acide carbonique ; ce qui ne peut abaisser la vitesse de propagation de plus de i/3o®, quantité tout à fait insignifiante.
Les mêmes expériences ont montré que la vitesse de propagation du mélange tonnant d’air et de gaz d’éclairage est seulement double de celle du mélange tonnant d’air et de formène pur. Or, le gaz d’éclairage, en négligeant les gaz qui ne s’y trouvent qu’en faible quantité, tient envil'on 2 d’hydrogène pour i de formène. La présence de 3 à 4 P- d’hy-
OK I.KOISI.ATION MIXKHAT.K
drogène dans le grisou ne peut donc accroître notablement ses propriétés explosives.
Les laits connus antérieurement et ceux que la Commission a fait connaître permettent donc d'afUrmer avec certitude que les mélanges détonants que l’oii rencontre dans les mines grisouteuses ne possèdent pas de propriétés sensiblement dillérentes de celles des mélanges d’air et de formène que l’on peut préparer artificiellement. On peut même regarder les propriétés de ce mélange comme un maximum qui n’est pas souvent atteint dans la mine.
Les différences notables qui peuvent se produire ne peuvent, en effet, provenir que de la désoxygénation de l’air dans les chantiers, et du mélange à Tair de la mine d’acide carbonique provenant de causes diverses. Toutes ces influences diminuent le pouvoir explosif du gaz.
Nous croyons donc qu’il conviendrait de l)annir de la science, et d’écarter des préoccupations déjà si nombreuses de l’ingénieur, ce fantôme de gaz particulièrement méchant. 11 est clair que le grisou détonera moins facilement dans une j)artie de la mine où, soit par vine cause, soit par une autre, l’air contiendra une proportion notable d'acide carbonique ou manquera dame notable quantité de son oxygène normal. En dehors de ces circonstances exceptionnelles, nous regardons comme acquis à la science et à l’art des mines que les mélanges détonants des mines ne sont jamais plus dangereux que ne le sont les mélanges d’air et de formène préparés dans les laboratoires.
Tout en regrettant que le programme de la Commission n’ait pu être sur ce point plus complètement rempli, et que nous ne puissions opposer, aux analyses assez nombreuses faites sur le giûsou des mines anglaises, un travail semblable fait sur le gaz de nos houillères, nous estimons que la sécurité des mines n’est plus intéressée directement dans ces recherches, et que la question est résolue en ce qui la touche.
Composition du g^az provenant de la combustion du g^risou.
Les propriétés chimiques du grisou sont assez bien connues, puisqu’on peut assimiler ce gaz au formène. La sous-commission a cependant cherché à préciser la nature des gaz auxquels la combustion du grisou donne naissance. On a trouvé que, lorsque la proportion de grisou dans l’air est inférieure à 9,5 p. 100, la combustion ne produit, comme on doit s’y attendre, que de l’acide carbonique et de Teau.
Lorsque la proportion de grisou est supérieure à 9,6 p. 100, il se produit, en outre, de l’oxyde de carbone, en même temps que du grisou et de l’hydrogène restent non brûlés.
Avec un air tenant 112 p. 100 de grisou» les produits de la combustion, après condensation de la vapeur d’eau, étaient formés, sur 100 volumes, de 4»8 d’acide carbonique, 3,9 d’oxyde de carbone, 2,5 de grisou ou autres hydrogènes carbonés, 3,5 d'hydrogène et 812,12 d’azote. Un semblable mélange gazeux est toxique et irrespirable. Pour qu’il devînt
RKCUKII. MKTIIOOIQUK
respirable, il faudrait y ajouter un volume d’air tel que le mélange total contînt i5 p . 100 d’oxygène au moins. L’atmosphère tiendrait encore 1,1 p. 100 environ d’oxyde de carbone et serait éminemment toxique. Ce fait peut avoir son iniluence pour augmenter le nombre des victimes d’une explosion.
