S Juîtïeï
Je vais volontiers seul. Je médite ou j'écoute.
Pourtant si quelqu'un veut m'accompagner en route,
J'accepte. Chacun a quelque chose en l'esprit,
Et tout homme est un livre où Dieu lui-même écrit.
Chaque fois qu'en mes mains un de ces livres tombe,
Volume où vit une âme et que scelle la tombe,
J'y lis.
Roses et papillons, la tombe nous rassemble
TSt ou tard.
Pourquoi l'attendre, dis ? Veux-tu pas vivre ensemble
Quelque part?
■ Quelque part dans les airs, si c'est là que se berce
Ton essor!
I Aux champs si c'est aux champs queton calice verse ■ Son trésor !
l Où tu voudras ! qu'importe! oui, que tu sois haleine l Ou couleur, > Papillon rayonnant, corolle à demi pleine, £~ Aile ou fleur!
î; Vivre ensemble, d'abord ! c'est le bien nécessaire i Et réel; > Après on peut choisir au hasard ou la terre > Ou le ciel!
<> Allez dans les forêts, allez dans les vallées, Faites-vous un concert des notes isolées!
Cherchez dans la nature étalée à vos yeux.
Soit que l'hiver l'attriste ou que l'été l'égayé, Le mot mystérieux que chaque voix bégaye, Ecoutez ce que dit la foudre dans les deux !
Le vallon où je vais tous es jours est charmant, Serein, abandonné, seul sous le firmament, Plein de ronces en rieur; c'est un sourire triste. Il vous fait oublier que quelque chose existe. Et, sans le bruit des champs remplis de travailleurs, On ne saurait plus là si quelqu'un vit ailleurs. Un souffle épure notre fange, Le monde est à Dieu, je le sens ; Toute fleur est une louange, Et tout parfum est un encens.
La nuit on croit sentir Dieu même Penché sur l'homme palpitant.
La terre prie et le ciel aime.
Quelqu'un parle et quelqu'un entend.
-;-S-;-;-:-K- Ï4 Juillet w««r; Va dans les bois, va sur les plages; Compose tes chants inspirés Avec la chanson des feuillages Et l'hymne des flots azurés!
Dieu t'attend dans les solitudes; Dieu n'est pas dans les multitudes :
L'homme est petit, ingrat et vain.
Dans les champs tout vibre et soupire.
La nature est la grande lyre, Le poète est l'archet divin! Pendant que le marin, qui calcule et qui doute, Demande son chemin aux constellations ; Pendant que le berger, l'oeil plein de visions, Cherche au milieu des bois son étoile et sa route. Moi, je cherche autre chose en ce ciel vaste et pur, Mais que ce saphir sombre est un abîme obscur! On ne peut distinguer, la nuit, les robes bleues Des anges frissonnants qui glissent dans l'azur. »■****.«.«.«■**** jg Juillet ■*•«•**<•■«"«■****<> Parfois, lorsque tout dort, je m'assieds plein de joie Sous le dôme étoile qui sur nos fronts flamboie ; J'écoute si d'en haut il tombe quelque bruit. Et l'heure vainement me frappe de son aile Quand je contemplé, ému, cette fête éternelle Que le ciel rayonnant donne au monde la nuit! Dans le jardin des morts où nous dormirons tous L'aube jette un regard plus calme et plus céleste, Le lis semble plus pur, l'oiseau semble plus doux. Moi, c'est là que je vis! Cueillant les roses blanches, Consolant les tombeaux délaissés trop longtemps, Je passe et je reviens, je dérange les branches, Je fais du bruit dans l'herbe, et les morts sont contents. s->***v:.-!"> :-*•>*■ is Juillet «*"«<■«*« Le monde est sombre, ô Dieu ! l'immuable harmonie Se compose des pleurs aussi bien que des chants; L'homme n'est qu'un atome en cette ombre infinie, Nuit où montent les bons, où tombent les méchants. Oh! oui, bénissons Dieu dans notre foi profonde ! C'est lui qui fit ton âme et qui créa le monde! Lui qui charme mon coeur! lui qui ravit mes yeux! C'est lui que je retrouve au fond de tout mystère! C'est lui qui fait briller ton regard sur la terre
Comme l'étoile aux cieux !
Quand le sentier qui monte aux cimes est rapide, Bien souvent fatigués du soleil, nous aimons Boire au petit ruisseau tamisé par les monts ! Oh ! regardez le ciel I cent nuages mouvants, Amoncelés là-haut sous le souffle des vents,
Groupent leurs formes inconnues ; Sous leurs flots par moments flamboie un pâle éclair, Comme si tout à coup quelque géant de l'air
Tirait son glaive dans les nues.
*n««rti,;, 0,2 Juillet «;;<•.;■»;■>■.■'.
La terre cache l'or et montre les moissons ; Elle met dans le flanc des fuyantes saisons
Le germe des saisons prochaines; Dans l'azur, les oiseaux qui chuchotent : Aimons! Et les sources au fond de l'ombre, et sur les monts
L'immense tremblement des chênes. Mets de l'amour sur cette terre Dans les vains brins d'herbe flottants, Cette herbe devient, ô mystère !
Le nid sombre au fond du printemps.
Ajoute, en écartant son voile, De la lumière au nid béni, Et le nid deviendra l'étoile Dans la forêt de l'infini.
Enfant I rêve encore 1
Dors, ô mes amours !
Ta jeune âme ignore
Où s'en vont tes jours.
Comme une algue morte,
Tu vas, que t'importe!
Le courant t'emporte,
Mais tu dors toujours! Oh! contemplez le ciel! et dès qu'a fui le jour, En tout temps, en tout lieu, d'un ineffable amour,
Regardez à travers ses voiles; Un mystère est au fond de leur grave beauté ; L'hiver, quand ils sont noirs comme un linceul ; l'été
Quand la nuit les brode d'étoiles.
J'aime les soirs sereins et beaux, j'aime les soirs, Soit qu'ils dorent le front des antiques manoirs
Ensevelis dans les feuillages, Soit que la brume au loin s'allonge en bancs de feu, Soit que mille rayons se brisent dans un ciel bleu
A des archipels de nuages.
Oh! qui que vous soyez, bénissez-la. C'est elle!
La soeur visible aux yeux de mon âme immortelle!
Qui de mes propres torts me console et m'absout;
A qui j'ai dit : « Toujours ! » et qui m'a dit : « Par--
tout ! »
.'<>-M-Î-*V*<S-<}"!>*<>* 28 Tuilleï +*■*■*■*•+++*■**+* > Elle! tout dans un mot! c'est, dans ma froide brume, l Une fleur de beauté que la bonté parfume; ; D'une double nature hymen mystérieux!
