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Recueil Victor Hugo

Les livres du genre de celui que nous offrons a nos lecteurs sont très répandus en Angle-terre sous le nom de Birthday-Book.

Rien n'est plus agréable et plus gracieux que ces élégantes publications sur les pages blanches desquelles chacun peut écrire ses im-pressions du jour, ses pensées et ses souve-nirs.

Les recueils anglais contiennent un choix des plus beaux vers de Byron, des plus hautes pensées de Shakespeare, etc.

Il manquait à la langue française de sem-blables petits livres composés avec les vers de nos poètes et avant tout avec les vers de notre grand poète national VICTOR HUGO.

Nous avons comblé cette lacune.

Le choix de ces vers a été fait de la façon la plus judicieuse ; on y trouvera les plus jolies, les plus poétiques conceptions de ce prodigieux esprit.

Voici de quelle façon on peut se servir de notre recueil :

Ou bien on note un anniversaire, en regar-dant quelle pensée s'y rapporte, et il y a là des rapprochements souvent très saisissants ;

Ou bien on choisit une maxime, une des pensées imprimées, que l'on commente ou que l'on prie une personne amie de commenter;

Ou enfin, comme dans un journal, en face des vers cités, on écrit chaque jour le fait im-portant de sa vie, un souvenir que la poésie voisine vient graver plus avant dans l'esprit et embaumer pour ainsi dire.

Les jeunes filles et les jeunes femmes vou-dront toutes avoir notre joli recueil, qui est essentiellement un livre de famille. JANVIE:^

Qi Janvier Espère, enfant! demain! et puis demain encore ! Et puis toujours demain! croyons dans l'avenir! Espère, et chaque fois que se lève l'aurore, Soyons là pour prier, comme Dieu pour bénir!

Il n'est rien ici-bas qui ne trouve sa pente. Le fleuve jusqu'aux mers dans les plaines serpente. L'abeille sait la fleur qui recèle le miel.

Toute aile vers son but incessamment retombe. L'aigle vole au soleil, le vautour à la tombe, L'hirondelle au printemps et la prière au ciel! Dieu nous éclaire à chacun de nos pas, Sur ce qu'il est et sur ce que nous sommes; Une loi sort des choses d'ici-bas

Et des hommes!

Cette loi sainte, il faut s'y conformer, Et la voici, toute âme y peut atteindre :

Ne rien haïr, mon enfant, tout aimer,

Ou tout plaindre !

4 Janvier

Oh ! bien loin de la voie

Où marche le pécheur,

Chemine où Dieu t'envoie.

Enfant, garde ta joie !

Lis, garde ta blancheur! Mon Dieu ! mettez la paix et la joie auprès d'elle. Ne troublez pas ses jours, ils sont à vous, Seigneur I Vous devez la bénir, car son âme fidèle Demande à la vertu le secret du bonheur.

6 Janvier Toujours ce qui là-bas vole au gré du zéphir, Avec des ailes d'or, de pourpre et de saphir,

Nous fait courir et nous devance; Mais adieu l'aile d'or, pourpre, émail, vermillon, Quand l'enfant a saisi le frêle papillon,

Quand l'homme a pris son espérance!

Donnez riches! L'aumône est soeur de la prière.

Hélas! quand un vieillard sur votre seuil de pierre,

Tout roidi par l'hiver, en vain tombe à genoux!

Quand les petits enfants, les mains de froid rougies,

Ramassent sous vos pieds les miettes des orgies,

La face du Seigneur se détourne de vous !

*"**"' ;-;":'-'' S Janvier -> s ■:•:■>■;-;■ ;-:■::

Oh! ne vous hâtez point de mûrir vos pensées! Jouissez du matin, jouissez du printemps;

Vos heures sont des fleurs l'une à l'autre enlacées : Ne les effeuillez pas plus vite que le temps. >■ Bien souvent Dieu repousse l Du pied les hautes tours; ; Mais dans le nid de mousse, ^ Où chante une voix douce, * Il regarde toujours !

i**■«•«■■«■*♦*•»•**•+■«■ 10 Janvier +♦■*•**«*■*■**■*■■«•■«• >• Toute espérance, enfant, est un roseau.

> Dieu dans ses mains tient nos jours, ma colombe; i II les dévide à son fatal fuseau, > Puis le fil casse' et notre joie en tombe, >■ Car dans tout berceau > Il germe une tombe.

La gloire est vite abattue;

L'envie au sanglant flambeau

N'épargne cette statue

Qu'assise au seuil d'un tombeau.

La prospérité s'envole,

Le pouvoir tombe et s'enfuit;

Un peu d'amour qui console

Vaut mieux et fait moins de bruit.

->:■-,->< -,-:--:■-,■■ ■.■ ■> 12 Janvier ;.vv-;v-.,< ■■:■,••;•;■; : A toi 1 toujours à toi ! que chanterait ma lyre ?

A toi l'hymne d'amour! à toi l'hymne d'hymen!

Quel autre nom pourrait éveiller mon délire?

; Ai-jeappris d'autres chants? sais-je un autrechemin?

Sois pure sous les cieux! comme l'onde et l'aurore,

Comme le joyeux nid, comme la tour sonore,

. Comme la gerbe blonde, amour du moissonneur,

Comme l'astre incliné, comme la Heur penchante,

Comme tout ce qui vit, comme tout ce qui chante,

Comme tout ce qui dort dans la paix du Seigneur ! < :<S-"M»<M>***+<S"«"M- 14 Janvier -s-**-***-*****-?*

Pure Innocence! Vertu sainte!

O les deux sommets d'ici-bas !

; Où croissent sans ombre et sans crairite ; Les deux palmes des deux combats !

; Palme du combat Ignorance!

; Palme du combat Vérité '■ L'àme à travers sa transparence

Voit trembler leur double clarté.

Dis pour toute prière :

— Seigneur, Seigneur mon Dieu, vous êtes notre

[père;

Grâce, vous êtes bon 1 grâce, vous êtes grand ! —.

Laisse aller ta parole où ton âme l'envoie;

Ne t'inquiète pas, toute chose a sa voie,

Ne t'inquiète pas du chemin qu'elle prend.

•:->-:■;-■;-:.■:.:->:-v.; 16 Janvier ;--;■■-:-'->:--:-.:-•>■;•*■:

Il est des jours de brume et de lumière vague,

Où l'homme que la vie à chaque instant confond,

Etudiant la plante, ou l'étoile, ou la vague,

S'accoude au bord croulant du problème sans fond,

Où le songeur, pareil aux antiques augures,

Cherchant Dieu, que jadis plus d'un voyant surprit,

Médite en regardant fixement les figures

Qu'on a dans l'ombre de l'esprit. Oh 1 l'amour d'une mère! —amourque nul n'oublie

Pain merveilleux que Dieu partage et multiplie 1 Table toujours servie au paternel foyer I Chacun en a sa part, et tous l'ont tout entier! <K.44-«*-;AA4-+<J.4- 18 Janvier ««♦♦*■*♦•*+•*■+*•*

L'homme est l'arbre à qui la sève

Manque avant qu'il soit en fleur.

Son sort jamais ne s'achève

Que du côté du malheur.

Tous cherchent la joie ensemble;

L'esprit rit à tout venant;

Chacun tend sa main qui tremble

Vers quelque objet rayonnant.

Tous dans la joie ou dans l'affront

Portent sans nuage et sans tache,

Un mot qui rayonne à leur front,

Dans leur âme un mot qui se cache.

Ce mot, fondement éternel

De la seconde des deux Romes,

C'est Foi dans la langue du ciel,

Amour dans la langue des hommes.

■.««■■'•>«*'.« 20 Janvier • .'■«'•««*■:>•:

Puisque j'ai vu briller sur ma tête ravie

Un rayon de ton astre, hélas ! voilé toujours ;

Puisque j'ai vu tomber dans l'onde de ma vie

Une feuille de rose arrachée à-tes jours;

Je puis maintenant dire aux rapides années :

Passez ! passez toujours, je n'ai plus à vieillir !

Allez-vous-en avec vos fleurs toutes fanées,

J'ai dans l'âme une fleur que nul ne peut cueillir !

Comme dans les étangs assoupis sous les bois,

Dans plus d'une âme on voit deux choses à la fois :

Le ciel qui teint les eaux â peine remuées

Avec tous ses rayons et toutes ses nuées;

Et la vase, fond morne, affreux, sombre et dormant,

Où des reptiles noirs fourmillent vaguement.