Toutefois, il doit être en général assez rare que l’air d’une mine, même au moment d’une explosion, tienne une proportion de grisou égale à iî2 p. 100, c’est-à-dire supérieure de 12, 5 p. 100 à celle qui donne le maximum d’explosibilité. Si l’oxyde de carbone se rencontre en proportion toxi(|ue dans Tatmosphère de la mine après une explosion, ce qui n’a pas encore été constaté avec précision, il doit plutôt être produit par la combustion partielle de la poussière de houille.
Solubilité.
Au nombre des proj)riétés chimiques du grisou jugées douteuses, on compte (juel({uefois la solubilité. On sait cependant, grâce à des déterminations précises, (|ue 100 vol. d'eau à 0° dissolvent 5.44^ volumes de gaz.
Cette solubilité est très faible, et il n’y a pas lieu de s’arrêter à certains faits qui ont été signalés et pour l’explication desquels on a attribué au grisou une solubilité plus grande. Ces faits peuvent tous recevoir plusieurs interprétations autres que cette hypothèse gratuite, et ne sauraient être mis en balance avec des expériences précises. 11 ne nous paraît donc pas nécessaire d’ajouter de nouvelles déterminations à celles qui sont déjà connues.
Température d’inflammation.
On ne connaissait, avant les expériences /lues à la Commission, ni la température d’inllammation, ni la température de combustion des mélanges explosifs formés par ce gaz.
Les travaux expérimentaux entrepris par les délégués de la Commission pour déterminer la température d’inflammation ont amené la découverte de certains faits, qui nous paraissent avoir une réelle importance pratique.
Les mélanges explosifs formés par la plupart des gaz combustibles ont une température d'inflammation assez précise. Pour des températures notablement inférieures à celle-là, il se fait bien déjà, il est vrai, une combinaison d’oxygène et de gaz combustible, mais le volume des gaz formés dans l’unité de temps, c’est-à-dire la vitesse de la combinaison, est très faible.
Cette vitesse va graduellement en croissant avec la température, mais reste toujours assez petite jusqu’à une certaine température pour laquelle elle prend, dans un temps très court, une valeur considérable. C’est ce qu’on peut appeler la température d’inllammation. Les expé-
1>K I^ÉGISLATION MINÉRALE
riences de la sous-commission l’ont fixée à 552» pour l’oxygène, à 65o® pour l’oxyde de carbone, et il a été constaté qu’elle variait assez peu pour un même gaz, lorsqu’on faisait varier beaucoup les proportions relatives du gaz combvirant et du gaz combustible dans le mélange explosif.
Par une exception singulière et très remarquable, les choses ne se passent pas du tout de la même façon pour le grisou. Les mélanges de grisou et d’air s’enllamment vers Mais l’inilammation ne se
produit pas, comme pour les autres gaz, dès que la masse gazeuse ou seulement un point de cette masse est porté à cette température.
11 est nécessaire, pour que le mélange détone, que le gaz en subisse l’action pendant plusieurs secondes. Le retard de l’explosion devient de plus en plus faible à mesure que la température s’accroît, jusqu’à devenir nulle à une température que les appareils employés pour ces expériences n’ont pas permis d’atteindre, mais qui, d’après les expériences, bien connues et faciles à répéter, de Davy, est supérieure à celle du rouge blanc.
On peut mettre en évidence cette curieuse propriété du grisou par une expérience très frappante et très instructive. On projette, sur un creuset de fer chauffé au rouge et renversé, un jet de grisou animé d’une faible vitesse. Lorsque le jet est dirigé sur la partie externe du creuset, le mélange explosif ne reste qu’un temps très court en contact avec la paroi, et ce temps est insuJUsaiit pour permettre au gaz de prendre feu ; rinflammation ne se produit pas, quelque prolongée que soit l’expérience. Lorsque, au contraire, ce jet est dirigé dans l’intérieur du creuset renversé, le mélange gazeux est forcé de rester plus longtemps en contact avec la paroi, et l’inilammation se produit, au bout d’un temps plus ou moins long, suivant que le creuset est plus ou moins chaud. Le temps nécessaire pour rinllammation peut dépasser dix secondes.