^ La fleur de la nature et le parfum des cieux ! Comme au creux du rocher vole l'humble colombe, Cherchant la goutte d'eau qui tombe avant le jour, Mon esprit, altéré dans l'ombre de la tombe, Va boire un peu de foi, d'espérance et d'amour!
Peu d'oiseaux Traversent l'Océan sans reposer leur aile.
Il n'est pas de croyant si pur et si fidèle Qui ne tremble et n'hésite à de certains moments. Quelle âme est sans faiblesse et sans accablements? Enfants, résignons-nous, et suivons notre route. Tout corps traîne son ombre, et tout esprit son doute. Au-dessus de la haine immense, quelqu'un aime ; Ayons foi. Ce n'est pas sans quelque but suprême Que sans cesse, en ce gouffre où rêvent les sondeurs, Un prodigieux vent, soufflant des profondeurs, A travers l'àpre nuit pousse, emporte et ramène Sur tout l'écueil divin toute la mer humaine. AOÛT
Baigné d'ombre sereine, Le soir tombait; des feux scintillaient dans la plaine; Les vastes flots berçaient le nid de l'alcyon; J'écoutais vers le ciel, où toute aube commence, Monter confusément une louange immense Des deux extrémités de la création.
Ce que Dieu fit petit chantait dans son délire Tout ce que Dieu fait grand, et je voyais sourire Le colosse à l'atome et l'étoile au flambeau; La nature semblait n'avoir qu'une âme aimante. La montagne disait : « Que la fleur est charmante! » Le moucheron disait ; « Que l'océan est beau! » Porte ailleurs ton regard sur Dieu seul arrêté! Rien ici-bas qui n'ait en soi sa vanité :
La gloire fuit à tire-d'aile; Couronnes, mitres d'or brillent, mais durent peu; Elles ne valent pas le brin d'herbe que Dieu
Fait pour le nid de l'hirondelleI Je viens à vous, Seigneur! confessant que vous êtes Bon, clément, indulgent et doux, ô Dieu vivant! Je conviens que vous seul savez ce que vous faites, Et que l'homme n'est rien qu'un jonc qui tremble au
[vent !
J'entends le vent dans l'air, la mer sur le récif,
L'homme liant la gerbe mûre;
J'écoute et je confronte en mou esprit pensif
Ce qui parle à ce qui murmure 1 <■•***«**•«•*•**•«•*• 6 Aoûï *-*v-0"fr****«
O souvenir! trésor dans l'ombre accru 1 ■ Sombre horizon des anciennes pensées!
■ Chère lueur des choses éclipsées 1 ; Rayonnement du passé' disparu!
! Comme du seuil et du dehors d'un temple, • L'oeil de l'esprit en rêvant vous contemple!
La terre a pour amis les moissonneurs; le soir
Elle voudrait chasser du vaste horizon noir
L'àpre essaim des corbeaux voraces,
A l'heure où le boeuf las dit : Rentrons maintenant,
Quand les bruns laboureurs s'en reviennent, traînant
Les socs pareils à des cuirasses.
•«■«■-^-Î-! A*-:.;-..-. 8 Août ;.ïi..K.(..,,;.;.t.;.,.
Puisque ici-bas toute âme
Donne à quelqu'un
Sa musique, sa flamme
Ou son parfum,
Je te donne à cette heure,
Penché sur toi,
La chose la meilleure
Que j'aie en moi. Avez-vous quelquefois, calme et silencieux, Monté sur la montagne en présence des deux?
Était-ce au bord du Sund? aux côtes de Bretagne? Aviez-vous l'océan aux pieds de la montagne ? Et là, penché sur l'onde et sur l'immensité, Calme et silencieux, avez-vous écouté?
*■*•*•»•*■«••*■>+■»•♦*•♦ ÏÛ Aoûï «**••}•">•**•}•**•**
Près du pêcheur qui ruisselle,
Quand tous deux, au jour baissant,
Nous errons dans la nacelle,
Laissant chanter l'homme frêle
Et gémir le flot puissant.
Dis, d'où vient qu'à chaque lame,
Comme une coupe de fiel,
La pensée emplit mon âme ?
C'est que moi je vois la rame
Tandis que tu vois le ciel Chantez 1 chantez! belle inspirée!
Saluez cette aube dorée Qui jadis aussi m'enivra.
Tout n'est pas sourire et lumière Quelque jour de votre paupière Peut-être une larme éclora I «*«->*** la Août +■$■+■$■♦*< Le chasseur songe dans les bois A des beautés sur l'herbe assises, Et dans l'ombre il croit voir parfois Danser des formes indécises.
Le pâtre attend sous le ciel bleu L'heure où son étoile paisible Va s'épanouir, fleur de feu, Au bout d'une tige invisible.
Le jour est pour le mal, la fatigue et la haine.
Prions : voici la nuit I la nuit grave et sereine !
Le vieux pâtre, le vent aux brèches de la tour, ; Les étangs, les troupeaux, avec leur voix cassée, '. Tout souffre et tout se plaint. La nature, lassée, A besoin de sommeil, de prière et d'amour!
• C'était l'été : vers l'heure où la lune se lève, ; Par un de ces beaux soirs qui ressemblent au jour, ; Avec moins de clarté, mais avec plus d'amour, '. Dans son parc, où jouaient le rayon et la brise,
Elle errait toujours triste et toujours indécise, ; Questionnant tout bas l'eau, le ciel, la forêt, ; Ecoutant au hasard les voix qu'elle entendrait. '. Ainsi, Nature, abri de toute cre'ature !
O mère universelle, indulgente Naturel
... Tandis qu'affames, avec des cris vainqueurs,
A des sources sans fin désaltérant nos coeurs,
Pour en faire plus tard notre sang et notre âme,
Nous aspirons à flots ta lumière et ta flamme,
Les feuillages, les monts, les prés verts, le ciel bleu,
Toi, sans te déranger, tu rêves à ton Dieu!
Viens, j'ai des fruits d'or, j'ai des roses,
J'en remplirai tes petits bras;
Je te dirai de douces choses,
Et peut-être tu souriras 1
Car je voudrais te voir sourire,
Pauvre enfant si triste et si beau!
Et puis tout bas j'irai le dire
A ta mère dans son tombeau! Si l'on vous dit que l'art et que la poésie C'est un flux e'ternel de banale ambroisie, Que c'est le bruit, la foule, attachés à vos pas, Ou d'un salon doré l'oisive fantaisie, Ou la rime en fuyant par la rime saisie,
Oh I ne le croyez pas !
Soyons grands. Le grand coeur à Dieu même est
[pareil.