***<-*^«*-;*<-*+ 22 Janvier ***•*•*++*•++*■*<•

L'hiver blanchit le dur chemin,

Tes jours au méchant sont en proie.

La bise mord ta douce main;

La haine souffle sur ta joie.

La neige emplit le noir sillon.

La lumière est diminuée... —

Ferme ta porte à l'aquilon 1

Ferme ta vitre à la nuéel Non, si puissant qu'on soit, non, qu'on rie ou qu'on

[pleure, Nul ne te fait parler, nul ne peut avant l'heure

Ouvrir ta froide main, O fantôme muet, ô notre ombre, ô notre hôte, Spectre toujours masqué qui nous suit côte à côte

Et qu'on nomme demain !

>*">■<•■»-«■■.'•■■■.■.■' 24 Janvier *•'■>■■■*■:■<■■■,;■■;■<■■;■■>

Oh 1 demain, c'est la grande chose!

De quoi demain sera-t-il fait?

L'homme aujourd'hui sème la cause,

Demain Dieu fait mûrir l'effet !

Si, près de toi, quelqu'un pleure en rêvant,

Laisse pleurer sans en chercher la cause,

Pleurer est doux, pleurer est bon souvent.

Pour l'homme, hélas ! sur qui le sort se pose

Toute larme, enfant,

Lave quelque chose.

26 Janvier Où donc est le bonheur? disais-je. — Infortuné! Le bonheur, ô mon Dieul vous me l'avez donné : Naître et ne pas savoir que l'enfance éphémère Ruisseau de lait qui fuit dans une goutte amère, Est l'âge du bonheur et le plus beau moment, Que l'homme, ombre qui passe, ait sous le firmament ! Sois bonne. La bonté contient les autres choses. Le Seigneur indulgent sur qui tu te reposes Compose de bonté le penseur fraternel.

La bonté, c'est le fonds des natures augustes. D'une seule vertu Dieu fait le coeur des justes, Comme d'un seul saphir la coupole du ciel.

28 Janvier Le grand homme vaincu peut perdre en un instant Sa gloire, son empire, et son trône éclatant,

Et sa couronne qu'on renie.

Tout jusqu'à ce prestige à sa grandeur mêlé Qui faisait voir son front dans un ciel étoile.

Il garde toujours son génie! Poète, tu fais bien ! Poète au triste front,

Tu rêves près des ondes, Et tu tires des mers bien des choses qui sont

Sous les vagues profondes!

La mer, c'est le Seigneur, que, misère ou bonheur,

Tout destin montre ou nomme; Le vent, c'est le Seigneur; l'astre, c'est le Seigneur!

Le navire, c'est l'homme!

30 Janvier Nous ne voyons jamais qu'un seul côté des choses : L'autre plonge en la nuit d'un mystère effrayant. L'homme subit le joug sans connaître les causes : Tout ce qu'il voit est court, inutile et fuyant ! Pour ceux que les vices consume nt, Les enfants veillent au saint lieu; Ce sont des Heurs qui le parfument, Ce sont des encensoirs qui fument, Ce sont des voix qui vont à Dieu S Laissons faire ces voix sublimes, Laissons les enfants à genoux.

Pécheurs! nous avons tous nos crimes, Nous penchons tous sur les abîmes ; L'enfance doit prier pour tous! EBV:^IE:$

La vie à différer se passe, De projets en projets et d'espace en espace Le fol esprit de l'homme en tout temps s'envola. Un jour enfin, lasse's du songe qui nous leurre, Nous disons : «Il est temps. Exécutons! c'est l'heure.» Alors nous retournons les yeux, — la mort est là!

2 Eéwier :■■;•:■■;•■;-.•■■:-:->■;-;-;-;■

Mais Dieu jamais ne se retire 1

Non, jamais, par les monts caché,

Ce soleil, vers qui tout aspire,

Ne s'est complètement couché!

Toujours pour les mornes vallées,

Pour les âmes d'ombre aveuglées,

Pour les coeurs que l'orgueil corrompt,

Il laisse, au-dessus de l'abîme,

Quelques rayons sur une cime,

Quelques vérités sur un front ! Rêver, c'est le bonheur; attendre, c'est la vie. Courses 1 pays lointains 1 voyages! folle envie! C'est assez d'accomplir le voyage éternel.

Tout chemine ici-bas vers un but de mystère.

Où va l'esprit dans l'homme? où va l'homme sur terre? Seigneur! Seigneur! où va la terre dans le ciel?

4 Bévrier *■*

Ne dis pas : « Mon art n'est rien... »

Sors de la route tracée,

Ouvrier magicien,

Et mêle à l'or la pensée!

Tous les penseurs, sans chercher

Qui finit ou qui commence,

Sculptent le même rocher :

Ce rocher, c'est l'art immense. Ce siècle est grand et fort; un noble instinct le mène. Partout on voit marcher l'Idée en mission ; Et le bruit du travail, plein de parole humaine, Se mêle au bruit divin de la création.

Mais parmi ces progrès dont notre âge se vante, Dans tout ce grand éclat d'un siècle éblouissant, Une chose, ô Jésus, en secret m'épouvante :

C'est l'écho de ta voix qui va s'affaiblissant.

6 Bévrier Quelle est la fin de tout? La vie ou bien la tombe? Est-ce l'onde où l'on flotte? est-ce l'ombre où l'on

[tombe ?

De tant de pas croisés quel est le but lointain ? Le berceau contient-il l'homme ou bien le destin? Sommes-nous ici-bas, dans nos maux, dans nos joies, Des rois prédestinés, ou de fatales proies? O Seigneur, dites-nous, dites-nous, ô Dieu fort, Si vous n'avez créé l'homme que pour le sort; Si déjà le calvaire est caché dans la crèche, Et si les nids soyeux dorés par l'aube fraîche, Où la plume naissante éciôt parmi des fleurs, Sont faits pour les oiseaux ou pour les oiseleurs?

8 Février

Non, le temps n'ôte rien aux choses.

Plus d'un portique à tort vanté

Dans ses lentes métamorphoses

Arrive enfin a la beauté.

Sur les monuments qu'on révère

Le temps jette un charme sévère

De leur façade à leur chevet.

Jamais, quoi qu'il brise et qu'il rouille,

La robe dont il les dépouille

Ne vaut celle qu'il leur revêt. Lorsque l'enfant paraît, le cercle de famille Applaudit à grands cris; son doux regard qui brille

Fait briller tous les yeux, Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être, Se dérident soudain à voir l'enfant paraître,

Innocent et joyeux.

ÏO Bévrier Il est si beau, l'enfant avec son doux sourire; Sa douce bonne foi, sa voix qui veut tout dire,

Ses pleurs vite apaisés; Laissant errer sa vue étonnée et ravie, Offrant de toute part sa jeune âme à la vie

Et sa bouche aux baisers ! Seigneur! préservez-moi, préservez ceux que j'aime , Frères, parents, amis et mes ennemis même

Dans le mal triomphants De jamais voir, Seigneur ! l'été sans Heurs vermeilles, La cage sans oiseaux, la ruche sans abeilles,

La maison sans enfants !

Ï2 Février

Tout ce qui t'approche désire

Se faire regarder par toi,

Sachant que ta chanson, ton rire

Et ton front sont de bonne foi.

O Jeanne, ta douceur est telle,

Qu'en errant dans les bois bénis,

Elle fait dresser devant elle

Les petites têtes des nids.

O ma fille, âme heureuse !

O lac de pureté 1

Dans la vallée ombreuse,

Reste où ton Dieu te creuse

Un lit plus abrité !

Lac que le ciel parfume !

Le monde est une mer ;

Son souffle est plein de brume :

Un peu de son écume

Rendrait ton tiot amer!

:->.>-;-vvv-:-,-:-;.vv^ j^, Bévrier vvvv-x.-;-;-:-v« ; Le sort des nations, comme une mer profonde, : A ses écueils cachés et ses gouffres mouvants. ■ Aveugle qui ne voit, dans les destins du monde, > Que le combat des flots sous la lutte des vents ! > Un souffle immense et fort domine ces tempêtes * Un rayon du ciel plonge à travers cette nuit. ; Quand l'homme au cri de mort mêle le cri des fêtes, ; Une secrète voix parle dans ce vain bruit. Que ce soit Urgèle ou Morgane, J'aime, en un rêve sans effroi, Qu'une fée au corps diaphane.