P]n définitive, dans la pratique, les choses se passent le plus souvent comme si la température d’inflammation du grisou était supérieure à celle du rouge blanc. Lorsque le treillis d’une lampe de sûreté rougit sous l’influence de la combustion du grisou dans l’intérieur delà lampe, le grisou ne s’enflamme pas au contact de la toile métallique parce que le mélange explosif, se renouvelant sans cesse autour des fils métalliques, ne subit pas assez longtemps, pour prendre feu, l’influence de la température.
Mais on conçoit en meme temps qu"il puisse y avoir des cas où le contact du gaz avec un corps porté au rouge étant plus prolongé, l’inflammation vienne à se produire. C’est donc là un fait nouveau et qui peut jouer un rôle important dans l’explication de certains acîcidents, et par conséquent aussi dans les mesures préventives à prendre pour les éviter.
Limites d’inflammabilité du mélange d’air et de grisou.
Les limites d’inflammabilité du mélange d’air et de grisou ont été déterminées par la sous-commission chargée de ces expériences. La limite
KKCUEII. METHODIQUE
'JH*2
iiiinima correspond à un mélange tenant environ 5,8 p. loo de grisou ; la limite maxima, à un mélange tenant i6 à 17 p. 100 de gaz.
Ces nombres ne sont pas susceptibles d’une grande précision, car rinllaminabilité peut varier dans eertaines limites avec la température et meme avec l’étendue superlicielle du corps qui détermine rinllammation.
Vitesse de propag^ation de l’inflammation.
Les expériences entreprises autrefois sur les vitesses de propagation dans les mélanges de grisou et d’air ont été reprises par la sous-commission et étendues à d’autres mélanges explosifs.
Ges expériences ont constaté de nouveau que la vitesse de propagation, dans les mélanges grisouteux, est très faible et ne dépasse guère O"’, 60 par seconde.
Elles ont, de plus, montré dans quelle proportion cette vitesse s’atténue lorsqu’on mélange du gaz avec une certaine proportion d’azote ou d’acide carbonique.
Elles ont permis en outre de bien mettre en lumière un fait important, qui avait été déjà constaté par MM. Schlœsing et Demondésir dans des expériences restées à peu près inédites. 11 consiste en ce que la vitesse avec laquelle s’eilèctue la propagation réelle de la llamme dans un mélange détonant quelconque est extrêmement variable avec les circonstances de rinllammation.
Dans les gaz en repos, et lorsque rinllammation peut se propager sans mettre en mouvement la portion non encore brûlée du gaz, la propagation se fait régulièrement et lentement avec une vitesse égale à celle qu’ont lixée les expériences de la Commission, et qu’on peut appeler la vitesse normale.
Si, au contraire, le gaz dans lequel se fait la propagation est agité par des mouvements irréguliers, susceptibles de brasser la masse gazeuse, ou si l’inllammation ne peut se propager qu’en produisant dans la portion non brûlée de semblables mouvements, la propagation peut croître énormément jusqu’à devenir presque foudroyante.
C’est ainsi que les expériences de la sous-commission ont montré que si l’on remplit d’un mélange détonant un tube de verre fermé par un bout et ouvert à Tautrc, la propagation se fait, au moins pour les mélanges à faible vitesse normale, suivant cette vitesse même ; il n’y a pas de détonation, et l’on peut suivre très aisément à l'œil la llamme parcourant lentement toute la longueur du tube.
Si, au contraire, l’inUammation est mise du coté de l’extrémité fermée du tube, il se produit une explosion violente, et la flamme parcourt le tube avec une rapidité qui n’a pu être mesurée exactement, mais qui paraît atteindre 100*"^ par seconde.
Avec les mélanges d’hydrogène et d'^oxygène, cette vitesse peut aller jusqu’à 1.600^ par seconde, comme l’a observé M. Berthelot dans des expériences analogues.
DK LKGISLATION MINKUAI.F.