Laissons, doux ou funestes, Se croiser sur nos pieds la foudre et le soleil,
Ces deux clartés célestes I Laisse-toi conseiller par l'aiguille ouvrière, Présente à ton labeur, présente à ta prière, Qui dit tout bas : « TravailleI » Oh! crois-laI
[Dieu, vois-lu Fit naître du travail, que l'insensé repousse, Deux filles : la Vertu, qui fait la gaieté douce, Et la Gaieté, qui rend charmante la vertu 1
Je ne veux pas d'autres choses
Que ton sourire et ta voix,
De l'air, de l'ombre et des roses,
Et des rayons dans les bois!
Je ne veux, moi qui me voile
Dans la joie ou dans la douleur,
Que ton regard, mon étoile,
Que ton haleine, ô ma fleur!
Aux champs, la nuit est vénérable, ; Le jour rit d'un rire enfantin ; : Le soir berce l'orme et l'érable,
Le soir est beau, mais le matin!
I Le matin, c'est la grande fête.
; La fleur d'or du pré d'azur sombre.
! L'astre brille au ciel, clair encor; • En bas, le bleuet luit dans l'ombre, ; Étoile bleue en un champ d'or.
;■«■*■«■*•*■><••*•■«•*■■*■*+• 22 Aoûï *«•»♦*•■«■■*+**■*+■■« > Dieu nous donne à chacun notre part du destin, ; Au fort, au faible, au lâche, ; Comme un maître soigneux levé dès le matin ► Divise à tous leur tâche !
Il est pour les coeurs sourds aux vulgaires clameurs
D'harmonieuses voix, des accents, des rumeurs
Qu'on n'entend que dans les retraites;
Notes d'un grand concert interrompu souvent,
Vents, flots, feuilles des bois, bruits dont l'âme en
[rêvant
Se fait des musiques secrètes!
Nos fautes, mon pauvre ange, ont causé nos souf--
frances.
Peut-être qu'en restant bien longtemps à genoux,
Quand il aura béni toutes les innocences ■ Puis tous les repentirs, Dieu finira par nous! ' Moi, je préfère, ô fontaines !
Moi, je préfère, ô ruisseaux 1
Au Dieu des grands capitaines,
Le Dieu des petits oiseaux !
Au Dieu des vastes armées, ; Des canons au lourd essieu, ', Des flammes et des fumées,
Je préfère le bon Dieu I
O sommeil du berceau! prière de l'enfance I
Voix qui toujours caresse et qui jamais n'offense !
Douce religion, qui s'égaye et qui rit!
Prélude du concert de la nuit solennelle!
Ainsi que l'oiseau met sa tête sous son aile,
L'enfant dans la prière endort son jeune esprit! Tout a sa région, sa fonction, son but; L'écume de ia mer n'est pas un vain rebut ; Le flot sait ce qu'il fait; le vent sait qui le pousse; Comme un temple où toujours veille une clarté douce, L'étoile obéissante éclaire le ciel bleu; Le lis s'épanouit pour la gloire de Dieu; Chaque matin, vibrant comme une sainte lyre, L'oiseau chante ce nom que l'aube nous fait lire I '*v*vvv-;--;-:-:-:-- 28 Aoûï »VJ-H-VTVX--
Vérité, beau fleuve
Que rien ne tarit!
Source où tout s'abreuve!
Tige où tout fleurit 1
Lampe que Dieu pose
Près de toute cause,
Clarté que la chose
Envoie à l'esprit 1
De quoi puis-je avoir envie ?
De quoi puis-je avoir effroi?
Que ferai-je de la vie,
Si tu n'es plus près de moi ?
Que dirai-je au bois morose
Qu'illuminait ta douceur ?
Que répondrai-je à la rose
Disant : « Où donc est ma soeur? »
•«■«■■M-*-*-")"***** 30 Aoûï **■+++»«-*♦*•**♦
Prêtant l'oreille aux flots qui ne peuvent dormir,
A l'air dans la nuée,
J'erre sur les hauts lieux d'où l'on entend gémir i Toute chose créée.
; Là, je vois, comme un vase allumé sur l'autel, ! Le toit lointain qui fume, '■ Et, le soir, je compare aux purs flambeaux du ciel
Tout flambeau qui s'allume. Le soleil s'est couché ce soir dans les nuées : Demain viendra l'orage, et le soir, et la nuit; Puis l'aube et ses clartés de vapeurs obstruées ; Puis les nuits, puis les jours, pas du temps qui s'en--
trait!
Tous ces jours passeront ; ils passeront en foule Sur la face des mers, sur la face des monts, Sur les fleuves d'argent, sur les forêts où roule Comme un hymne confus des morts que nous aimons j^EPTEMB^E
Tout est lumière, tout est joie
L'araigne'e au pied diligent
Attache aux tulipes de soie
Ses rondes dentelles d'argent.
La frissonnante libellule
Mire les globes de ses yeux
Dans l'étang splendide où pullule
Tout un monde mystérieux !
;-■:--;•-:-■:--:■ •;-■:•; :-•;-•: 2 pepïembre -!--:-:-vv-i-vvv-:- Oh! la création est une apothéose.
Le mont, l'arbre, l'oiseau, le lion et la rose
Disent dans l'ombre : « Sois béni! »
L'immense azur écoute, et leurs hymnes l'enchantent. Et l'océan farouche et l'âpre ouragan chantent
Chacun leur strophe à l'infini.
La pauvre fleur disait au papillon céleste :
Ne fuis pas 1
Vois comme nos destins sont différents. Je reste,
Tu t'en vas !
Pourtant nous nous aimons, nous vivons sans les
[hommes
Et loin d'eux!
Et nous nous ressemblons, et l'on dit que nous
[sommes
Fleurs tous deux I 4.44.4.4.4.4.4.4.44.4 4 pepïembre 444444444444.
L'été, si l'orphelin s'éveille,
Sans toit, sans mère et priant Dieu,
Une voix lui dit à l'oreille :
« Eh bien I viens sous mon dôme bleu ! »
Le Louvre est égal aux chaumières
Sous ma coupole de saphirs.
Viens sous mon ciel plein de lumières,
Viens sous mon ciel plein de zéphirsl
Toi, demande au monde nocturne
De la paix pour ton coeur désert;
Demande une goutte à cette urne,
Demande un chant à ce concert !
Plane au-dessus des autres femmes,
Et laisse errer tes yeux si beaux
Entre le ciel où sont les âmes
Et la terre où sont les tombeaux !
'«■;~«;Ϋ 6 jSepïembre -^-««-t-M•:■:-:
Il n'est rien sous le ciel qui n'ait sa loi secrète, Son lieu cher et choisi, son abri, sa retraite, Où mille instincts profonds nous fixent nuit et jour; Le pêcheur a la barque où l'espoir l'accompagne, Les cygnes ont le lac, les aigles la montagne,
Les âmes ont l'amour!
