‹ Recueil politiqueChapitre 49 sur 63 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le comte Léonce de *** Kaliitait ane petite ville du Mecklenbourg. C'était ua homme de quarante ans , qui avait beaucoup lu , beaucoup étudié , et principalement tout ce qui a rapport à la science du gouvernement. Un penchant secret l'avait toujours entraîné vers la nation française. H l'avait suivie dans la marche rapide de ses prospérités et dans les gradations successives de son infortime. Malgré le sentiment national qui l'avait porté à désirer l'indépendance de l'Allemagne , il avait vu avec peine la France accablée par l'Europe entière. U avait eu un vif désir de venir en France au moment où elle éblouissait l'Europe par l'éclat de ses con(£uétes ; mais ses opinions l'avaient retenu. Le comte de *?'*, qui avait voyagé en Angleterre et eu Suède, qui avait pro-

fondement rëftëchi sur la forme de leur gouvernement, avait fini par se persuader qu'une monarchie oii l'autoritë souveraine a pour limite des lois consenties par la nation elle-même, et revêtues d'un caractère inviolable , pouvait seule rendre un peuple heureux, en lui conservant sa liberté et ses droits, lie gouvernement de ta France, à cette époque, était loin de lui offrir cette bdance des pouvoirs , qui est l'essence d'un gouvernement représentatif. U n'y. voyait qu'un «mulacre de représentation toujours passive, toujours muette , toujours prête à sanctionner les volontés , quelque arbitraires qu'elles fussent, de ITiomme qui avait réuni dans ses mains tous les pouvoirs, comprimé toutes les libertés , courbé toutes les tètes ~ sous un joug absolu. Le comte n'avait pu se déterminer à venir voir de près un état de choses si humiliant, qui diminuait bien à ses yeux la splendeur d'une nation qu'il plaignait quand tout le monde l'admirait.

Les grandes questions dont il s'ëtaît occupé toute sa vie agitaient maintenant l'ÂUemagne entière; elles avaient donc de nouveau fixe son attention, qui s'ëtait détoumëe de la France, où il avait vu les prétentions d une classe privilégiée paralyser les bonnes intentions du monarque.

Tout à coup ce prince , par une décision solennelle, manifesta son amour pour son peuple et son retour aux principes, que le comte regardait comme la seule garantie de la tranquillité et du bonheur d'un état. Le comte ne doutait pas de l'effet salutaire de cette sage mesure,, qui devait , selon lui , calmer toutes les^ inquiétudes , rassurer tous les intérêts , éteindre la fureur des partis , qne la manie de tout ramener aux anciens usages était prête à réveiller. Quelle fut sa surprise lorsqu'il apprit que l'improbation et le mécontentement avai^it accueilli la décision du monarque! Son étonnement augmenta lorsqu'il lut l'écrit d'un bomme aussi cpnnu par son talent qne par son

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amour pour la dynastie l^îtime» aussi considérable par l'influence de ses lumières que par ses éminentes dignités. H lui semblait juste que , dans le conseil du Roi, cet écrivain eût soutenu son opinion par toute la force, par toutes les ressources de l'éloquence et du laisonnement; mais> dès l'instant que cette opinion n'avait point prévalu , dès l'instant que le gouyernemeut, sans y avoir égard, avait adopté la marche qu'on voulait combattre, comment la vanité avait-elle pu engager ce même homme ^ faire part de ses rïùsons au public, à décréditer un gouvernement qu'il devait soutenir, à jeter de la défaveur sur ses démarches^ à publier enfin un écrit d'autant plus condamnable, qu'il s'efforce de faire croire que ses seutimens sont ceux de la majorité de la nation, qu'il met ainsi en opposition formelle avec le Roi ?

Ces réflexions persuadèrent au comte que l'esprit de parti devait avoir beaucoup de part à ce déchaînement d'improba*

tions, qu'on voulait faire croire universel, et que ce qu'on donnait pour la manifestation de l'opinion publique , n'était peutêtre que les vociférations d'un part ftrompé dans ses espérances. Il croyait la nation française trop spirituelle, trop éclairée, pour méconnaître ses intérêts au point de désapprouver la conduite du Roi. Le désir de voir la France se réveilla chez lui. A ce désir se joignit celui de vérifier tout ce que les rapports contradictoires lui avaient appris sur les seattmens de la majorité des Français. 11 se rappela qu'un de ses oncles, au moment où la révolution éclata, avait accueilli dans son château quelques-uns des nobles proscrits , qui cherchaient alors un asile loin de leur patrie , et qui , rentrés depuis en France à la suitçydu Roi , avaient trouvé dans des emplois importans la recompense de leur fidélité et de leurs longs malheurs. 11 fit part de sa résolution à cet oncle, qui lui donna des lettres pour les personnes qu'il avait généreuseotent

accueillies dans l'iafortuDe., et qni ne pouvaient manquer de prouver, par la bienveillance qu'elles témoigneraient au neveu, la reconnaissance quelles ctHiser^ vaient pour Fonde.

Le comte s'embarqua à Hambourg dans les derniers jours d'octobre 1816, et passa deux mois en France. H n'était pas venu pour approfondir des questions sur lesquelles son opinion était fixée depuis long-temps ; il ne venait que pour s'instruire sur les sentimens de la nation , et sur la véritable situation de l'esprit public. Lorsqu'il eut fait toutes ses observations, qu'il mettait chaque jour par écrit , il les recueillit pour en communiquer lensemble à ses amis. C'est sa relation qu'on va lire: c'est le comte qui parle.

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