La connaissance de ce fait permet de se rendre compte des différences considérables qui se produisent dans la violence des coups de grisou.
Supposons, par exemple, un chantier ouvert seulement à Tune de ses extrémités, et rempli d’un mélange explosif. Si l’inflammation y est produite par la lampe ouverte d’un ouv'rier entrant dans le chantier, l’inflammation s’y propagera lentement et sans l>ruit; si, au conti'aire, l’inflammation est produite par l’otiverture, à un certain moment, de la lampe de sûreté d’un ouvrier travaillant au fond du chantier, l’inflammation pourra être soudaine et accompagnée d’un bruit intense, ainsi que d’effets mécaniques violents.
Température de combustion.
Il est souvent intéressant, pour la pratique de l’art des mines, de connaître la témpérature et la pression développées par la combustion du grisou. De nombreuses expériences ont été faites sur ce sujet par la sous-commission, et étendues à un grand nombre de mélanges gazeux inflammables. On a déterminé, dans ces expériences, la pression développée par la détonation de ces mélanges en vase clos.
On a pu constater ainsi que la pression développée par le mélange tonnant de grisou et d"air faisant explosion dans un espace fermé, est égale à sept atmosphères environ. Cette donnée permet de calculer la résistance qu’il faudrait donner aux portes destinées à isoler, dans un coup de feu, les divers quartiers les uns des autres.
On peut déduire de ce nombre la température de combustion, en vase clos, du mélange tonnant de grisou et d’air. Cette température est égale à environ 12.1200°. A cause de la diliérence des chaleurs spécifiques à pression constante et à volume constant, la température de combustion à l’air libre doit être inférieure de 1200 à 3oo° ; mais on ne connaît malheureusement aucun moyen expérimental de la fixer d’une manière . . ^ précisé.
niflfusion.
Parmi les propriétés physiques du grisou, il en est une qui lui est commune avec tous les gaz, celle de la diffusion. Il est bon de s’y arrêter quelques instants, car on a quelquefois réclamé, comme nécessaire, une étude détaillée de ce phénomène.
Quelques ingénieurs avaient émis cette hypothèse, à l’appui de laquelle ils n’apportaient d’ailleurs aucun fait précis, que le mélange de grisou et d’air, même supposé parfait, pouvait cependant se séparer en ses éléments, par une sorte de liquation analogue à celle qu’on observe dans des mélanges formés par certains liquides de densités difterentes.
Bien que cette hypothèse fût en contradiction avec toutes les données de la science, la Commission Ta cependant soumise au contrôle de l’expérience. Celle-ci a démontré très nettement que l’hypothèse est fausse et que le grisou et Pair une fois mélangés ne se séparent plus.
HKCUKIL MKTHODIQUK
On sait d’ailleurs, et aucune expérience nouvelle n’est nécessaire à cet égard, que le mélange intime des deux gaz est diilicile. Cette dilliculté, qui existe pour tous les gaz, est plus grande encore pour le grisou et l’air à cause de la grande diHérence de densité qu’ils présentent entre eux. Le mélange par simple dillusion est très lent, et, par conséquent, il ne faut point y compter pour assurer la sécurité des travaux de mines. 11 est indispensable, et c'est un fait sur lequel on ne saurait trop appeler rattentioii des mineurs, d’opérer, j)ar une action mécanique, le brassage du gaz, tout en évitant avec soin de produire dans l’air des remous violents au voisinage des lampes <le sûreté.
Aucune expérience ne semble d’ailleurs pouvoir être tentée pour préciser le dégré d’agitation qui assure un mélange complet. Il ne nous semble donc pas, malgi'é l’importance qu’on doive attacher à cette question dans la pratique de l’exploitation, qu’il y ait lieu d’entreprendre de nouvelles recherches expérimentales sur ce point.
Gisement et mode de défraiement du irisou.