O poètes! le fer et la vapeur ardente Effacent de la terre, à l'heure où vous rêvez, L'antique pesanteur, à tout objet pendante,
Qui sous les lourds essieux broyait les durs pavés. L'homme se fait servir par l'aveugle matière. 11 pense, il cherche, il crée! A son souffle vivant, Les germes dispersés dans la nature entière Tremblent comme frissonne une forêt au vent ! KXH»***-*"»-**-* 8 Septembre •9-*"M-<M-**<S--M-*
J'ai connu ton père et ta mère
Dans leurs bons et leurs mauvais jours ;
Pour eux la vie était amère,
Mais moi je fus douce toujours.
C'est moi qui sur leur sépulture
Ai mis l'herbe qui la défend.:
Viens, je suis la grande Nature;
Je suis l'aïeule, et toi l'enfant. ■ Dieul Dieu! Dieul Le rocher ou la lame déferle ; Compte sur lui; c'est lui qui règne; il fait la perle ; Et l'étoile pour les sondeurs; ^ L'azur le voile; il met, pour que le tigre y dorme, ■ De la mousse dans l'antre ; il parle, voix énorme, l A l'ombre dans les profondeurs, l II règne, il songe ; il fond les granits dans les soufres; l II crée en même temps les soleils dans les gouffres > Et le liseron dans le prél > t % O Dieu . . .
t Je ne résiste plus à tout ce qui m'arrive fr Par votre volonté.
t L'âme de deuils en deuils, l'homme de rive en rive, X Roule à l'éternité.
Sous les bois, où tout bruit s'émousse,
Le faon craintif joue en rêvant;
Dans les verts écrins de mousse
Luit le scarabée, or vivant.
La lune au jour est tiède et pâle,
Comme un joyeux convalescent;
Tendre, elle ouvre ses yeux d'opale
D'où la douceur du ciel descend !
*«.*<>.<>**<. •£% Septembre ++«■■«•+•*■+*♦<
Innocence! Vertu! sublimes
Même pour l'oeil mort du méchant!
On voit dans l'azur ces deux cimes,
L'une au levant, l'autre au couchant.
Elles guident la nef qui sombre;
L'une est phare, et l'autre est flambeau;
L'une a le berceau dans son ombre,
L'aut en son ombre a le tombeau.
Partout où le couchant grandit l'ombre des chênes,
Partout où les coteaux croisent leurs molles chaînes, Partout où sont des champs, des moissons, des cités,
Partout où pend un fruit à la branche épuise'e,
Partout où l'oiseau boit des gouttes de rosée,
Allez, voyez, chantez 1 ;-«.<.<-;.-><x^<. 14. Septembre « <-«■+<:•« «-:■•:■
Fille heureuse! autour d'elle, ainsi qn'autour d'un
[temple, Tout est modeste et doux, tout donne un bon
[exemple.
L'abeille fait son miel, la fleur rit au ciel bleu, La tour répand de l'ombre, et, devant la fenêtre, Sans faute, chaque soir, pour obéir au maître, L'astre allume humblement sa couronne de feu.
Pourtant, toujours à notre extase,
O Seigneur! tu te dérobas!
Hélas! tu mets là-haut le vase,
Et tu laisses la lèvre en bas !
Mais un jour, ton oeuvre profonde,
Nous la saurons, Dieu redouté !
Nous irons voir de monde en monde
S'épanouir ton unité !
wt"i~i++ 16 Septembre **■*•**■«
Pour vous, ni soucis, ni douleurs !
La famille vous idolâtre.
L'été, vous courez dans les fleurs;
L'hiver, vous jouez près de l'âtre !
Profitez de ce temps si doux !
Vivez! la joie est vite absente,
Et les plus sombres d'entre nous
Ont eu leur aube éblouissante. Puisque Dieu l'a voulu, c'est qu'ainsi tout est mieux! Plus de clarté peut-être aveuglerait nos yeux, Souvent la branche casse où trop de fruit abonde. Que deviendrions-nous si, sans mesurer l'onde, Le Dieu vivant, du haut de son éternité, Sur l'humaine raison versait la vérité?
>«■«•««+■;• ÏS jSepïembre >«««««?
Jadis, vois-tu, l'avenir, pur rayon,
Apparaissait à mon âme éblouie,
Ciel avec l'astre, onde avec l'alcyon,
Fleur lumineuse à l'ombre épanouie,
Cette vision
S'est évanouie. Le crépuscule, ouvrant la nuit qui les recèle, Fait jaillir chaque étoile en ardente étincelle ; L'occident amincit sa frange de carmin; La nuit de l'eau dans l'ombre argenté la surface; Sillons, sentiers, buissons, tout se mêle, s'efface; Le passant inquiet doute de son chemin.
. . . . Quand la brise
Me touche en voltigeant,
La nuit, j'aime être assise,
Être assise en songeant,
L'oeil sur la mer profonde,
Tandis que, pâle et blonde,
La lune ouvre dans l'onde
Son éventail d'argent! Contemplez du matin la pureté divine, Quand la brume en flocons inonde la ravine, Quand le soleil, que cache à demi la forêt, Montrant sur l'horizon sa rondeur échancrée, Grandit comme ferait la coupole dorée D'un palais d'Orient dont on approcherait!
■»****+-4-s-*** 22 Septembre ■>*■{-+•{.****■!>«• Pleure ; mais, tu fais bien, cache-toi pour pleurer. Aie un asile en toi. Pour t'en désaltérer, Pour les savourer avec charmes, Sous le riche dehors de ta prospérité Dans le fond de ton cceur, comme un fruit pour l'été
Mets à part ton trésor de larmes ! Oui, va prier à l'église, Va ; mais regarde en passant, Sous la vieille voûte grise, Ce petit nicTinnocent.
Les cathédrales sont belles Et hautes sous le ciel bleu; Mais le nid des hirondelles Est l'édifice de Dieu.
Puisqu'ici toute chose
Donne toujours
Son épine ou sa rose
A ses amours
Reçois mes voeux sans nombre,
O mes amours I
Reçois la flamme ou l'ombre
De tous mes jours!
Oh 1 l'amour, c'est la vie, C'est tout ce qu'on regrette et tout ce qu'on envie Quand on voit sa jeunesse au couchant décliner. Sans lui rien n'est complet, sans lui rien ne rayonne, La beauté', c'est le front ! l'amour, c'est la couronne !
Laisse-toi couronner!
**<-4->*++♦♦* 2r6 jSepïembre *■««--■/-«*-;■;-;■
Je vous aime, ô sainte nature !
Je voudrais m'absorber en vous ;
Mais, dans ce siècle d'aventure,
Chacun, hélas I se doit à tous.
Dieu le veut, dans les temps contraires,
Chacun travaille et chacun sert.