Ainsi qu'une Heur qui se fane, Vienne pencher son front sur moi.

C'est elle dont le luth d'ivoire Me redit, sur un mâle accord, Vos contes, qu'on n'oserait croire, Bons paladins, si votre histoire N'était plus merveilleuse encor.

Dans le désert qui me réclame, Cachée en tout ce que je vois, C'est elle qui fait, pour mon âme, De chaque rayon une flamme, Et de chaque bruit une voix; Elle, — qui, la nuit, quand je veille, M'apporte de confus abois; Et, pour endormir mon oreille, Dans le calme du soir, éveille Un cor lointain au fond des bois!

Si j'étais la feuille que roule

L'aile tournoyante du vent, t Qui flotte sur l'eau qui s'écoule,

Et qu'on suit de l'oeil en rêvant;

Je me livrerais, fraîche encore,

De la branche me détachant,

Au zéphyr qui souffle à l'aurore,

Au ruisseau qui vient du couchant.

Plus loin que le fleuve qui gronde,

Plus loin que les vastes forêts,

Plus loin que la gorge profonde,

Je fuirais, je courrais, j'irais!

Plus loin que les terres arides

Du chef maure au large yataghan,

Dont le front pâle a plus de rides

Que la mer un jour d'ouragan. D.

Oui, ce front, ce sourire et cette fraîche joue,

C'est bien l'enfant qui pleure et qui joue,

Et qu'un esprit du ciel défend !

On dirait qu'elle écoute un choeur de voix célestes

Que, de loin, des vierges modestes

Elle entend l'appel gracieux ;

A son joyeux regard, à son naïf sourire,

On serait tenté de lui dire :

« Jeune ange, quel fut ton martyre,

Et quel est ton nom dans les cieux? »

*■«■•**■+•**■+*■■**■»■<• 20 Bévrier •*■*+■+•*•*+•**■»+■«•

Amis, loin de la ville,

Loin des palais de roi,

Loin de la cour servile,

Loin de la foule vile,

Trouvez-moi, trouvez-moi

Quelque asile sauvage,

Quelque abri d'autrefois,

Un port sur le rivage,

Un nid sous le feuillage,

Un manoir dans les bois!

Pourvu que seulement

La tour hospitalière

Où je prendrais mon nid,

Ait, vieille chevalière,

Un panache de lierre

Sur son front de granit!

Mais, donjon ou chaumière,

Du monde délié,

Je vivrai de lumière

D'extase et de prière,

Oubliant, oublié!

/■-:-.:■:-:•■- ■•-*.-- 22 Février .':••:-:■■-.'•.■■•.<:■■-'■•'■<

Le parfum d'un lis pur, l'éclat d'une auréole,

La dernière rumeur du jour,

La plainte d'un ami qui s'aftiige et console,

L'adieu mystérieux de l'heure qui s'envole,

Le doux bruit d'un baiser d'amour;

Le chant d'un choeur lointain, le soupir qu'à l'aurore

Rendait le fameux Memnon,

Le murmure d'un son qui tremble et s'évapore...

Tout ce que la pensée a de plus doux encore,

O lyre, est moins doux que son nom! Oh! pourquoi te cacher ? Tu pleurais seule ici, Devant tes yeux rêveurs qui donc passait ainsi ?

Quelle ombre flottait dans ton âme ?

11 suffit pour pleurer de songer qu'ici-bas

Tout miel est amer, tout ciel sombre ; Que toute ambition trompe l'effort humain, Que l'esprit est un leurre, et qu'il n'est pas de main

Qui garde l'onde ou prenne l'ombre !

Soyez comme l'oiseau, posé pour un instant,

Sur des rameaux trop frêles, Qui sent plier la branche, et qui chante pourtant,

Sachant qu'il a des ailes !

Vous qui pleurez, venez à ce Dieu, car il pleure.

Vous qui souffrez, venez à lui, car il gue'rit.

Vous qui tremblez, venez à lui, car il sourit.

Vous qui passez, venez à lui, car il demeure. ««««««s 26 Eévrier ■-■ .-.■■■■■■•--.-•:-<-<-<■■:-•:■•:

Ce siècle avait deux ans! Rome remplaçait Sparte.

De'jà Napoléon perçait sous Bonaparte.

Alors dans Besançon, vieille ville espagnole,

Jeté comme la graine au gré de l'air qui vole,

Naquit, d'un sang breton et lorrain à la fois,

Un enfant sans couleur, sans regard et sans voix :

Cet enfant que la vie effaçait de son livre,

Et qui n'avait pas même un lendemain à vivre,

C'est moi.

Peuples, écoutez le poète !

Ecoutez le rêveur sacré!

Dans votre nuit, sans lui complète,

Lui seul a le front éclairé!

Des temps futurs perçant les ombres,

Lui seul distingue en leurs flancs sombres

Le germe qui n'est pas éclos.

Homme, il est doux comme une femme;

Dieu parle à voix basse à son âme,

Comme aux forêts et comme aux flots I L'homme seul peut parler, et l'homme ignore, hélas ! Inexplicable arrêt ! quoi qu'il rêve ici-bas, Tout se voile à ses yeux sous un nuage austère, Et l'âme du mourant s'en va dans le mystère! Enivrez-vous de tout ! enivrez-vous, poètes, Des gazons, des ruisseaux, des feuilles inquiètes, Du voyageur de nuit dont on entend la voix, De ces premières Heurs dont février s'étonne, Des eaux, de l'air, des prés, et du bruit monotone Que font les chariots qui passent dans les bois ! MA^

Elle était pâle et pourtant rose,

Petite avec de grands cheveux.

Elle disait souvent : « Je n'ose, »

Et ne disait jamais : « Je veux. »

Le soir, elle prenait ma Bible

Pour y faire épeler sa soeur,

Et, comme une lampe paisible,

Elle éclairait ce jeune coeur.

>•:->•>•>■:-;•■;-:•■.'•■.■■■:••' 2 Mars ^ >vv->-:-«vv*>v

On vit, on parle, on a le ciel et les nuages

Sur la tête, on se plaît aux livres des vieux sages.

On aime, on est aimé, bonheur qui manque aux roisl

On écoute le chant des oiseaux dans les bois. . Devant le but qu'on veut et le sort qui vous prend,

On se sent faible et fort, on est petit et grand;

On est tiot dans la foule, âme dans la tempête. ; Tout vient et passe; on est en deuil, on est en fête; : On arrive, on recule, on lutte avec effort... — ■ Puis, le vaste et profond silence de la mortl ; Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne, ! Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends. ' J'irai par la forêt, j'irai par la montagne :

Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps. ■ Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,

Ni les voiles au loin descendant vers HarHeur,

Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe

Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur. ,'*••*■•»•♦*•+■•»*♦♦■»■»♦ A Mars *■*■+*•*•■**■*•*+■**+

O vous que votre âge défend,

Riezl tout vous caresse encore.

Jouez I chantez I soyez l'enfant I

Soyez la fleur ! soyez l'aurore !

Quant au destin, n'y songez pas.

Le ciel est noir, la vie est sombre.

Hélas I que fait l'homme ici-bas ?

Un peu de bruit et beaucoup d'ombre.

Merci, poète 1 Au seuil de mes lares pieux,

Comme un hôte divin, tu viens et te dévoiles:

Et l'auréole d'or de tes vers radieux

Brille autour de mon nom comme un cercle d'étoiles

Chante! Milton chantait; chante! Homère a chante.

Le poète des sens perce la triste brume;

L'aveugle voit dans l'ombre un monde de clarté.

Quand l'oeil du corps s'éteint, l'oeil de l'esprit s'allume. ■>■>■>;•■> ;■,-;■*>■:•■.■'.■ 6 Mars ->.->■;•■:■*<■■>■:■%•■:•':•:

L'enfant, voyant l'aïeule à filer occupée,

Veut faire une quenouille à sa grande poupée.

L'aïeule s'assoupit un peu ; c'est le moment.

L'enfant vient par derrière, et tire doucement

Un brin de la quenouille où le fuseau tournoie,

Puis s'enfuit triomphante, emportant avec joie

La belle laine d'or que le safran jaunit,

Autant qu'en pourrait prendre un oiseau pour son nid.