La question du gisement du grisou et de son mode de dégagement a naturellement beaucoup préoccupé les mineurs. Sur ce point, si l’on est encore divisé sur certaines interprétations théoriques, on est d’accord sur presque tous les faits qui peuvent intéresser la pratique.
On sait que le gaz se trouve emprisonné dans les pores de la houille, et, quelquefois, quoique plus rarement, dans certaines couches poreuses du terrain houiller.
Le gaz contenu dans la houille y possède un état de tension qui, comme l’a constaté en Angleterre M. lûndsay Wood dans une série d’expériences très remarquables, est extrêmement variable d’une couche à une autre, et même d’un point à un autre d’une même couche. M. Lindsay Wood a mesuré des tensions égales à 3o atmosplières, et il est vraisemblable qu’il peut se rencontrer des pressions plus considérables encore.
Le gaz commence à se dégager dès que, par la mise à nu d’une certaine surface de la houille, la pression extérieure cesse d’équilibrer la pression interne. Le taux de ce dégagement est encore très variable, et dépend, non seulement de la pression interne, mais encore de la perméabilité du charbon, c’est-à-dire des résistances plus ou moins grandes qui s’opposent à l’écoulement du gaz à travers les pores du combustible.
Cette perméabilité peut varier à tel point que M. Lindsay AVood a observé que, dans certains cas, les dégagements les moins abondants pouvaient se rencontrer avec les pressions internes les plus intenses. Le dégagement du gaz pevit d’ailleurs durer pendant fort longtemps à travers la même surface.
En partant de ces faits, M. iVrnould, dans son beau mémoire sur les dégagements instantanés de grisovi, a montré que, lorsqu’on a mis à
DE lÆGISLATION MINÉUAEE
découvert, par l’abatage, une certaine surface de la couche, il s’établit, dans le grisou que contient la houille, une répartition de la pression qui part de zéro pour augmenter graduellement à mesure qu’on s’avance dans l’intérieur du massif. 11 est aisé de tirer des expériences de M. L. Wood que la loi de variation de la pression est la meme que celle de la variation de la température dans un corps chaud soumis à un refroidissement superficiel.
Si la tension originelle du grisou dans le massif vierge n’est pas trop grande, et si l’abatage marche assez lentement pour que la tension superficielle ne soit jamais trop forte, le dégagement du grisou se fait d’une manière régulière, et la quantité de gaz produite en un tem])s donné est à peu près proportionnelle à la quantité de houille abattue ; le taux de celte proportion pouvant d’ailleurs varier considérablement, non seulement d’une mine à une autre, mais encore d’un point à un autre de la môme mine.
Tel est le mode de dégagement du grisou que l’on peut appeler normal^ et qui paraît cire le plus habituel à nos exploitations, comme à celles de rx\llemagne,
MM. l^ernolet et Aguillon, dans l’important rapport de mission qu’ils ont adressé à la Commission et dont il sera parlé plus loin, ont étudié les modes de dégagements exceptionnels que l’on a constatés en Belgique et en Angleterre.
p]n Belgique, ce sont principalement les dégagements qu’on a nommés instantanés. Ils paraissent dus, d’après M. Arnould, à une tension eonsidérable du grisou dans le massif vierge, liée à une faible ténacité de la houille qu’il imprègne. Ba vitesse de dégagement peut alors acquérir une grandeur telle que ce dégagement se transforme en une véritable explosion mettant en liberté, en un temps extrêmement eourt, un énorme volume de gaz, en s’aceoinpagnant de la pulvérisation et de la projection d’une masse correspondante de combustible.
Mais le grisou n’existe pas seulement dans la houille, il peut remplir aussi les crevasses que les failles ont produites en découpant le terrain houiller. Ces crevasses constituent alors de véritables réservoirs d’où le gaz, qui y est fortement comprimé, peut s’échapper par le plus petit orifice, avec une grande vitesse, en donnant lieu à un soufllard. Les soufllards dus à cette cause n’ont en général qu’une faible durée, car le réservoir qui les alimente est lui-même limité.