Malheur à qui dit à ses frères :
« Je retourne dans le désert! »
Que la foule bien loin de nous
Suive ses routes insensées,
Aimons et tombons à genoux,
Et laissons aller nos, pensées.
L'amour, qu'il vienne tôt ou tard,
Prouve Dieu dans notre âme sombre.
Il faut bien un corps quelque part
Pour que le miroir ait une ombre.
Que faire et que penser? — Nier, douter ou croire ? Carrefour ténébreux 1 triple routeI nuit noire! Le plus sage s'assied sous l'arbre du chemin, Disant tout bas: «J'irai, Seigneur,où tu m'envoies. » Il espère; et de loin, dans les trois sombres voies, Il écoute, pensif, marcher le genre humain 1
Vois-tu,-quoique notre gloire
Brille en ce que nous créons,
Et dans notre grande histoire,
Pleine de grands panthéons,
Il resterait peu de choses
A l'homme, qui vit un jour,
Si Dieu nous ôtait les roses,
Si Dieu nous ôtait l'amour !
^■«■♦■s-j-****;. 30 Septembre ■>*■>->;-s--t-m Au gré du divin souftle ainsi vont mes pensées, Dans un cercle éternel incessamment poussées. Du terrestre océan, dont les flots sont amers, Comme-sous un rayon monte une nue épaisse, Elles montent toujours vers le ciel, et sans cesse
Redescendent des cieux aux mers. OCTOBRE L'automne souriait, les coteaux vers la plaine Penchaient leurs bois charmants qui jaunissaient à
[peine,
Le ciel était doré.
Et les oiseaux, tournés vers celui que tout nomme, Disant peut-être à Dieu quelque chose de l'homme,
Chantaient leur chant sacré!
Puisque l'air à la branche
Donne l'oiseau;
Que l'aube à la pervenche
Donne un peu d'eau;
Reçois mon bien céleste,
O ma beauté!
Mon coeur, dont rien ne reste,
L'amour ôté. Ne doutons pas. Croyons. Emplissons l'étendue De notre confiance, humble, ailée, éperdue;
Soyons l'immense Oui.
Que notre cécité ne soit pas un obstacle, A la création donnons ce grand spectacle
D'un aveugle ébloui.' J.<.<J.4.<S.J}.<S-^A<.+4.<>-4- Z)r Ocïobre +•*•**■*•*+*+**+
Par toute ombre qui passe en baissant la paupière !
Par les vieux saints rangés sous le portail de pierre!
Par la blanche colombe aux rapides adieux !
Par l'orgue ardent dont l'hymne en longs sanglots
[se brise!
Laisse-toi conseiller par la pensive église,
Laisse-toi conseiller par le ciel radieux! Ce qui remplit une âme, hélas! tu peux m'en croire, Ce n'est pas un peu d'or, ni même un peu de gloire; Poussière que l'orgueil rapporte des combats; Ni l'ambition folle, occupée aux chimères, Qui ronge tristement les écorcesamères
Des choses d'ici-bas; Non, il lui faut, vois-tu, l'hymen de deux pensées 1 *■>■>■>■;■■;-;■>-;■>-;■-!■ 6 Ocïobre •'■!«««««
Courage donc, esprit, pensées,
Cerveaux d'anxiété rongés,
Coeurs malades, âmes blessées,
Vous qui priez, vous qui songez !
O générations! courage!
Vous qui venez comme à regret,
Avec le bruit que fait l'orage
Dans lés arbres de la forêt! J'étais seul près des fiots par une nuit d'étoiles. Pas un nuage aux cieux, sur les mers pas de voiles. Mes yeux plongeaient plus loin que le monde réel, Et les bois, et les monts, et toute la nature Semblaient interroger dans un confus murmure
Les flots des mers, les feux du ciel.
Et les étoiles d'or, légions infinies, A voix haute, à voix basse, avec mille harmonies, Disaient en inclinant leurs couronnes de feu; Et les flots bleus, que rien ne gouverne et n'arrête, Disaient en recourbant l'écume de leur crête : ■*«•«•*•«■**<"**« 8 Ocïobre ***++•*•*•*■»•*■«■**
— C'est le Seigneur, le Seigneur Dieu !
Dieu qui sourit et qui donne,
Et qui vient vers qui l'attend,
Pourvu que vous soyez bonne,
Sera content.
Au-dessus des passions,
Au-dessus de la colère,
Ton noble esprit ne sait faire
Que de nobles actions.
Quand jusqu'à nous tu te penches,
C'est ainsi que tu t'épanches
Sur nos coeurs que tu soumets :
D'un cygne il ne peut jamais
Tomber que des plumes blanches!
*««««■«*(■ ÏO Octobre *•»*««•!*««■ Pleure. Les pleurs vont bien même au bonheur; tes
[chants Sont plus doux dans les pleurs, tes yeux purs et tou--
[chants
Sont plus beaux quand tu les essuies.
L'été, quand il a plu, le champ est plus vermeil, Et le ciel fait briller plus frais au beau soleil
Son azur, lavé par les pluies!
La nature grande et touchante,
La nature qui vous enchante,
Blesse mes regards attristés.
Le jour est dur, l'aube est meilleure.
Hélas ! la voix qui me dit : « Pleure ! »
Est celle qui vous dit : « Chantez! »
********** Ï2 Octobre ***********
La gaité manque au grand roi sans amour; La goutte d'eau manque au désert immense.
L'homme est un puits où le vide toujours
Recommence.
Le ciel, qui sait nos maux et nos douleurs,
Prend en pitié nos jours vains et sonores.
Chaque matin, il baigne de ses pleurs
Nos aurores. C'est l'heure où les enfants parlent avec les anges. Tandis que nous courons à nos plaisirs étranges, Tous les petits enfants les yeux levés au ciel, Mains jointes et pieds nus, à genoux sur la pierre, Disant à la même heure une même prière, Demandent pour nous grâce au Père universel !
Aime et ne désespère pas.
Dans ton âme où parfois je passe,
Où mes vers chuchotent tout bas,
Laisse chaque chose à sa place.
La fidélité sans ennui,
La paix des vertus élevées,
Et l'indulgence pour autrui
Éponge des fautes lavées.
Prie encor pour tous ceux qui passent
Sur cette terre de vivants !
Pour l'insensé qui met sa joie
Dans l'éclat d'un manteau de soie,
Dans la vitesse d'un cheval!
Pour quiconque souffre et travaille,
Qu'il s'en revienne ou qu'il s'en aille,
Qu'il fasse le bien ou le mal !
•*■**•*******+•>■ X6 Octobre ♦♦+*++**■**♦*
Jeune ou vieux, imprudent ou sage, Toi qui, de cieux en cieux errant comme un nuage, Suis l'appel d'un plaisir ou l'instinct d'un besoin.
Voyageur, où vas-tu si loin?
