‹ Recueil politiqueChapitre 17 sur 63 · DE QUELQUES ABUS · texte numérisé non relu

DE QUELQUES ABUS

INTRODUITS DANS LE SYSTÈME RELtGIEUX.

Il y a un assez grand nombre âe personnes qui croient, ou qui feignent de croire, que lesattaques dirigées contre la religion , et le discrédit qui en était résulté pour ses ministres , ont été la véritable cause de la révolution. Je n'examinerai pas jusqu'à quel point il est juste d'attribuer aune cause Unique ce qui a dépendu de tant de causes différentes, de tant d'événemens, d'une n grande complicaliou d'intérêts; mais je dirai que la richesse et la puissance du clergé , l'inutilité et l'iusolence des ordres mouastiques , l'intolérance, les persécu-* tions , une foule de droits absurdes ou inbu*

mains ^ exercés avec rigueur et soutenos avec emportement^ ont amené la ligue des philosophes àa 18" siècle contre la religioin catholique, et donné naissance à la haine que le peuple fit éclater contre les prêtres. Ainsi » ensuivant ce raisonnement, si la haine des prêtres et le mépris de la religion ont amené la révolution , comme ces sentimens n'étaient que le résultat des abus dont on vient de parler , ce sont ces abus eux-mêmes qui en ont été la cause première.

On eût pu, quand la voix publique s'éleva contre eux , les réformer successivement et céder à l'opinion qui les condamnait. Mais chacun défendit ses prérogatives , au maintien desquelles il prétendait le Ciel intéressé; personne ne voulut démordre de ses droUs m renoncer à se» prétentions. Cela £t que cet édifice, qui pouvait encore se souteoir si on avait voulu en retrancher tout co qui le sarbhargeùt , s'écroula de fimd eu comble; ho peuple voyant qu'on ne voulait pas adorer la

reiigipD (le ses abus, trouva ptus simple d'anéautir la relijioti. '

Cependant cet anéaolissement n'était pas ^P pouroir des hommes , ni sui'lout d'unp ^évpliïlion aussi pi'ompte. L'orage pas^a, et la religion se releva tiioiuphante a)i milieu de ses temples en ruine. Maiti > iipstruits pf^r le malheur , ses ministres sen-^ tirent qu'il fallait renoncer, pour le manient , à tout ce qui «vait amené la com- ^o^ipn terrible dont jis avaient été les victimes* Trpp heureux de ce qu'on leur rendait) iU se soupiirept à 1^ népçssité et qe songèrent point à efi obtenir davantage. Celui dont l(i tpaitl les relevait les cirçonaiçrivit dans letir^ attributions spirituelles ^ «t se gartla bien de rélablir leur puissance temporelle. C'était mcHns peut - être par respect ppiir>liL liberté publique , que par 7«spect pour l'opinion, dont il connaissait la puissance j quoiqu'il ne Tait pas toujours ^utpnt ménagée.

lie clergé ^tpuffaHt les vieux souvenirs , .lenferm^pt ses. vieil lûs idées, etdisnmulant

■es regrets, parut s'accwiinioder de sa nou*velle existence ; il fut nwme reconnaissant envers l'homme qui la lui avait rendue; il Taccabla de ses bénédictions, de ses louanges les plus emphatiques , et pria avec tant de zèle pour le succès de ses armes et la prospérité - de sa iàmille , que celui-ci ne dut pB9 regretter ce qu'il avait fait pour un corps si reconnaissant et si déroué.

