‹ Recueil politiqueChapitre 5 sur 63 · ENTRETIEN · texte numérisé non relu

ENTRETIEN

IjS caractère que doivent ATOtn LES HOMïfESAPFELÉS AliA REPRÉSENTATION NATIONALE.

Je vais tous les soirs dans une réunioa dont i'aî été le fondatear avec pluaieui^ amis. Nous convinmes que chacun pourrait y amener les persomies de sa connaissance , et que ce titre suffirait pour les y faire bien recevoir. Nous nous conDaissions assez pour ne pas juger nécessaire de dire qu'on n'y présenterait que des bommes dont notre société n'aurait pas à rougir.

Gomme je ne suis qn'un bourgeois , et que mes amis n'ont pas l'honneur d'appartenir à uue classe plus relevée que la mienne , il fut convenu , qu'autant que possibIe,nous n'admettrions parmi nous que nos égaux ; mais comme nous ne voulions pas être inaccessibles pour personne , nous n'exclûmes pas les gens titrés,' pourvu qu'ils consentissent à laisser en entrant les titres et la morgue à la porte.

Notre société s'est maintenue jusqu'à ce jour par la stricte observation des règles sur lesquelles nous l'avons assise. La paix et l'harmonie n'en ont jamais été troublées, parce que l'égalité de convention que nous y avons établie est en même temps une égalité de -£ut^ attendu que tous les habitués sont à-peu-près de la même condititm. Nous avons ainsi- évité l'inconvénienl: de l'égalité maçonique , qui , réunissant dans un même Ibcal des individus de diffkeus étages, n'ôte pas à Fhomme puissant le sentiment de son importance, ni au pauvre diable celui de sa nuHité,- égalité dont les

(3) apparences ma] observées âurent anttïnt que la séance, et qui n'ampicfaerait pas le lendemain deux frères de la veille de se passer sur le corps sans se re^ardef . Far le même raison, nc»u& ne Dons appelons' pas frères , attendu que nous elMMofts cm pvo~ faner ce nom, en permettant à (kts hommes ' de' se le donner , sons avoir Vim poar l'autre ]ea- sentimens qu'il entraîne ou quHl Auppoee.

!Ën fondaiU cette sociëté, qui se réunît tou» les soirs dam ua local conusun , il fut décidé qu'on n'y parlerait point de politique ; mais eette décision , qui était assurément très ■^. ranoDi^ble dam les itmpA hetirenx où elle fut prise, a été annulée depuis les dernières 8e«ousse»quiont bouleversé la France ; dans un moment où toutes les existences parlîculièPes s&iit enquelque sorte8abordoet~nées-à celles de la chose pu*' blique , où les grands intérêtade l'État sont devenus des intérête personnels pour tbtw les Français : s'interdire de parler des rtà-J tières politiques , ee serait priver là donver-

(4) sation Ae sod principal aliment , ce serait la. condamner à languir, et ne lui laisser pour pâture que des choses i'rivoles et insignifiantes ; puisqu'il n'est que trop vrai que la niallieur des temps doit faire regarder comme des frivolités tout ce qui ne se rattache pas aux destinées de la patrie. , Ceût. été sans doute un spectacle digne de remarque que celui d'une société d'hommes s'abstenant de parler des affaires publiques , dans un moment où les sociétés de dam^ , mues par le désir d'ajouter de nouvelles lumières aux lumières imparfaites du siècle, ont abandonné le patrimoine des chiffons pt âêa modes y pour se livrer à de profondes discussions sur les finances, la constitution et l'équilibre politique.

Il fut donc décidé , que la politique serait permise dans nos réunions , et ou usa tellement de la permission , qu'elle usurpa bientôt la place secondaire que voulaient encore conserver dans nos- conversations la littérature et les sciences.

(6) Notre société , depuis ce moment , s'est érigée eu une cour souveraine, où sont ' jugés en dernier ressort tous les actes des goaremèmens, toutes les discussions , les mesures , les opinions,, les événeniens on les sottises qui méritent quelque attention.

Grâces au profond secret qui a toujours environné notre société, elle a traversé tous nos orages politiques sans être inquiétée. Il n'y  pas de doute qu'une dis- crétion moins sévère de la part des liabitués eût, soit anciennement, sent récem'^ ment, éveillé des soupçons et enirainé la dispersion de cette paisible réunion à laquelle on eût supposé des motifs qui nous ont toujours été étrangers.