Venez., enfants, venez en foule ! '

Venez autour de moi; riez, chantez, courez!

Votre oeil me jettera quelques rayons dorés,

Votre voix charmera mes heures.

C'est la seule en ce monde, où rien ne nous sourit, Qui vienne du dehors sans troubler dans l'esprit

Le choeur des voix intérieures!

*•++■*•*■■«■■«■•«■•«•♦•*■•«•*• ° Mars ^^.^^^^^.^^^.^ Venez,enfants! —A vous jardins, cours, escaliers! Iîbranlez et planchers, et plafonds, et piliers!

Que le jour s'achève ou renaisse, Courez et bourdonnez comme i'abeille aux champs! Ma joie et mon bonheur, et mon âme et mes chants

Iront où vous irez, jeunesse! Quand elle prie, un ange est debout auprès d'elle, Caressant ses cheveux des plumes de son aile, Essuyant d'un baiser son oeil de pleurs terni, Venu pour l'écouter sans que l'enfant l'appelle; Esprit qui tient à lire où l'innocence épelle, Et qui, pour remonter, attend qu'elle ait fini. *«***->*-**v-i->v -£Q Mars «♦*+■<■+*■*<•*■{-;■-

Sois heureuse, ô ma douce amie...

Salue en paix la vie, et jouis des beaux jours;

Sur le tieuve du Temps mollement endormie,

Laisse les flots suivre leurs cours!

Va, le sort te sourit encore.

Le ciel ne peut vouloir, dissipe tout effroi, * Qu'un jour triste succède à ta joyeuse aurore ;

Le ciel doit m'écouter quand pour toi je l'implore! Entends ces mille voix, d'amour accentuées, Qui passent dans le vent, qui tombent des nuées, Qui montent vaguement des seuils silencieux, Que la rosée apporte avec ses chastes gouttes. Que le chant des oiseaux te répète, et qui toutes Te disent à la fois : « Sois pure sous les cieux ! » s-**********-»* X2 Mars +*«♦♦**■«*•+♦+*• L'apparence de tout nous trompe et nous fascine.

Est-il jour? Est-il nuit?

Rien d'absolu. Tout fruit contient une racine;

Toute racine, un fruit.

Le même objet qui rend votre visage sombre

Fait ma sérénité; Toute chose ici-bas par une face est ombre

Et par l'autre clarté. Puisque nos heures sont remplies De trouble et de calamités ; Puisque les choses que tu lies Se détachent de tous côtés, Mets ton esprit hors de ce monde !

Mets ton rêve ailleurs qu'ici-bas!

Ta perle n'est pas dans notre onde!

Ton sentier n'est point sous nos pas.

L'ombre et l'abîme ont un mystère Que nul mortel ne pénétra :

C'est Dieu qui leur dit de se taire Jusqu'au jour où tout parlera!

Toi, demande au monde nocturne De la paix pour ton cceur désert!

Demande une goutte à cette urne !

Demande un chant à ce concert ! Amis, ne creusez pas vos chères rêveries; Ne fouillez pas le sol de vos plaines fleuries; Et, quand s'offre à vos yeux un océan qui dort, Nagez à la surface ou jouez sur le bord; Car la pensée est sombre! Une pente insensible Va du.monde réel à la sphère invisible; La spirale est profonde, et, quand on y descend, Sans cesse se prolonge et va s'élargissant, Et, pour avoir touché quelque énigme fatale, De ce voyage obscur souvent on revient pâle!

Voyageur! voyageur! quelle est notre folie!

Qui sait combien de morts à chaque heure on oublie,

Des plus chers, des plus beaux?

Qui peut savoir combien toute douleur s'émousse, Et combien sur la terre un jour d'herbe qui pousse

Efface de tombeaux? Porte ailleurs ton regard sur Dieu seul arrêté ! Rien ici-bas qui n'ait en soi sa vanité :

La gloire fuit à tire-d'aile ; Couronnes, mitres d'or brillent, mais durent peu : Elles ne valent pas le brin d'herbe que Dieu

Fait pour le nid de l'hirondelle!

<.<.-4.*««*<!.4.«.<.*^ 20 Mars «+■*•+■+■***■+«♦♦+• ■ Vois, cette branche est rude, elle est noire, et la nue ; Verse la pluie à flots sur son écorce nue; ; Mais attends que l'hiver s'en aille, et tu vas voir ! Une feuille percer ces noeuds si durs pour elle, ■ Et tu demanderas comment un bourgeon frêle ; Peut, si tendre et si vert, jaillir de ce bois noir.

Ne me console point et ne t'afflige pas.

Je suis calme et paisible.

Je ne regarde point le monde d'ici-bas,

Mais le monde invisible.

Les hommes sont meilleurs, ami, que tu ne crois.

Mais le sort est sévère.

C'est lui qui teint de vin ou de lie, à son choix,

Le pur cristal du verre.

* *<■**.:-•;■•; «.:■«■< 22 Mars vvv->->-i-v-;-><-<-

Le sort est dur, nous le voyons,

Enfant! souvent l'oeil plein de charmes,

Qui jette le plus de rayons

Répand aussi le plus de larmes.

Vous que rien ne vient éprouver,

Vous avez tout : joie et délire,

L'innocence qui fait rêver,

L'ignorance qui fait sourire.

Toute pensée est une force,

Dieu fit la sève pour l'écorce,

Pour l'oiseau les rameaux fleuris,

Le ruisseau pour l'herbe des plaines,

Pour les bouches les coupes pleines.

Et le penseur pour les esprits!

■i~ijj-à-i~i-i~i.A-i:i>~i-6. 2^ Mars ««««««»

Comme une aumône, enfant, donne donc ta prière

A ton père, à ta mère, aux pères de ton père;

Donne au riche à qui Dieu refuse le bonheur,

Donne au pauvre, à la veuve, au juste, au vice im--

[monde.

Fais en priant le tour des misères du monde;

Donne à tous! Donne aux morts! — Enfin donne au

[Seigneur !

Passant, comme toi j'ai passé.

Le fleuve est revenu se perdre dans sa source ; Fais silence : assieds-toi sur ce marbre brisé. Pose un instant le poids qui fatigue ta course : J'eus de même un fardeau qu'ici j'ai déposé.

Tu passes. — En effet, qu'importe cette pierre ? Que peut cacher la tombe à ton oeil attristé? Quelques os desséchés, un reste de poussière,

Rien peut-être, — et l'éternité !

.H:UM«(« 26 Mars <:■•*■**+■**•*•!••*++':

Chantez! chantez! jeune inspirée!

La femme qui chante est sacrée

Même aux jaloux, même aux pervers!

La femme qui chante est bénie!

Sa beauté défend son génie.

Les beaux yeux sauvent les beaux vers. C'est Dieu qui remplit tout. Le monde, c'est son

[temple.

OEuvre vivante, où tout l'écoute et ie contemple ! Tout lui parle el le chante. Il est seul, il est un. Dans sa création tout est joie et sourire; L'étoile qui regarde et la fleur qui respire,

Tout est flamme ou parfum !

.■/rtr-ifif.ififif^.i-ififjf 2g jy[ars *■+■*•**+♦++**•*+

Non, l'avenir n'est à personne!

Sire, l'avenir est à Dieu!

A chaque fois que l'heure sonne,

Tout ici-bas nous dit adieu.

L'avenir! l'avenir!... mystère!

Toutes les choses de la terre,

Gloire, fortune militaire,

Couronne éclatante des rois,

Victoire aux ailes embrasées,

Ambitions réalisées,

Ne sont jamais sur nous posées

Que comme l'oiseau sur nos toits ! ;. Quand la demoiselle dorée > S'envole au départ des hivers, ; Souvent sa robe diaprée, * Souvent son aile est déchirée * Aux mille dards des buissons verts.

Ainsi, jeunesse vive et frêle ; Qui, t'égarant de tous côtés, ; Voles où ton instinct t'appelle, " Souvent tu déchires ton aile

Aux épines des voluptés.