Mais quand l'Européen armes proclamant le principe de la légitimité , rendit à la France la dynastie que la révolution en avait éloignée, ce changement , si grand et si inespéré , changea tout-à-fait la contenance du clergé. Il s'avisa qoo ses anciennes prérogatives , que ses anciens droits que la révolùliooavait ou anéantis ou modifiés, étaientlégiiimes, et que leur rétablissement devait être la conséquence du nouveau système. 11 annonça que ^'il avait eu l'air de renoncer à ses prétentions , c'était pour céder à l'empire des circonstances; mais que, dans le fond du cœur, il avait toujours espéré les faire valoir en temps et lieu. Il

(6) ireconnat même qa'il avait eu tort de tant louer celui qu'il avait préseaté à radrairation des siècles comme un autre Charlemagoe. Mais il atténua ce tort en nous faisant part de ses restrictions mentales, etnous sûmes alors qu'en ayant l'air de prier Biea pour le soldat parvenu , il le donnait tout bas au diable.

Si tout ceci ne fut pas proclamé dans un manifeste en forme , il le fut au moins dans des sermons , dans des conversations et par un grand nombre de démarches. Les déclamations du clergé se réduisaient alors à ce peu de mots : a Nous détestons la révolution , nous voulons détruire tout co qu'elle a établi , rétablir toot ce qu'elle a détruit. Nous voulons que cette atfreuse catastrophe ne laisse pas même une trace, pas un souvenir. En conséquence , nous allons faire renaître tous les abus qui l'ont amenée, afin d'en procurer bientôt une seconde à la France. &

Cette conduite produisit son effet ; elle éveilla la défiaape , elle ralluma une haine

Ikial éteinte, elle nlarma des intététsj et lorsqae le 30 mars nous précipita dan» une nouvelle rérolutiori , elle servit mervellleosemeal: les vues de ceiix qui voulaient persuader au peuple que les inlérêts ré- Tolalionnaires ne pouvaient obtenir de garantie do la part de Tanoienne dytla»lie.

Cependant Ce gouvernement, qn'on rendait alors responsable de l'inconséquence du clergé , qu'on accusait hautement d'en avoir protégé les vues ambitieuses, méri-^ tait-il ce reproche î Nullement. La Charte garantissait toutes les institutions amenée^ par la révolution. Le Roi avait juré de tnaintenîr la Charte. Âin» tout le monde devait être tranquille. Toutes les prétentions se trouvaient suffisamment contenue^ par ce palladium de nos libertés. Il n'en fut pourtant pas ainsi ■: ces prétentions étaient annoncées avec tant d'assurance qu'on s'en alarma malgré tontes les raisons qu'on avait de s'en moquer. Quelques concessions arrachées à la reconnaissance ,

(7) à d'anciennes a£Fectioos , quelques tentati-^ ves trop faiblement réprimées , achevèrent de détruire la conBance.

Quand , après de nouvelles convulsions , l'ordre de choses , un moment renversé, se tronva encore une fois rétabli , on n'eut pas l'aîx de se souvenir des inconséquences graves auxquelles on pouvait attribuer en partie les derniers bouleversemens. Au contraire , fidèle à l'ancien système , on ne manqua pas de les attribuer au peu de protection accordée à la rehgion , au peu d'autorité rendue à ses ministres. Cette idée ' fit fortune un moment : heureusement ce moment fut court.

L'opinion, cette reine du monde, annonça qu'on ne nous reudrail -pas le calme en faisant renaître les causesde tous nostrou' fales. LeG-ouvernement entendit aa.voix, et faisant un effort vigoureux pour se dégager des entraves dont une fausse politique l'embatTassait , il annonça la volonté ferme et inébranlable de maintenir cette Charte, ouTrage'd'un prince éclairé qui avait senti.

(8) AD rentrant en France, les nouTelIes obli< gâtions que lui imposait le nouvel ordre de choses.