N'est-ce donc pas ici le but de ton voyage ? Les feuilles qui gisaient dans le bois solitaire, S'efforçant sous ses pas de s'élever de terre,
Couraient dans le jardin ; Ainsi parfois, quand l'âme est triste, nos pensées S'envolent un moment sur leurs ailes blessées,
Puis retombent soudain.
Oh!... pourquoi ce chagrin qui vous suit?
. Pourquoi pleurer encore, Vous, femme au coeur charmant, sombre comme la
[nuit,
Douce comme l'aurore?
La douleur est un fruit : Dieu ne le fait pas croître Sur la branche trop faible encor pour le porter. Donnez! afin que Dieu, qui dote les familles, Donne à vas fils la force et la grâce à vos filles; Afin que votre vigne ait toujours un doux fruit, Afin qu'un blé plus mûr fasse plier vos granges; Afin d'être meilleurs, afin de voir les anges
Passer dans vos rêves la nuit !
*-***-***-4-«-*"«"fr« 20 Octobre **■«><">■$•*■«■■«>««!•<!■ Enfant! ïi j'étais roi, je donnerais l'empire, Et mon char, et mon sceptre, et mon peuple à ge--
[noux Et ma couronne d'or, et mes bains de porphyre, Et mes flottes, à qui la mer ne peut suffire,
Pour un regard de vous! O poètes sacrés, échevelés, sublimes, Allez et répandez votre âme sur les cimes, Sur les sommets de neige en butte aux aquilons, Sur les déserts pieux où l'esprit se recueille, Sur les bois que l'automne emporte feuille à feuille, Sur les lacs endormis dans l'ombre des vallons ! M.M«iH«« 22 Octobre >>■>><-■;-<>**■:•«* Oh ! votre oeil est timide et votre front est doux : Mais quoique, par pudeur et par pitié pour nous,
Vous teniez secrète votre âme, Quand du souffle d'en haut votre coeur est touché, Votre coeur, comme un feu sous la cendre cache,
Soudain étincelle et s'enflamme.
Que suis-je ? — Esprit qu'un souffle enlève.
Comme une feuille morte échappe'e aux bouleaux Qui sur une onde en pente erre de flots en flots,
I Mes jours s'en vont de rêve en rêve I >4-$-$~ç4"b-Ç"ï-i-fy4-4- 2A Octobre *«"fr-«"0"fr*^*-<'«-*^
Vois le prêtre priant pour tous ;
Front pur qui sous nos fautes penche,
Songer dans le temple, à genoux
Sur les plis de sa robe blanche.
Vois s'élever sur les hauteurs
Tous ces grands penseurs que tu nommes,
Sombres esprits dominateurs,
Chênes dans la forêt des hommes.
Le vrai trésor rempli de charmes,
C'est un groupe pour vous priant
D'enfants qu'on a trouvés en larmes
Et qu'on a laissés souriant I
Les biens que je donne à qui m'aime.
Jamais Dieu ne les retira.
L'or que sur le pauvre je sème
Pour le riche au ciel germera !
■>*■»<->■>■>«■■;■<- 26 Ocïobre >«*««■;••;■■:;■■■
Ceux-ci partent, ceux-là demeurent,
Sous le sombre aquilon, dont les mille voix pleurent.
Poussière et genre humain, tout s'envole à la fois.
He'las ! le même vent souffle, en l'ombre où nous
[sommes,
Sur toutes les têtes des hommes,
Sur toutes les feuilles des bois.
Oh! laissez-moi 1 c'est l'heure où l'horizon qui fume
Cache un front inégal sous un cercle de brume; L'heure où l'astre géant rougit et disparait. Le grand bois jaunissant dore seul la colline.
On dirait qu'en ces jours où l'automne décline Le soleil et la pluie ont rouillé la forêt.
**■)■**->■«•*•«•**■*■«■ 28 Octobre <,i/.i/j,.if.i>4.j/4.-irvv-<r
A cette terre où l'on ploie
Sa tente au déclin du jour,
Ne demande pas la joie ;
Contente-toi de l'amour!
Excepté lui, tout s'efface.
La vie est un sombre lieu
Où chaque chose qui passe
Ebauche l'homme pour Dieu. Mais, hélas! juillet fait sa gerbe; L'été, lentement effacé, Tombe feuille à feuille dans l'herbe, Et jour à jour dans le passé.
Puis octobre perd sa dorure; Et les bois, dans les lointains bleus, Couvrent de leur douce tourrure L'épaule des coteaux frileux.
>»«vvvi 30 Octobre ««*«" Malheur à qui prend ses sandales Quand les haines et les scandales Tourmentent le peuple agité !
Honte au penseur qui se mutile, Et s'en va, chanteur inutile, Par la porte de la cité ! Si vous avez en vous, vivantes et pressées, Un monde intérieur d'images, de pensées, De sentiment, d'amour, d'ardente passion, Pour féconder ce monde, échangez-le sans cesse Avec l'autre univers visible qui vous presse ! Mêlez toute votre âme à la création 1 NOVEMBRE Par-dessus l'horizon aux collines brunies, Le soleil, cette fleur des splendeurs infinies, Se penchait sur la terre, à l'heure du couchant; Une humble marguerite éclose au bord d'un champ, Sur un mur gris croulant parmi l'avoine folle, Blanche, épanouissait sa candide auréole I Et la petite fleur, par-dessus le vieux mur, Regardait fixement, dans l'éternel azur, Le grand astre épanchant sa lumière immortelle. « Et moi, j'ai des rayons aussi 1 » lui disait-elle. ^■c-e-fr^-s-s-^-^ Q Novembre ^^■^•^■^^^■•^■^^^^^
Pourvu que chacun de vous suive
Un sentier ou bien un sillon;
Que, flot sombre, il ait Dieu pour rive,
Et nuage pour aquilon;
Pourvu qu'il ait sa foi qu'il garde,
Et qu'en sa joie ou sa douleur
Parfois doucement il regarde
Un enfant, un astre, une fleur 1 > > La tombe dit à la rose :
£ « Des pleurs dont l'aube t'arrose > Que fais-tu, fleur des amours ? »
> La rose dit à la tombe :
£ a Que fais-tu de ce qui tombe l Dans ton gouffre ouvert toujours ? »
'> La rose dit: « Tombeau sombre, > De ces pleurs je fais dans l'ombre > Un parfum d'ambre et de miel. »
l La tombe dit : « Fleur plaintive, > De chaque âme qui m'arrive > Je fais un ange du ciel ! »
><->*4-+->*A<>-}.")-4- /J; Novembre A*4.*-M<-**4-> > ^ > On a toujours souffert ou bien on souffrira. £ Malheur aux insense's qui rient I > Le Seigneur nous relève alors que nous tombons. > Car il préfère encore les malheureux aux bons, > £ Ceux qui pleurent à ceux qui prient I > >
Heureux ceux que mon zèle enflamme !