:-><-<-^^.><,.-^.-.A 30 Mars ■ **•}■*<•»*■«■*->■}■;-■■ ■ Vous qui ne savez pas combien l'enfance est belle, ; Enfant! n'enviez point notre âge de douleurs, ' Où le coeur lour à tour est esclave et rebelle,

Où le rire est souvent plus triste que vos pleurs. Votre âge insouciant est si doux, qu'on l'oublie! Il passe comme un souffle au vaste champ des airs. Comme une voix joyeuse en fuyant affaiblie,

Comme un alcyon sur les mers. Riez pourtant! du sort ignorez la puissance; Riez! n'attristez pas votre front gracieux, Votre oeil d'azur, miroir de paix et d'innocence, Qui révèle votre âme et réfléchit les cieux ! AV^IIi

A quoi bon entendre

Les oiseaux des bois?

L'oiseau le plus tendre

Chante dans ta voix :

Que Dieu montre ou voile

Les astres des cieux 1

La plus belle étoile

Brille dans tes yeux.

Qu'avril renouvelle

Le jardin en fleuri

La fleur la plus belle

Fleurit dans ton coeur.

Cet oiseau de flamme,

Cet astre du jour,

Cette fleur de l'âme

S'appelle l'amour!

***** Q, Avril ******

Reste à la solitude!

Reste à la pauvreté !

Vis sans inquiétude,

Et ne te fais étude

Que de l'éternité !

Il faut que l'eau s'épuise à courir les vallées

Il faut que l'éclair brille et brille peu d'instants,

Il faut qu'Avril jaloux brûle de ses gelées

Le beau pommier, trop fier de ses fleurs étoilées

Neige odorante du printemps !

Oui, c'est la vie. Après le jour, la nuit livide.

Après tout, le réveil, infernal ou divin.

Autour du grand banquet siège une foule avide,

Mais bien des conviés laissent leur place vide,

Et se lèvent avant la fin !

WW->HH'S-r /Jr Avril ^tfWn-vvv?

Tout revit, ma bien-aimée!

Le ciel gris perd sa pâleur ;

Quand la terre est embaumée,

Le coeur de l'homme est meilleur.

En haut, d'où l'amour ruisselle,]

En bas, où meurt la douleur,

La même immense étincelle

Allume l'astre et la Heur.

Mes vers fuiraient, doux et frêles,

Vers votre jardin si beau,

Si mes vers avaient des ailes,

Des ailes comme l'oiseau.

Ils voleraient, étincelles,

Vers votre foyer qui rit,

Si mes vers avaient des ailes,

Des ailes comme l'esprit.

Près de vous purs et fidèles,

Ils accourraient nuit et jour.

Si mes vers avaient des ailes,

Des ailes comme l'amour.

L'oiseau parle au parfum ; la fleur parle au rayon ; Les pins sur les étangs dressent leur verte ombelle; Les nids ont chaud; l'azur trouve la terre belle, Onde et sphère, à la fois tous les climats flottants, Ici l'automne, ici l'été, là le printemps.

— Voici le temps de respirer les roses,

Et d'ouvrir bruyamment les vitres longtemps closes,

Le temps d'admirer en rêvant

Tout ce que la nature a de beautés divines,

Qui flottent sur les monts, les bois et les ravines,

Avec l'onde, l'ombre et le vent.

«*+*«+v*v*v+* 8 Avril +**+*+*V++*+Î>

— Voici le temps de reposer son âme

Dans ce calme sourire empreint de vague flamme

Qui rayonne au front du ciel pur; De dilater son coeur ainsi qu'un eau qui fume, Et d'en faire envoler la nuée et la brume

A travers le limpide azur! Oui, tout va, tout s'accroit. Les heures fugitives Laissent toutes leur trace. Un grand siècle a surgi, Et contemplant de loin de lumineuses rives, L'homme voit son destin comme un fleuve élargi. S-*****-*-**-**** ÏO Avril «M-****-***"»"»* Laissez venir les ans! Le destin vous dévoue, Comme nous, aux regrets, à la fausse amitié, À ces mots sans espoir que l'orgueil désavoue,

A ces plaisirs qui font pitié. Que blé qui monte, enfant qui joue, eau qui mui--

[mure, Fleur rose où le semeur rêve une pêche mûre,

Que tout semble rire ou prier!

Que le chevreau gourmand, i'urtif et plein de grâces, De quelque arbre incliné mordant les feuilles basses,

Fasse accourir le chevrier !

Qu'on songe aux deuils passés en se disant : « Qu'é--

[tait-ce ? »

Que rien sous le soleil ne garde de tristesse !

Qu'un nid chante sur les vieux troncs!

Nous, tandis que de joie au loin tout vibre et tremble, Allons dans la forêt, et là, marchant ensemble,

Si vous voulez, nous songerons! Il faut vous réjouir, car voici le printemps, Avril, saison dorée, où, parmi les zéphires, Les parfums, les chansons, les baisers, les sourires, Et les charmants propos qu'on dit à demi-voix, L'amour revient aux coeurs comme la feuille au bois! •S-**-*******-}"* 14 Avril ***«++***+++* Le firmament est plein de la vaste clarté.

Tout est joie, innocence, espoir, bonheur, bonté. Tout regorge de sève et de vie et de bruit, De rameaux verts, d'azur frissonnant, d'eau qui luit, Et de petits oiseaux qui se cherchent querelle. Qu'a donc le papillon? qu'a donc la sauterelle? La sauterelle a l'herbe, et le papillon l'air; Et tous deux ont avril, qui rit dans le ciel clair.

O coteaux ! ô sillons ! souffles, soupirs, haleines

L'hosanna des forêts, des fleuves et des plaines,

S'élève clairement vers Dieu, père du jour;

Et toutes les blancheurs sont des strophes d'amour; Le cygne dit : o Lumière !» et le lis dit : « Clémence ! » Le ciel s'ouvre à ce chant comme une oreille immense. »♦♦+♦■»■**■■}■*>->■> 16 Avril >>j.■>>',***i-v■■>■:.

Tout plaisir, (leur à peine éclose,

Dans notre avril sombre et terni,

S'effeuille et meurt, lis, myrte ou rose,

Et l'on se dit : « C'est donc fini ! «

Conserve en ton coeur, sans rien craindre,

Dusses-tu pleurer et souffrir,

La flamme qui ne peut s'éteindre

Et la fleur qui ne peut mourir!

Que le sort, quel qu'il soit, vous trouve toujours

[grande.

Que demain soit doux comme hier!

Qu'en vous, ô ma beauté, jamais ne se répande

Le découragement amer.

Ni le fiel, ni l'ennui des coeurs qui se dénouent,

Ni cette cendre, hélas! que sur un front pâli,

Dans l'ombre à petit bruit secouent

Les froides ailes de l'oubli!

s-********-**-** Ï8 Avril **■<■*■**■«■<•*■*■«•')■■!' Oh! ce serait vraiment un mystère sublime, Que le ciel si profond, si lumineux, si beau, Qui flamboie à nos yeux, ouvert comme un abîme,

Fut l'intérieur d'un tombeau !

Que tout se révélât à nos paupières closes!

Que, morts, ces grands destins nous fussent ré--

servés!...

Qu'en est-il de ce rêve et de bien d'autres choses? 11 est certain, Seigneur, que seul vous le savez.

Jeune fille, la grâce emplit tes dix-sept ans.

Ton regard dit : o Matin, » et ton front dit : « Prin--

temps. »

'. Sois belle, sois bénie, enfant, dans ta beauté. • La nature s'égaie à toute ta clarté.

',-$><'V-î"?->-?-'s-!r$4-!r Q[0 Avril ♦ ^•v-^-^-frv^'.'Y * O Dieu ! la sève abonde, et dans ses flancs troublés l La terre est pleine d'herbe, et de fruits, et de blés I l Dès que l'arbre a fini, le sillon recommence ; y Et pendant que tout vit, ô Dieu, dans ta clémence, >■ > I L'homme expire ! — Oh! la faim! c'est le crime public, i> C'est l'immense" assassin qui sort de nos ténèbres. £ Dieu! pourquoi l'orphelin, dans ses langes funèbres, £ Dit-il : « J'ai faim ! » L'enfant, n'est-ce pas un oiseau ? % Pourquoi le nid a-t-il ce qui manque au berceau?

