‹ Recueil politiqueChapitre 31 sur 63 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

KENCOHTBE FACHEUIE.

M; DE FiERENViLE sortit pour se promener. Il réfléchissait commeot il pourrait débarras* ser ses vassaux d'uo mauvais sujet comme le fils de Thomas. 11 était clair qu'un homme qui venait de se battre pour empêcher son pays d'être la proie des ennemis ,'ne pouvait être qu'un scélérat capable de tout ; qu'un homme qui rentrait paisiblement dans ses foyers > en se conformant sans murmure aux ordres du Roi> ne pouvait être qu'un rebelle et un conspirateur; qu'enfin un homme qui avait bravé le danger, qui s'était élevé par sa valeur de l'état de soldat au grade de capitaine, ne serait point obéissant envers son seigneur, et ne supporterait pas patiemment les airs de hauteur et de supériorité. Il était donc dangereux de le laisser dans un endroit où il pourrait corrompre l'esprit public -, il fallait s'en débarrasser au plutôt ; il fallait le vexer , le persécuter ; c'était rendre un grand service au Roi et à la cause.

M. de Fierenvîlle se promenait dans le village en disant ces j udicieuses réflexions. U avait

beaucoup plu , et ilsuivait un sentier très-étroit, où Tonne pouvait marcher qu'un de front. Des deux côtés , il y avait de la boue à s'en mettre jusqu'aux genoux. Il vit venir vers Ini Leroad et un individu en capote bleue, avec des moustaches et un ruban rouge à la boutonnière. Il se douta bien que c'était Thomas 6Is , et son sang bouillonna dans ses veînes.-Il croisa les bras et marcha droit devant lui, jusqu'à ce qu'il se trouvât nez à n«z avec Lerond , qui' marchait le premier ; Allons, rangetoi ; fais-moi place.'

— RaDgeon&-nous tous deux , dit Lerond , et nous passerons sans nous mettre dans la boue.'

— Comment, âquin ! tu crois que je vais me de'ranger pour toi ! — Et vous croyez, vous, que je vais me jeter dans la boue pour vous faire plaisir ! — Allons , point de raisûn , et range-tor de côté. — Non , de par tous les diables , je me rangerai quand vous vous rangerez vous-même;'

— Place, insolent, dit M. de Fierenvilie en levant la main. — Pasde gestes, dit Lerond, je^ ne les aime pas et je ne les souffire pas. — Ah' çà! dit Thomas fils, qu'est-ce donc que ce vièi^ origioal-Ià ? J'ai cru qu'il plaisantait. — Moi , plaisanter avec des gens de votre espèce! — • Qu'est-ce que vous entendez par des gens de mon espèce? Apprenea, malhonnête que voua'

êtes, que les gens de mon espèee taleot bien' cenx de la vôtre. — Apprenez , TOUS-mème , )eune audacieux , que tous n'êtes pas mon égal. — Je porte à mon càté ce qui me rend l'^al de tout bomme d'bonnenr qui m'insniteou qui se croit insulté par moi. Quant à ceux qui ne se soucient pas de cette égalité-Ui., {Vi ma canne qui m'en fait raison. — ■ Âb I vous êtes àsmL contre moi , c'est un guet-apeus. — Vous tous moques de nous ! pas tant de <;onte& et laisseznous passer; allons , leste.

M, de Fierenville, subjugué par le ton jm< pératif de Thomas , obéit sans mot dire , e^ s'effaça de manière à laisser une partie du chemin libre, pour qu'un homme pût passer en s'effaçant comme lui. Lerond, qui marchait le premier , se- mit en devoir de passer. Le chemin était si étroit , que son individu touchait celui de M. de Fierenville presque par tous les points. Celui-ci , déjà furieux d'être obligé de . céder, sentit augmenter sa colère en se voyant ù près d'un homme qu'il détestait , et qui avait l'audace de le toucher. Incapable de se contenir plus. long-temps, il poussa brusquement Leroud , en lui disant : Prends donc garde à toi , manant ! Lerond faillit perdre l'équilibre, tant la secousse int forte. Cependant il y ré-

sisla^et repoussa ^udementM.d«Fiere^v^;■ qui , incapable de soutenir une s^ vigoigireusc, riposte » recula deilx pas , et alla s'aswoii; dwu, le heau milieu de la boue. Ah ! scélérats , 4it M. de Fierenville , vous êtes deux qui youlea m*assassîner : au meurtre f I^Ioa ami , lui dit Thomas Sis d'ua grand saug-froôd , tqus n'a-i vez que ce que tous méritez. Au lieu de rqu? égosiller, songez plutàt à vous relever et à vout^ nettoyer. Cela dit, Lerond et Thomas s'élQi". gnèrent et continuèreut traiiqùillemeat leur promenade.

Cependant 00 paysan accourut aux cris qqe faisait M. de Fierenville. Il lui donna la main; et le tira avec beaucoup de peine de la boue où il était enfoncé. Mon ami, tu es témoin, que deux coquins ont voulu m'assassiner. — Moi ! ej suis témoin que vouséticz dan$ Ubone» et que je voua en ai tiré. — Comment , canaillel — Ah ! si c' est-là le remerclment..., — Ne crie pas, tien» voilà dix francs pour ta peine. 7- J& ne demande pas l'aumône ; gardes votre argent. — Comment ! tu refiises de ton seigneur l —Je refuserais dudiablemême! — ^Imbécile I— Ah çà ! mais dites donc !... — ^Tu vas venir avec moi à la mairie, je vais faire dt-esser procès verbal, tu le signeras. — Je Désignerai rien. Sî

VoQs m'en croyez ,- allez chez tous changer d'habit ; si toos passez dans le village > îa\t comme tous êtes, tous les petits en&ns se Cloqueront de tous. M. de FierenvAle sentit la justesse de ce conseil , et retourna chez loi. Robeit arriva bientôt tout essoafHé.Yraiment, on vient de m'apprendre dé belles choses ! -^ Tu vois, mon pauvre Robert ! tu vois ! — Et il n'y avait pas de témoins ? — ■ Pas de témoins^ — C'est diabolique. — Est-ce que , malgré cela, je ne pourrais pas les accuser d'assassinat ? — Je ne crois pas , monseigneur ; nos lois sont si ridicules sur cet articIe-Ià ! ■— Eh bien ! Robert , il faut que tu me' venges. — Je suis tout prêt , monseigneur, pourvu qui! ne Êiille pass'exposer... — Il faut absolument les trouver en défaut , les convaincre de complot , de sédition . — — Malheureusement leur conduite est si réservée.;. — Tu n'as rien saisi tantôt ? ils n'ont pas fpielque buste , quelque portrait ? — Du tout ; mais laissez-moi faire ; ce sera bien le diable , si , à force de les épier, je ne trouve pas moyen de les surprendre. Robert sortit dans cette louable intention.

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