Qui donne aux pauvres prête à Dieu.
Le bien qu'on fait parfume l'âme;
On s'en souvient toujours un peu !
Le soir, au seuil de sa demeure,
Heureux celui qui sait encor
Ramasser un enfant qui pleure,
Comme un avare un sequin d'or I >-9-*"4-><HKS.<M.<H> 6 Novembre +*■+♦+*■««■■«■*■«*•
Soit que juin ait verdi mon seuil, ou que novembre Fasse, autour d'un grand feu vacillant dans la
[chambre,
Les chaises se toucher,
Quand l'enfant vient, la joie arrive et nous éclaire.
On rit, on se re'crie, on l'appelle, et sa mère
Tremble à le voir marcher.
Lorsque je te contemple, ô mon charme suprême,
Quand ta noble nature, épanouie aux yeux,
Comme l'ardent buisson qui contenait Dieu même,
Ouvre toutes ses fleurs et jette tous ses feux ;
Ce qui sort à la fois de tant de douces choses,
Ce qui de ta beauté s'exhale nuit et jour,
Comme un parfum formé du souffle de cent roses,
C'est bien plus que la terre et le ciel, — c'est l'a--
[mour 1 <:">■><"*<>•;■<><><:«• 8 Novembre +■;-;•,>-*->;;-;::•:
Hélas 1 hélas ! dit le poète,
J'ai l'amour des eaux et des bois;
Ma meilleure pensée est faite
De ce que murmure leur voix.
Car la créature est sans haine :
Là, point d'obstacle et point de chaîne;
Les prés, les monts, sont bienfaisants ;
Les soleils m'expliquent les roses,
Dans la sérénité des choses
Mon âme rayonne en tous sens. Oui, de leur sort tous les hommes sont las.
Pour être heureux, à tous, — destin morose ! — Tout a manqué; tout, c'est-à-dire, hélas !
Peu de chose.
Ce peu de chose est ce que, pour sa part, Dans l'univers chacun cherche et de'sire :
Un mot, un nom, un peu d'or, un regard,
Un sourire !
»**«■>**«* 10 Novembre ->*-*-*****+-s
Le pâtre songe, solitaire,
Pauvre et nu, mangeant son pain bis,
Il ne connaît rien de la terre
Que ce que broute la brebis.
Pourtant il sait que l'homme souffre ;
Mais il sonde I'éther profond.
Toute solitude est un gouffre,
Toute solitude est un mont. Car, ô poètes saints I l'art est le son sublime, Simple, divers, profond, mystérieux, intime, Fugitif comme l'eau qu'un rien fait dévier, Redit par un écho dans toute créature,
Que sous vos doigts puissants exhale la nature,
Cet immense clavier 1 '«■«■■*■*<■<-:•<-;■+* Ï2 Novembre <-M^-<-<;-7-X"H< Nous vivons tous penchés sur un océan triste. L'onde est sombre. Qui donc survit ? Qui donc
[existe ?
Ce bruit sourd c'est le glas.
Chaque Hot est une âme, et tout fuit. Rien ne brille. Un sanglot dit : « Mon père ! » un sanglot dit : « Ma
[fille! »
Un sanglot dit : « Hélas ! » Sois calme. Le repos va du coeur au visage, La tranquillité' fait la majesté du sage.
Sois joyeuse. La foi vit dans l'austérité ; Un des reflets du ciel, c'est le rire des' femmes ; La joie est la chaleur qui jette dans les âmes Cette clarté d'en haut qu'on nomme Vérité.
***+-M>**-s-i'**I^i Novembre *•♦♦*■***•*■*♦■
Mes amis, qui veut de la joie ?
Moi, toi, vous. Eh bien ! donnons tous :
Donnons aux pauvres à genoux
Le soir, de peur qu'on ne nous voie.
Cet infirme aux pas alourdis
Peut faire en notre âme troublée
Descendre la joie étoilée
Des profondeurs du paradis.
Dans ta pensée, où tout est beau,
Que rien ne tombe ou ne recule !
Fais de ton amour ton flambeau:
On s'éclaire de ce qui brûle.
Garde ton amour éternel.
L'hiver, l'astre éteint-il sa flamme ?
Dieu ne retire rien du ciel.
Ne retire rien de ton âme.
-<..}.A//.A...< 16 Novembre •>*■<■<■<;■■$<■<-
Si vous n'avez rien à m'apprendre,
Pourquoi me pressez-vous la main ?
Sur le rêve angélique et tendre
Auquel vous songez en chemin,
Si vous n'avez rien à m'apprendre,
Pourquoi me pressez-vous la main ? Donnez I il vient un jour où la terre nous laisse. Vos aumônes là-haut vous font une richesse.
Donnez I afin qu'on dise : « Il a pitié de nous I » Afin que l'indigent que glacent les tempêtes, Que le pauvre qui souffre à côté de vos fêtes, Au seuil de vos palais fixe un oeil moins jaloux 1 ^*H*^H*?* ÏS Novembre ^^v^-^-^^^^vv^
Ce n'est pas à moi, ma colombe,
De prier pour tous les mortels,
Pour les vivants dont la foi tombe
Pour tous ceux qu'enferme la tombe,
Cette racine des autels !
Ce n'est pas moi, dont l'âme est vaine,
Pleine d'erreurs, vide de foi,
Qui prierais pour la race humaine,
Puisque ma voix suffit à peine,
Seigneur, à vous prier pour moi !
Vous, hommes de persévérance,
Qui voulez toujours le bonheur,
Et tenez encore l'espérance,
Ce pan du manteau du Seigneur I
Chercheurs qu'une lampe accompagne,
Pasteurs armés de l'aiguillon,
Courage à tous sur la montagne,
Courage à tous dans le vallon I «t.itti.j^i** 20 Novembre *-><-A<-«-!-«-*«-<--:-
Chaque chose et chacun, âme, être, objet ou nombre,
Suivra son cours, sa loi, son but, sa passion,
Portant sa pierre à l'oeuvre indéfinie et sombre
Qu'avec le genre humain fait la création !
Moi, je contemplerai le Dieu père du monde,
Qui livre à notre soif, dans l'ombre ou la clarté,
Le ciel, cette grande urne adorable et profonde
Où l'on puise le calme et la sérénité ! Êtes-vous sombre? Oui, vous l'êtes :
Eh bien 1 donnez; donnez encor.
Riche, en échange d'un peu d'or Ou d'un peu d'argent que tu jettes, Indifférent, parfois moqueur, A l'indigent dans sa chaumière, Dieu te donne de la lumière Dont tu peux te remplir le coeur !