— Si, pour la terre méchante,

Quelqu'un peut prier aujourd'hui,

C'est toi dont la parole chante,

C'est toi : ta prière innocente,

Enfant, peut se charger d'autrui ■■$■■$.■$..5:$.$$ QsQi Avril ■><>■■$■■$■<'■$■

Il est, loin de nos villes,

Et loin de nos douleurs,

Des lacs purs et tranquilles,

Et dont toutes les îles

Sont des bouquets de heurs!

Flots d'azur où l'on aime

A laver ses remords!

D'un charme si suprême

Que l'incrédule même

S'agenouille à leurs bords!

Comme il pleut ce soir!

N'est-ce pas, mon hôte?

Là-bas, à la côte,

Le ciel est bien noir,

La mer est bien haute !

On dirait l'hiver.

Parfois on s'y trompe...

Le vent de la mer

Souffle dans sa trompe.

wvvw ;■-><-+*■■= 24 Avril *+>*•>+*+-)•->*•■■•:■ Bien des fois, à cette heure où le soir et le vent Font que le voyageur s'achemine en rêvant, Je me suis dit en moi : « Cette grande nature, Cette création qui sert la créature, Sait tout ! Tout serait clair pour qui la comprendrait !»

Pardonne! aime! Dieu qu'on révère,

Dieu pour l'homme indulgent ne sera point sévère.

Respecte la fourmi non moins que le lion,

Rêveur! rien n'est petit dans la création.

De l'être universel l'atome se compose ;

Dieu vit un peu dans tout, et rien n'est peu de chose. (.^<J-<5-<;.*A.6-4-«"£-M- 26 Avril +**"fr+«*"»+4"*++ L'ouragan, l'océan, la tempête, l'abîme Et le peuple ont pour loi l'apaisement sublime. Toute nuit mène à l'aube, et le soleil est sûr, Tout orage finit par ce pardon, l'azur.

Quand la nuit n'est pas étoilée,

Viens te bercer aux Hots des mers,

Comme la mort elle est voilée,

Comme la vie ils sont amers.

«AA->*-}4*A:-V* 28 Avril •>-:>->->">+•>>)■***■><■ Heureux qui peut aimer, et qui, dans la nuit noire, Tout en cherchant la foi, peut rencontrer l'amour : Il a du moins la lampe en attendant le jour.

Heureux ce coeur : aimer, c'est la moitié de croire.

Mon avril se meurt feuille à feuille;

Sur chaque branche que je cueille

Croit l'épine de la douleur;

Toute herbe a pour moi sa couleuvre ;

Et la haine monte à mon oeuvre

Comme un bouc au cytise en fleur !

«■«}-«"}-+'M"><-+*<-4- 30 Avril ++*-*-«-»**+*-4-**'

C'est que tout a sa loi, le monde et la fortune,

C'est qu'une claire nuit succède aux nuits sans lune:

C'est que tout ici-bas a ses reflux constants,

C'est qu'il faut l'arbre au vent et la feuille au zé--

[phire;

C'est qu'après le malheur m'est venu ton sourire ;

C'est que c'était l'hiver et que c'est le printemps ! MAI Tout conjugue le verbe aimer. Voici les roses. Je ne suis pas en train de parler d'autres choses. Premier mai! l'amour gai, triste, brûlant, jaloux, Fait soupirer les bois, les nids, les rieurs, les loups; L'atmosphère, embaumée et tendre, semble pleine Des déclarations qu'au printemps fait la plaiie !

Aimons toujours! aimons encore !

Quand l'amour s'en va, l'esprit fuit.

L'amour, c'est le cri de l'aurore;

L'amour, c'est l'hymne de la nuit.

Ce que le Hot dit aux rivages,

Ce que le vent dit aux vieux monts,

Ce que l'astre dit aux nuages,

C'est le mot ineffable : « Aimons! » Puisque mai tout en Heurs dans les prés nous réclame, Yiens, ne te lasse pas de mêler à ton âme La campagne, les bois, les ombrages charmants, Que l'ombre et le soleil, et l'onde et la verdure, Et le rayonnement de toute la nature Fassent épanouir, comme une double fleur, La beauté sur ton front et l'amour dans ton coeur 4-J-H.+-1 ■>•;■■■;•■>■;■■>-■ 4 Mai >■>■>-i->s- ><■ ■>■>■'■-■'■'■

L'aurore s'allume,

L'ombre épaisse fuit;

Le rêve et la brume

Vont où va la nuit;

Paupières et rosec

S'ouvrent demi-closes;

Du réveil des choses

On entend le bruit.

Tout chante et murmure,

Tout parle à la fois,

Fumée et verdure,

Les nids et les toits ;

Le vent parle aux chênes,

L'eau parle aux fontaines;

Toutes les haleines

Deviennent des voix ; Hier, le vent du soir, dont le souffle caresse, Nous apportait l'odeur des fleurs qui s'ouvrent tard; La nuit tombait; l'oiseau dormait dans l'ombre

[épaisse.

Le printemps embaumait moins que votre jeunesse ! Voyant la nuit si pure, et vous voyant si belle, J'ai dit aux astres d'or : « Versez le ciel sur elle! » Et j'ai dit à vos yeux : « Versez l'amour sur nous ! »

Si vous voulez que je m'en aille,

Pourquoi passez-vous par ici !

Lorsque je vous vois, je tressaille :

C'est ma joie et c'est mon souci.

Si vous voulez que je m'en aille,

Pourquoi .passez-vous par ici?

MVA->+-;--X--:--;•;••:• 8 Mai ■:-<->->*-^^-<-n->-' Pourquoi me plaindre, ami? tout homme à tout mo--

[ment

Souffre des maux sans nombre.

Moi, sur qui vient la nuit, j'ai gardé seulement

Dans mon horizon sombre, .Comme un rayon du soir au front d'un mont obscur,

L'amour, divine flamme, L'amour qui dore encor ce que j'ai de plus pur

Et de plus haut dans l'àme!

Gloire à la terre! Gloire à l'aube où Dieu parait!

Aux fourmillements d'yeux ouverts dans la forêt,

Aux Heurs, aux nids que le jour dore !

Gloire aux blanchissements nocturnes des sommets!

Gloire au ciel bleu qui peut, sans s'épuiser jamais,

Faire des dépenses d'aurore !

t-i-t-t-i-ç-i-t-ïi-i-i-i- 10 Mat +♦*•**•**■**■++♦+

J'aime le chêne altier moins que le nid de mousse;

J'aime le vent des prés plus que l'âpre ouragan ;

Mon coeur, quand il se perd sur les vagues béantes,

Préfère l'algue obscure aux falaises géantes,

Et l'heureuse hirondelle au splendide océan.

Toute ambition allumée

Dans notre esprit, brasier subtil,

Tombe en cendre ou vole en fumée,

Et l'on se dit : « Qu'en reste-t-il ? »

L'amour seul reste : O noble femme,

Si tu veux, dans ce vil séjour,

Garder ta foi, garder ton âme,

Garder ton Dieu, garde l'amour!

ww->«r>«- 12 Mai »«*«->«■«« Oh ! vous faites rêver le poète le soir!

Souvent il songe à vous lorsque le ciel est noir,

Quand minuit déroule ses'voiles; Car l'âme du poète, âme d'ombre et d'amour, Est une fleur des nuits qui s'ouvre après le jour

Et s'épanouit aux étoiles ! '. Tu fais bien. Vois les deux luire,

Vois les astres s'y mirer.

; Un instinct là-haut t'attire, ! Tu regardes Dieu sourire, ■ Moi je vois l'homme pleurer !

l C'est Dieu qui mit Famour au bout de toute chose, • L'amour en qui tout vit, l'amour sur qui tout pose! ; C'est Dieu qui fait la nuit plus belteque le jour, J C'est Dieu qui sur ton corps, ma jeune souveraine, > A versé la beauté comme une coupe pleine, ► Et dans mon coeur l'amour! Oui, je suis le rêveur, je suis le camarade Des petites fleurs d'or du mur qui se dégrade, Et l'interlocuteur des arbres et du vent, Tout cela me connaît, voyez-vous. J'ai souvent En mai, quand de parfums les branches sontgonflées, Des conversations avec les giroHées; Je reçois des conseils du lierre et du bluet; L'être mystérieux que vous croyez muet Sur moi se penche et vient avec ma plume e'crire. Une brume couvrait l'horizon ; maintenant, Voici le clair midi qui surgit rayonnant, Le brouillard se dissout en perles sur les branches, Et brille diamant, au collier des pervenches.