On se rappelle assee quel déchaînement excita cette sage résolution, qui rendait l'espérance aux bons citoyens. Le Gouvernement , toujours indulgent pour ceux. qui l'étaient fort peu à son égard, n'eut piùnt Pair d'entendre tous les reproches qu'on lui adressait; ou les attribuant à un excès de eèle^il les excusa. Mais les batteries qui avaient été préparées pour faire marcher le système qui venait de s'écrouler étaient ^ ou en action ou prêtes à y entrer. Un parti plus adi'oit ou motus opiniâtre en eût chan'^ gé. Mais oeluii-ci mettant sa gloire à ne pas plier, coDtinuad&les faire jouer comme s'il avait encore eu pour soutien, le Gouvernement àdéfaut de l'opinion. C'est alorsqu'oQ vit marcher de front des choses qui parai»* saient essentiellement opposées entre elleset même incompatibles. La liberté et la servitude , les lumières et les [H^éjugés , l'amour àç la patrie et le cagotisme se montrèrent «•

(9)la-fois, non plus combattant Ton contre l'autre, mais ayant eti quelque sorte conola un accord tacite pour faire des prosélites chacun deleur côté. Un prince, escorté des vœux de ses sujets , allait faire lui-mêmo Touverture d'une session où les Députés de Ia,nation devaient discuter nos libertés et nos intérêts. Spectacle imposant, digne à-la-fois du siècle , de la nation et du souverain qui le donnaient. Après cela , des missionnaires prêchaient contre nos institutions , promenaient des crucifix dons les rues , les plantaient dans les promenades publiques j on établissait des écoles à la liancastre en même temps que des couvens se relevaient. Des lois importantes assuraieut le tricunphe de la liberté , des discours courageux rappelaient la nation aU' sentiment de sa dignité, pendant qu'on iaisait communier publiquement les soldats et qu'on convertissait les hérétiques. ,

Il fut facile alors de reconnaître un système d'opposition qui tendait à entraver la marche du Gouvernement , parce que

leGrouTernement marchait avec l'esprit da iiècle. Ce n'était point cette opposition coarageuse, toujours préteà défendre la liberté publique contre lesenvahissemens du ponvoir ; c'était, au contraire , une oppositiou qui voulait nous ramener sous la double servitude du pouvoir absolu et de la domination sacerdotale.

Cette opposilioQ a produit de fftcbeux effets ; elle a empécbé la ooiiBance de s'établir; elle a semé^e nouveaux germesdo diviaion entre les citoyens; elle a étonné l'Europe par ses^snccés qui furent prônés avec tant de cfaalenr , et qui , par le contraste qu'ils offraient avec nos institutions, durent donner une ûngulièris opinion de notre caractère.

C'est la marche de cette opposition , ce sont les différens moyens qu'elle a employés, que je me propose d'examiner. Elle s'est manifestée de beaucoup de madières; mais'ie ne la considérerai ici que sons les rapports religienk. Fidèle au planque je me suis tracé , on ne me verra pas confondre

(il)

dans mes attaqties les excès Au zèle avec les dogmes de la religion. £n m'éleraot contre les uns , fe Aàurai fûajours respecter les avtrea. Mon plan n est pas non plus â'attaqaer le clergé ni de chercher à le fendre odieux , mais seulement de comliattre ses écarta et ses innovations. Encourage par la pureté de mes intentions , je ne craindrai pas de signaler les ahus y parce que je crois leur suppression nécessaire à l'affermissement du système constitutionnel, au maintien de la tranquillité puhlique et de Thonneur national; j'ajou* terai même aux intérêts bien entendus de la Eeligion. Si j'étais un hypocrite , je dirais que c'est ce dernier motif qui m'a fait prendre la plume; mab j'avouerai franchement que les deux premiers m'ont parus sufiisans.

On ne manquera pas de dénaturer mes intentions et de m'attribuer celle de nuire au Gouvernement. Je répondrai à cela que. non-seulement je n'ai pas voulu lui nuire, mais que j'ai cru le servir en lui disant la

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vérité. La vérité est toujours utile à an: Gouvememeat qui s^it l'entendre. Je puia m'être trompé dans les conséquences, mais je ne me suis pas trompé dans les Ëiits ; si j'ai manqué ou dépassé le but que je ma proposais en relevant nos erreurs, on de< vra encore me savoir gré de l'intention.

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