Lorsqu’une couehe de grès se trouve dans des conditions telles qu’elle peut s’imprégner de grisou sans que le gaz puisse se dégager, elle constitue un véritable niveau de gaz au même titre qu’un banc de grès imprégné d’eau constitue un niveau d’eau. Lorsqu’une semblable couche de grès est mise en communication avec l’atmosphère, soit par les galeries de l’exploitation, soit par les fissures que les travaux provoquent dans le terrain, il se produit en quelque sorte une fontaine de gaz alimentée par le drainage de la couche, au travers de laquelle le grisou circule encore plus librement que ne peut le faire Teau. Le débit de
RECUKIL, MÉTHODIQUE
cette fontaine gazeuse peut durer pendant un temps très long, car le réservoir qui l’alimente peut avoir un volume énorme. Telles sont les causes auxquelles on peut rapporter des dégagements de grisou exceptionnels qui ont été observés assez, souvent en Angleterre, et qui ont pris le nom de soufllards {blmvers), dedégagernents swhiis {siidden outbursts), soit au toit, soit au mur.
Ces dégagements exceptionnels sont dus à un concours de circonstances géologiques qui ne paraît pas s’être rencontré, au moins jusqu’à présent, dans les mines du continent.
La Commission, grâce à ses diverses publications, et particulièrement à celle du rapport de MM. Pernolet et Aguillon, et celle d’un extrait détaillé du mémoire de M. Lindsay AVood, aura contribué, par le rapprochement des faits observés dans les diverses contrées, à élucider le problème du gisement et du mode de dégagement du grisou. Il nous paraît que la Commission aura rempli sa mission, si, après avoir ainsi fait connaître aux ingénieurs l’état de la question, elle leur adresse la présente recommandation d’observer et de publier tous les faits relatifs, soit au dégagement normal, soit aux dégagements exceptionnels qu’ils pourraient rencontrer dans leur pratique journalière.
Quant à la question, qui a été soulevée par M. Arnould, de savoir quel est l’état physique du grisou dans l’intérieur de la houille, et s’il s’y trouve contenu sous la forme gazeuse ou sous la forme liquide, elle peut être intéressante au point de vue théorique, mais elle ne touche nullement la pratique. La solution en est liée au développement général de la science, et il ne nous paraît pas qu’il soit utile d’instituer sur ce sujet une nouvelle série de recherches.
Influence de la pression barométrique.
Nous ne reviendrons pas ici sur la question si controversée de rinfluence de la pression barométrique. L’un de nous a publié sur ce sujet un travail étendu sur les conclusions duquel nous sommes pleinement d’accord l’un et l’autre. A nos yeux, il est établi que les variations de pression barométrique sont sans influence sur le dégagement du grisou au front de taille, et M. L. Wood, par des expériences directes, vient de mettre ce fait hors de doute .
Nous admettons cependant comme possible, mais non comme pleinement démontré, qu’une baisse brusque et considérable du baromètre peut faire refluer dans les galeries immédiatement contiguës, surtout si elles communiquent avec les anciens travaux par des orifices relativement étroits, le gaz qui peut se trouver accumulé dans les anciennes excavations. L’enquête que nous avions essayé d’établir à ce sujet, n’a point abouti et aucune réponse ne nous est parvenue aux questions que nous avions posées.
Nous croyons, en effet, que si cette influence des baisses brusques du baromètre est théoriquement admissible, elle doit, en fait, s’exercer
13K lÆOISr.ATION MINKHAI.E
rarement et n’avoir snr^la sécurité générale des travaux qu’une inlluence très secondaire et très difficile à établir avec cerlilude.
Dans tous les cas, la discussion approfondie à laquelle s’est livrée la Coiuniission, et à laquelle elle a convié tous les ingénieurs, n’aura point été inutile pour ramener le problème à ses véritables termes.
Il est évident que la Commission ne peut plus, sur ce sujet comme sur le précédent, ({u’engager les ingénieurs à observer et à publier les faits qui se présenteraient dans les exploitations (|u’ils dirigent.