S'il est un charmant gazon

Que le ciel arrose,

Où brille en toute saison

Quelque fleur éclose,

Où l'on cueille à pleine main

Lis, chèvrefeuille et jasmin,

J'en veux faire le chemin

Où ton pied se pose!

L'oiseau court, les taureaux mugissent; Les feuillages sont enchantés :

Les cercles du vent s'élargissent

Dans l'ascension des clartés.

L'air frémit; l'onde est plus sonore; Toute âme entr'ouvre son secret; L'univers croit, quand vient l'aurore,

Que sa conscience apparaît. J'aime l'aube ardente et rougie, Le midi, les deux éblouis, La flamme, et j'ai la nostalgie Du soleil, mon ancien pays.

Le matin, toute la nature Vocalise, fredonne, rit.

Je songe. L'aurore est si pure, Et les oiseaux ont tant d'esprit!

Tout chante, geai, pinson, linotte, Bouvreuil, alouette au zénith , Et la source ajoute sa note, Et le vent parle, et Dieu bénit.

J'aime toute cette musique, Ces refrains, jamais importuns, Et le bon vieux plain-chant classique Des chênes aux capuchons bruns.

Sois humble : que t'importe

Le riche et le puissant!

Un souffle les emporte.

La force la plus forte.

C'est un coeur innocent!

Puisqu'il plut au Seigneur de te briser, poète ; Puisqu'il plut au Seigneur de comprimer ta tête

De son doigt souverain, D'en faire une urne sainte à contenir l'extase, D'y mettre le génie, et de sceller ce vase

Avec un sceau d'airain :

Oh! ne regrette rien sur la haute colline

Où tu t'es endormi !

Chacun, qu'il doute ou qu'il nie,

Lutte en frayant son chemin;

Et l'éternelle harmonie

Pèse comme une ironie

Sur tout ce tumulte humain!

*■*•■«•**■*+•+•**■* . 24 Mat *vtvvH«*

Mon vers! s'il faut te le redire,

On veut te griser dans les bois.

Les faunes ont caché ta lyre

Et mis à sa place un hautbois.

Va donc. La fête est commencée;

L'oiseau mange en herbe le blé ;

L'abeille est ivre de rosée;

Mai rit, dans les fleurs attablé. U~ Tous les faux biens qu'on envie

Passent comme un soir de mai.

Vers l'ombre, hélas 1 tout dévie.

Que reste-t-il de la vie,

Excepté d'avoir aimé ?

Il est bien certain que les sources,

Les arbres pleins de doux ébats,

Les champs sont les seules ressources

Que l'âme humaine ait ici-bas.

O solitude, tu m'accueilles

Et tu m'instruis sous le ciel bleu.

Un petit oiseau sous les feuilles,

Chantant, suffit à prouver Dieu. L'autre jour, il venait de pleuvoir, car l'été, Cette année, est de brise et de pluie attristé, Et le beau mois de mai, dont le rayon nous leurre, Prend le masque d'avril, qui sourit et qui pleure. Le soleil se jouait sur la pelouse verte, Dans les gouttes de pluie, et ma fenêtre ouverte Apportait du jardin à mon esprit heureux Un bruit d'enfants joueurs et d'oiseaux amoureux.

Tout vit et se pose avec grâce,

Le rayon sur le seuil ouvert,

L'ombro qui fuit sur l'eau qui passe,

Le ciel bleu sur le coteau vert!

La plaine brille, heureuse et pure,

Le bois jase, l'herbe fleurit...

Homme! ne crains rien! la nature

Sait le grand secret et sourit. Souvent, quand mon esprit, riche en métamorphoses, Flotte et roule endormi sur l'océan des choses, Dieu, foyer du vrai jour qui ne luit point aux yeux Mystérieux soleil dont l'âme est embrasée, Le frappe d'un rayon et, comme une rosée,

Le ramasse et l'enlève aux cieux.

Aimer! Qu'on les loue ou les blâme,

Toujours les grands coeurs aimeront :

Joins cette jeunesse de l'âme

A la jeunesse de ton front! Dieu, c'est le seul azur dont le monde ait besoin. L'abîme en en parlant prend l'atome à témoin, Dieu seul est grand, c'est là le psaume du brin d'herbe; Dieu seul est vrai! c'est là l'hymne du flot superbe; Dieu seul est bon! c'est là le murmure des vents! JUIN Il n'est pas de lac ni d'île, Qui ne nous prenne au gluau, Qui n'improvise une idylle, Ou qui ne chante un duo.

Toute la nature sombre Verse un mystérieux jour; L'âme qui rêve a plus d'ombre, Et la Heur a plus d'amour, L'herbe éclate en pâquerettes; Les parfums qu'on croit muets, Content les peines secrètes Des liserons aux bluets.

Les petites ailes blanches Sur les eaux et les sillons S'abattent en avalanches :

Il neige des papillons.

O femme, pensée aimante

Et coeur souffrant,

Vous trouvez la Heur charmante

Et l'oiseau grand;

Oui, contemplez l'hirondelle,

Les liserons ; '

Mais ne vous plaignez pas, belle,

Car nous mourrons!

Qu'importe que la vie inégale ici-bas

Pour l'homme et pour la femme, Se dérobe et soit prête à rompre sous vos pas ?

N'avez-vous pas votre âme ?

Tout était d'accord dans les plaines,

Tout était d'accord dans les bois

Avec la douceur des haleines,

Avec le mystère des bois.

Les abeilles dans l'anémone

Mendiaient, essaim diligent;

Le printemps leur faisait l'aumône

Dans une corbeille d'argent.

»«44»«»»->v'rf 6 Juin *«#*«»«V«ÏÏ

O vous, l'âme profonde! ô vous, la sainte lyre !

Vous souvient-il des temps d'extase et de délire,

Et des jeux triomphants,

Et du soir qui tombait des collines prochaines?

Vous souvient-il des jours? Vous souvient-il des

[chênes

Et des petits enfants?

A l'heure où le soleil s'élève,

Où l'arbre sent monter la sève,

La valle'e est comme un beau rêve,

La brume écarte son rideau.

Partout la nature s'éveille,

La fleur s'ouvre, rose et verme'ille,

La brise y suspend une abeille,

La rosée une goutte d'eau I La joie est pour l'esprit une riche ceinture; La joie adoucit tout dans l'immense nature.

Dieu sur les vieilles tours pose le nid charmant Et la broussaille en fleur qui luit dans l'herbe épaisse. Car la ruine même, autour de sa tristesse, A besoin de jeunesse et de rayonnement! Enivrez-vous du soir I à cette heure où, dans l'ombre, Le paysage obscur, plein de formes sans nombre, S'efface, de chemins et de fleuves rayé; Quand le mont, dont la tête à l'horizon s'élève, Semble un géant couché qui regarde et qui rêve, A^^^^AA*A^^ TQ Tutti ^h,J-A<.-^.A A A->A ■•>->■>

Sur son coude appuyé !

■— ... Dans ce charmant paysage

Où l'esprit flotte, où l'oeil s'enfuit,

Le buisson, l'oiseau de passage,

L'herbe qui tremble et qui reluit,

Ce qu'on voit pleurer ou sourire,

Ce qui chante et ce qui soupire,

Ce qui parle et ce qui respire,

Tout fait un bruit harmonieux !

Vois sur la mer les matelots,

Implorant la terre embaumée,

Lassés de l'écume des flots,

Et demander une fumée I

Se rappelant, quand le flot noir

Bat les flancs plaintifs du navire,

Les hameaux si joyeux le soir,

Les arbres pleins d'éclats de rirel ■•**■■<>■*•«•■«•■«• Ï2r Tuill. +++*■«■♦*•■

Cette bruyère est douce;

Ici le ciel est bleu,

L'homme vit, le blé pousse

Dans la bonté de Dieu.

J'habite sous les chênes

Frémissants et calmants ;

L'air est tiède et les plaines

Sont des rayonnements. Le soir, à la campagne, on sort, on se promène, Le pauvre dans son champ, le riche en son domaine' Moi, je vais devant moi; le poète, en tout lieu, Se sent chez lui, sentant qu'il est partout chez Dieu.

Viens ! une flûte invisible

Soupire dans les vergers. —

La chanson la plus paisible

Est la chanson des bergers.