******** 22 Novembre *****
Entre l'onde, des vents bercée,
Et le ciel, gouffre éblouissant,
Toujours, pour l'oeil de la pensée,
Quelque chose monte ou descend,
Et l'idée à mon coeur sans voile,
A travers la vague ou l'éther,
Du fond des deux arrive étoile,
Ou perle du fond de la mer !
Ne foule pas les morts d'un oeil indifférent:
Comme moi, dans leur ville il te faudra descendre.
L'homme de jour en jour s'en va pâle et mourant,
Et tu ne sais quel vent doit emporter ta cendre.
Mais devant moi ton coeur à peine est agité.
Quoi donc 1 pas un soupir ? pas même une prière ?
Tout ton néant te parle et n'est point écouté ! ->';-<•*--;-;.->«.-x- 24 Novembre *-,«■««■«*•*
Ainsi je rêve; ainsi je songe,
Tandis qu'aux yeux des matelots
La nuit sombre à chaque instant plonge
Des groupes d'astres dans les flots !
Moi que Dieu tient sous son empire,
J'admire, humble et religieux,
Et par tous les pores j'aspire
Ce spectacle prodigieux! Tandis que sur les bois, les prés et les charmilles, S'épanchent la lumière et la splendeur des cieux, Toi, poète serein, répands sur les familles, Répands sur les enfants et sur les jeunes filles, Répands sur les vieillards ton chant religieux !
Ce reflet des biens sans nombre,
Nous l'appelons le bonheur,
Et nous voulons saisir l'ombre
Quand la chose est au Seigneur I
Va, si haut nul ne s'élève :
Sur terre il faut demeurer ;
On sourit de ce qu'on rêve,
Mais ce qu'on a fait pleurer I
Les pauvres gens de la côte,
L'hiver, quand la mer est haute
Et qu'il fait nuit,
Viennent où finit la terre
Voir les flots pleins de mystère
Et pleins de bruit.
Ils sondent la mer sans bornes;
Ils pensent aux écueils mornes
Et triomphants;
L'orpheline, pâle et seule,
Crie : « O mon père ! » et l'aïeule
Dit ; « Mes enfants ! »
.-*•■}■■}■■?->**■»■■*•> 28 Novembre ■>*■?*+■>■>*■> Sois bonne et douce, et lève un front pieux.
Comme le jour dans les cieux met sa flamme.
Toi, mon enfant, dans l'azur de tes yeux
Mets ton âme !
Le pauvre, en pleurs sur le chemin,
Nu sur son grabat misérable.
Affamé, tremblant, incurable,
Est l'essayeur du coeur humain.
Qui le repousse en est plus morne;
Qui l'assiste s'en va content,
Ce vieux homme humble et grelottant,
Ce spectre du coin de la borne !
■b-4-i-4~ç-4"Ç-4-ï+44- 30 Novembre ^^■■ç.-ç-^^v-ç-';-
Matelots! matelots! vous déploierez les voiles,
Vous voguerez, joyeux parfois, mornes souvent ;
Et vous regarderez aux lueurs des étoiles
La rive, écueil ou port, selon le coup de vent.
Foudres vous nommerez le Dieu que la mer nomme;
Ruisseaux vous nourrirez la fleur qu'avril dora;
Vos flots refléteront l'ombre austère de l'homme.
Et vos (lots couleront, et l'homme passera ! DÉCEMBRE Donnez 1 pour être aime's du Dieu qui se fit homme, Pour que le méchant même en s'inclinant vous
[nomme, Pour que votre foyer soit calme et fraternel; Donnez ! afin qu'un jour, à votre heure dernière. Contre tous vos péchés vous ayez la prière
D'un mendiant puissant au ciel !
•^4.4.44.4.4.4.44.4,4. 2 Décembre v^v^v^-?-?-?-^
Il pleure, la nature est morte 1
O rude hiver ! ô dure loi !
Soudain un ange ouvre sa porte,
Et dit en souriant : « C'est moi 1 »
Cet ange qui donne et qui tremble,
C'est l'aumône aux yeux de douceur,
Au front crédule, et qui ressemble
A la foi, dont elle est la soeur 1
J'ai vu la vie en fleurs sur mon front s'élever
Pleine de douces choses.
Mais quoi ! me crois-tu donc assez fou pour rêver
L'éternité des roses ?
Les chimères qu'enfant mes mains croyaient tou--
[cher
Maintenant sont absentes.
Et je dis au bonheur ce que dit le nocher
Aux rives décroissantes.
•»■>*■$■$■ ^4-■$-$-'•$ ^- Décembre >->v-;-v $•**■;■+*>-
L'âme en vivant s'altère; et, quoiqu'on toute chose
La fin soit transparente et laisse voir la cause,
On vieillit, sous le vice et l'erreur abattu;
A force de marcher, l'homme erre, l'esprit doute.
Tous laissent quelque chose aux buissons de la
[route:
Les troupeaux leur toison, et l'homme sa vertu !
— Autour de vous tant de grâce étincelle,
Votre chant est si pur, votre danse recèle
Un charme si vainqueur,
Un si touchant regard baigne votre prunelle,
Toute votre personne a quelque chose en elle,
De si doux pour le coeur,
Que lorsque vous venez, jeune astre qu'on admire.
Eclairer notre nuit d'un rayonnant sourire
Qui nous fait palpiter,
Comme l'oiseau des bois devant l'aube vermeille,
Une tendre pensée au fond des coeurs s'éveille
Et se met à chanter !
<> 4-<>■*-<>*-s-^<^ 6 Décembre ^«J-*^-^*-^^
Puisqu'un Dieu saigne au Calvaire,
Ne nous plaignons pas, crois-moi.
Souffrons ! c'est la loi sévère;
Aimons 1 c'est la douce loi.
Vois ces penseurs que nous divinisons,
Vois ces héros dont les fronts nous dominent
Noms dont toujours nos sombres horizons
S'illuminent 1
Après avoir, comme fait un flambeau.
Ébloui tout de leurs rayons sans nombre,
Ils sont alle's chercher dans le tombeau
Un peu d'ombre.
{VUV.J;.V-H«. S Décembre v-j-w-*-:-*-^
L'espoir, c'est l'aube incertaine;
Sur notre but sérieux.
C'est la dorure lointaine
D'un rayon mystérieux.
C'est le reflet, brume ou flamme,
Que dans leur calme e'ternel
Versent d'en haut sur notre âme
Les félicités du ciel.
A ces démons d'inimitié
Oppose ta douceur sereine, •
Et reverse-leur en pitié
Tout ce qu'ils ont vomi de haine :
La haine, c'est l'hiver du coeur.
Plains-les ! mais garde ton courage,
Garde ton sourire vainqueur;
Bel arc-en-ciel, sors de l'orage !