Chaeuu faisant le soir hmnmage à ses' associés de tout ce qu'il a VU> entendu , ou appris dans le cours de la journée , il est facile de juger que la conversation nedoit pas languir^ et qu'il serait souvent k désirer qu'une sage économie eu retranchât les nouvelles qui ne sont pas dignes d'y figurer..

(6) J'ai tellement contracté Thâbitude de pes réunloQs , que toutes les foia qu'un fait quelconque occupe l'attentîoa publique , je u'émefs iaB]ai& défînitiveoiâit mon opinion Gur ce qui y a rapport qu'après avpiï" eateiidu notre petit aréopage.

: Un de nos nmis vint me trouTer dernièrement pour me faire part de son incertii:i,]de sur le choix qu'il est à propos de combattre ou d'appuyer dans les nouvelle» élections. Quoique ma façon de penser sur ce sujet f^t fixée d'une manière iurariablej

- jo ne vae permis pas de la loi cionimuni-* quer; je lui proposai seulement de le pré^ senter le soir dans la société- en question ,

. en lui disant qu'il pourrait y recevoir quel- ' ques éclaircisaemens sur ]'ob)et qui Toccupait.

Il aqeep^ pia proposition. Quand noos arrivânaes, la oonveVaalian était déjà engagée avec beaucoup de chaleur. Outre les hfibituQs , ily iiLTaitquelquespersounea qu^ }e rencoatrais pour k première fois. Je vis avec plaisir qu'on en était justement sur

(7) le sujet que je voulais mettre en délibération; mais tout le monde parlait à-]afois et avec tant de vébémenCe, qu'il en résultait une confusion à travers laquelle oa ne pouvait rien saiûr d'iutéressant et db suivi. La discussion était d'autant plus vire, que tous ceux qui se trouvaient là^ étant appela par leur fortune à prendre part aux élections, étaient appelés à bien diriger l'usage des droits qu'ils allaient bientôt exercer. Je vois, nie dit nion aini^. que ces messieurs sont tellement divisés d'opinion, qu'ils ne peuvent même s'entendre, et que je sortirai d'ici tout aussi peu instruit que j'y suis entré. Patience , lui répondis-je}tâ(^onsseulementâeleurtaireniettre un peu plus de sang froid dans leur dispute, et vouâ Vërrex qu'iU ne ^ont pént-étre pas aussi éloignés que vous le croyez de penser les uns comme les autres.

Je pris alors la parole > et priant ces mesûeurs de m'accorder un moment d'attention : Voos aveu , lenr dis-je, entrë|>ris uhe disbussion fort intéressante par son

(8) SQJet » mais où il est nécessaire de mettre un peu d'ordre et de méthode, si tous voulez qu'on puisse en retirer quelque espèce de profit : chacun de tous n'envisage la chose que sous le rapport qui le touche de plus près, et subordonnant tout à son idée dominante , il veut faire passer les considérations qui lui sont personnelles avant celles qui , par la même raison , dé^ terminent l'opinion des autres. Ainsi vous avea l'air de n'être point d'accord , quoique peut-être vos manières de voir aient entre elles beaucoup de points de conformité. Que chacun développe successivement et avec clarté son opinion , et les motifs sur-lesquels elle est fondée, et si après cela ily a encore quelques articles sur lesquels vous difiëtiez , Vous pourrez reprendre votre discussion, qui alors sera plus instruclive et plus utile , puisque les principes qui y donneront lien auront été suffisamment expliqués.

Tout le monde se rendit à mon avis. II se fit un moment de silence, pendant lequel chacun se recueillit pour mettre de l'ordre

(9) dans ses idées. Le premier qui fut prêt prit la parole, les autres parlèrent saccessivement.

Je donnerai ici leurs opinions telles qu'ils les développèrent , sans tien changer aux expressions naïves ou triviales dont ils se servirent. On fera attention que c'était une réunion particnlièit , où tout le monde àpeu-près se connaissant , avait peu de prétention à l'éloquence : en conséquence , on se fit grâce réciproquement des péroraisons aratoires et des phrases de tribune.

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