Le vent ride sous l'yeuse

Le sombre miroir des eaux.—

La chanson la plus joyeuse

Est la chanson des oiseaux.

L'été vainqueur des tempêtes,

Doreur des cieux essuyés,

Met des rayons sur nos tètes

Et des fraises sous nos pieds.

L'étang frémit sous les aulnes ;

La plaine est un gouffre d'or

Où court, dans les grands blésjaune=,

Le frisson du messidor.

***<s-<M"4"fr<"M.<S"«. X6 Juin **■•«•«■*■+■*■*■*»■«■♦•<

Heureux l'homme occupé de l'éternel destin !

Oui, tel qu'un voyageur qui part de grand matin,

Se réveille, l'esprit rempli de rêverie,

Et, dès l'aube du jour, se met à lire et prie !

Tout dort dans la maison ; il est seul, il le croit;

Et cependant fermant leur bouche de leur doigt,

Derrière lui, tandis que l'extase l'enivre,

Les anges souriants se penchent sur son livre.

L'arbre, libre volière,

Est plein d'heureuses voix.

Dans les pousses du lierre,

Le chevreau fait son choix.

Et jouant sous les treilles,

Un petit villageois

A pour pendants d'oreilles

Deux cerises des bois.

>«♦«««(■«■.: 18 Juin ■,<-vvvv :.vv.-

Moi, je rêvel écoutant le cyprès soupirer

Autour des croix d'ébène,

Et murmurer le fleuve et la cloche pleurer

Dans un coin de la plaine ;

Recueillant le cri sourd de l'oiseau qui s'enfuit,

Du char traînant la gerbe,

Et la plainte qui sort des oiseaux, et le bruit

Que fait la touffe d'herbe.

Ohl tourne le dos, ma pensée!

Viens; les bois sont d'aube empourprés;

Sois de la fête; la rosée

T'a promise à la fleur des prés.

Quitte Paris pour la feuillée.

Une haleine heureuse est dans l'air;

La vaste joie est réveillée ;

Quelqu'un rit dans le grand ciel clair.

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C'est beau de voir un astre s'allumer.

Le monde est plein de merveilleuses choses.

Douce est l'aurore, et douces sont les roses.

Rien n'est si doux que le charme d'aimer !

La clarté vraie et la meilleure flamme,

C'est le rayon qui va de l'àme à l'âme î Quand Fêté vient, le pauvre adore :

L'été, c'est la saison de feu, C'est l'air tiède et la fraîche aurore ; L'été, c'est le regard de Dieu.

L'été, la nuit bleue et profonde S'accouple au jour limpide et clair; Le soir est d'or, la plaine est blonde; On entend des chansons dans l'air.

«•vvvv- 22 Juin «vv-vv-i-, L'été, la nature éveillée Partout se répand en tous sens, Sur l'arbre en épaisse feuillée, Sur l'homme en bienfaits caressants.

Tout ombrage alors semble dire :

« Voyageur, viens te reposer! »

Elle met dans l'aube un sourire, Elle met dans l'onde un baiser.

Les bois sont sacrés; sur leurs cimes

Resplendit le joyeux été;

Et les forêts sont des abîmes

D'allégresse et de liberté.

Toujours les coeurs les plus moroses

Et les cerveaux les plus boudeurs

Ont vu le bon côté des choses

S'éclairer dans les profondeurs.

s-**-***-»**-»**"}- 2A Tutti *■**■*■*■»**■*•**+* Tout me fait songer: l'air, les prés, les monts, les bois. J'en ai pour tout un jour des soupirs d'un hautbois,

D'un bruit de feuilles remuées; Quand vient le crépuscule, au fond d'un vallon noir, J'aime un grand lac d'argent, profond et clair miroir,

Ou se regardent les nuées. L'été, lorsque le jour a fui, de fleurs couverte, La plaine verse au loin un parfum enivrant.

Les yeux fermés, l'oreille aux rumeurs entrouverte, On ne dort qu'à demi d'un sommeil transparent. Les astres sont plus purs, l'ombre paraît meilleure Un vague demi-jour teint le dôme éternel ; Et l'aube douce et pâle, en attendant son heure, Semble toute la nuit errer au bas du ciel.

i'f:-vw>v^'j>'>v 2r6 Juin •?->v'ï-ï>-><'->->-;>->v

Le matin, je sommeille

Confusément encor,

L'aube arrive vermeille

Dans une gloire d'or.

— Ami, dit la ramée,

Il fait jour maintenant. —

Une mouche enfermée

M'éveille en bourdonnant.

J'ai souvent pensé, dans mes veilles,

Que la nature au front sacré

Dédiait tout bas ses merveilles

A ceux qui, l'hiver, ont pleuré!

Pour tous et pour le méchant même,

Elle est bonne, Dieu le permet,

Dieu le veut, mais surtout elle aime

Le pauvre que Jésus aimait!

«■«s-****** 28 Juin +♦*■*■*+*■*•»*•*•

Toujours sereine et pacifique,

La nature offre à l'indigent

Des dons de reine magnifique,

Des soins d'esclave intelligent!

A-t-il faim ? au fruit de la branche,

Elle dit : « Tombe, ô fruit vermeil ! »

A-t-il soif : « Que l'onde s'épanche ! »

A-t-il froid : « Lève-toi, soleil I » Hier, la nuit d'été, qui nous prêtait ses voiles, Était digne de toi, tant elle avait d'étoiles ! Tant son calme était frais, tant son souffle était doux ! Tant elle éteignait bien ses rumeurs apaisées ! Tant elle répandait d'amoureuses rosées

Sur les ileurs et sur nous!

.^^^^.^....^.^.H-* 30 Juin «■<■■>««««■■:

L'été, l'âme du pauvre est pleine.

Humble, il bénit ce Dieu lointain

Dont il sent la céleste haleine

Dans tous les souffles du matin !

L'air le réchauffe et le pénètre;

Il fête le printemps vainqueur,

Un oiseau chante à sa fenêtre,

La gaité chante dans son coeur ! «si»»;. msmjiM:,

JUILLET Ma fille, va prier ! — Vois, la nuit est venue, Une planète d'or là-bas perce la nue; La brume des coteaux fait trembler le contour; A peine un char lointain glisse dans l'ombre... Écoute ! Tout rentre et se repose, et l'arbre de la route Secoue au vent du soir la poussière du jour!

Mww:.«f4 2 Juillet i'-:-:-;-:-*<-vvv-: ■:-'

Qu'on pense ou qu'on aime,

Sans cesse agité,

Vers un but suprême

Tout vole emporté;

L'esquif cherche un môle,

L'abeille un vieux saule,

La boussole un pôle,

Moi, la vérité! — Oh ! qu'en dormant rien ne t'oppresse !

Dieu sera là pour ton réveil ! — La lune vient qui te caresse Plus doucement que le soleil.

Car elle a plus de molles trêves Pour nos travaux et nos douleurs ; Elle fait cclore les rêves Lui ne fait naître que les Heurs.

S'il est un rêve d'amour

Parfumé de rose,

Où l'on trouve chaque jour

Quelque douce chose,

Un rêve que Dieu bénit,

Où l'âme à l'âme s'unit.

Oh ! j'en veux faire le nid

Où ton coeur se posel

L'âme a des étapes profondes.

On se laisse d'abord charmer,

Puis convaincre. Ce sont deux mondes.

Comprendre est an delà d'aimer.

Aimer, comprendre, c'est le faite :

Le coeur, cet oiseau du vallon,

Sur le premier degré s'arrête,

L'esprit vole à l'autre échelon.

■M"<«"><K-<">-x-* 6 Tuitleï *■>•>•>**■>*«">'!■>

Le jour s'enfuit des cieux, sous leur transparent voile De moments en moments se hasarde une e'toile ; La nuit, pas à pas, monte an trône obscur des soirs; Un coin du ciel est brun, l'autre lutte avec l'ombre, Et déjà, succédant au couchant rouge et sombre, Le crépuscule gris meurt sur les coteaux noirs.

Quand je rêve sous la falaise,

Ou dans les bois, les soirs d'été,

Sachant que la vie est mauvaise,

Je contemple l'éternité.

A travers mon sort mêlé d'ombres,

J'aperçois Dieu distinctement,

Comme à travers les branches sombres

On entrevoit le firmament!

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