CONCLUSION
A mon arrivée, j'allai chez Murville, auquel je Gs le récit de tout ce que j'avais vu dans mon voyage. Suffisamment instruit sorlessentimens de la nation , je lui annonçai que je me disposais à retourner en Allemagne. J'en ai assez vu, lui dls-je, pour être convaincu que l'immense majorité de la nation aime le Koi et approuve sa conduite. Tous ceux qui se croient intéressés à le blâmer ne se feront point de ' partisans. Leurs artifices sont inutiles; le secret de leur conduite est dévoilé : ils n'ont plus à craindre. Murville me confirma dans l'opinion que j'avais rapportée de mou voyage. 11 m'apprît que le duc de *** était de retour à Paris, qu'il lui avait annoncé ma visite. Nousy allâmes ensemble.
Quelque idée que je me fiisse faite d'avauce sur son compte , je reconnus qu'elle était audessous de la réalité. Il y avait chea lui un grand nombre de personnages revêtus d'éminentes dignités, des généraux de l'ancienne armée, etc. Tout ce que l'amour de la patrie et du souve-
raia peuvent ÎDSpirer de plus noble , la bonté et la modération de plus toucbant , l'élévation des sentîmeos de pliis admirable , se trouvait réuni dans les discours du duc. 11 joignit à cela une éloquence douce et persuasive, qui le iai- 6ait écouter avec d'autant plus de plaisir, qu'elle servait à parer les idées les plus libérales et les sentimens les plus généreux. Je retournai plusieurs fois cbez lui, et je reconnus qu'autant une naissance illustre semble dégrader rhoinme qui ne la soutient par aucune espèce de mérite, autant elle inspire de respect lorsqu'elle se trouve rehaussée par les éclatantes vertus que l'admirais dans le duc de ***. Pénétré de la plus profonde vénération pour lui , il semblait que je craiguisse de rencontrer dans la société des hommes qui, par le spectacle de leurs travers, détruisissent l'enchantement où j'étais. Je hàtai-les préparatiÊ de mon départ, pour emporter dans toute sa pureté l'impression qu'il avait dite sur moi. J'éprouvai de vi& regrets en me séparant de Murville et de Bernard , et je vis qu'ils partageaient mon attendrissement.
Adieu, leur dîs-je , continuez de bien servir tous deux votre prince et votre patrie. D'après tout ce que j'ai vu, j'emporte avec moi l'espé-
raKce qu'un destin pins doux se prépare pour TOUS. Les préjugés se dissiperont, la raison triomphera, et ceux qui paraîsseat aujourd'hui les plus acharnés à la combattre, se rangeront sous ses bannières. S'il en est qui , irrévocablement attachés à leurs folles opinions, refusent d'ouvrir les yeux et de marcher avec leur siècle, le ridicule et le mépris en feront justice; et ils iront dans l'obscurité, pour laquelle ils sont Ëiîts, ensevelir leurs préjugés gothiques et leur rage impuissante. Non , cette terre si féconde en grands hommes, cette terre illustrée par tous les chefs-d'œuvre du génie , par tous les prodiges de l'héroïsme, ne retombera pas sous le joug avilissant d'un gouvernement opposé à ses mœurs, à son caractère, aux lumières du siècle. Ce joug, qu'elle abrîsé, l'est pour jamais. Son exemple a entraîné ses voisins ; et l'Europe lui devra le bienfait de ne plus voir dans son sein que dès peuples régis par des lois de leur choix, par des lois qui consacrent leurs droits et leur liberté. Matheiir à ceux qui ne se glorifieut pas de porter le nom français, qui n'épousent point la gloire de leur patrie , qui ne sentent pas leur cceur tressaillir au récit des exploits de leurs concitoyens ! Ceux'là sont étrangers à tout sentiment noble et généreux. Mais
■ «lus coupaWes encore ceux dopt la main sacrî- . lège a voulu flétrir vos lauriers; ceux qui ont essayé de verser sur les liauts faits de vos armées l'opprobre et le mépris ! Les hommes qui ont scandalisé l'Europe par ce honteux délire, n'étaient pas Français; ils n'en ont jamais eu les sentimens, ils n'ont jamais mérité d'en porter le nom.
Ensevelissez dans un profond oubli ces temps malheureux. Pour continuer d'être grands aux yeux des autres peuples, soyez-le à vos propres yeus, et ne vous croyez point avilis par vos derniers revers. Toutes les nations de l'Europe réunies n'ont triomphéqu'avec des efforts inouïs d'une nation seule , épuisée par vingt-cinq années de combats, et divisée dans son intérieur. Mais la victoire, qui vous quittait pour marcher devant leurs innombrables bataillons, avait perdu tout son éclat , et ses palmes ont été revendiquées par tant de peuples, que chacun d'eux n'a pu s'en approprier qu'un débris. Pour vous, vos triomphes ont été sans mélange, vous' ne les avez partagés avec personne. Votre ombre épouvante encore ceux qui osent à peine se croire vos vainqueurs. Votre gloire est restée debout au milieu des ruines de votre puissance. Semblable à un colosse, elle s'élève au-dessus
des tn^hées de vos ennemis, et, pour vous consoler, d'une main elle vons montre le buria de l'histoire, de l'autre elle soulève le voile qui cache à vos yeux l'avenir plus heureux que TOUS saurez reconquérir sous ses auspices.
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