‹ Recueil Victor HugoChapitre 3 sur 3 · ÏO Décembre · texte numérisé non relu

ÏO Décembre

Pensons et vivons à genoux.

Tâchons d'être sagesse, humilité, lumière;

Ne faisons point un pas qui n'aille à la prière,

Car nos perfections rayonneront bien peu

Après la mort, devant l'étoile et le ciel bleu.

Dieu seul peut nous sauver

Pleure afin de savoir 1 Les larmes sont un don.

Souvent les pleurs, après l'erreur et l'abandon,

Raniment nos forces brise'es;

Souvent l'âme, sentant, au doute qui s'enfuit,

Qu'un jour intérieur se lève dans sa nuit,

Répand de ces douces rosées!

>vcv;-:->-■-;■>.;■■: JJ Décembre -x ^'v:■;■•:■:■■ Dieu nous prête un moment les prés et les fontaines Les grands bois frissonnants, les rocs profonds et

[sourds, Et les cieux azurés et les lacs et les plaines, Pour y mettre nos coeurs, nos rêves, nos amours 1 Puis il nous les retire. Il souffle notre flamme. Il plonge dans la nuit l'antre où nous rayonnons, Et dit à la vallée, où s'imprima notre âme, D'effacer notre trace et d'oublier nos noms.

Je suis la Charité, l'amie

Qui se réveille avant le jour,

Quand la nature est rendormie,

Et que Dieu m'a dit: « A ton tour! »

Je viens visiter ta chaumière,

Veuve de l'été si charmant.

Je suis fille de la Prière,

J'ai des mains qu'on ouvre aisément.

4.4.4.4.4.4.4.4.4.4.4. j/j. Décembre -s-***-********- Tout, dès que nous doutons, devient triste et fa--

[rouche.

Quand il veut, spectre gai, le sarcasme à la bouche

Et l'ombre dans les yeux, Rire avec l'infini, pauvre âme aventurière, L'homme frissonnant voit les arbres en prière

Et les monts sérieux !

Lorsqu'il est temps que l'été meure

Sous l'hiver sombre et solennel,

Même à travers le ciel qui pleure

On voit son sourire éternel !

Car sur les familles souffrantes,

L'hiver, l'été, la nuit, le jour,

Avec des urnes différentes

Dieu verse à grands Ilots son amour.

;•*;•>-;+■;..;■"( 16 Décembre ■:<:■;•:•:::•- Quelquefois nous parlons, en remuant la tiamme. De patrie et de Dieu, des poètes, de l'âme

Qui s'élève en priant ; L'enfant paraît, adieu le ciel et la patrie Et les poètes saints ! la grave causerie

S'arrête en souriant.

Laissez, laissez brûler pour vous, ô vous que j'aime I

Mes chants dans mon âme allumés !

; Vivez pour la nature, et le ciel, et moi-même 1 ; Après avoir souffert, aimez !

; Laissez entrer en vous, après nos deuils funèbres, I L'Aube, fille des Nuits, l'Amour, fils des Douleurs, ". Tout ce qui luit dans les ténèbres,

Tout ce qui sourit dans les pleurs !

>•*«*<•<•■«•«■»*+•* 18 Décembre ««•M-*****-»-**- >. Frêle bulle d'azur au roseau suspendue, ► Qui tremble au moindre choc et vacille éperdue, t Voilà tous nos projets, nos plaisirs, notre bruit 1 y Folle création qu'un zéphyr inquiète 1 >. Sphère aux mille couleurs, d'une goutte d'eau faite 1 >• Monde qu'un souffle crée et qu'un souffle détruit ! O mon enfant, tu vois, je me soumets :

Fais comme moi; vis du monde éloignée;

Heureuse ? non ; triomphante ? jamais 1

— Résignée ! — Nul n'est heureux et nul n'est triomphant.

L'heure est pour tous une chose incomplète.

L'heure est une ombre, et notre vie, enfant,

En est faite.

■4->->+<-*<-<-<'■.■ 20 Décembre -M-:>■;:■■:•■:■■>:■

Courage 1 — dans l'ombre et l'écume

Le but apparaîtra bientôt 1

Le genre humain dans une brume,

C'est l'énigme et non pas le mot 1

Assez de nuit et de tempête

A passé sur vos fronts penchés;

Levez les yeux ! levez la tête I

La lumière est là-haut ; marchez ! L'hiver des nuages sans nombre Sort, et chasse l'été du ciel, Pareil au temps, ce faucheur sombre Qui suit le semeur éternel.

Le pauvre alors s'effraye et prie.

L'hiver, hélas! c'est Dieu qui dort; C'est la faim livide et maigrie Qui tremble auprès du foyer mort !

AW**V^ OjOi Décembre ^-^-s-^^ Oh ! que l'été brille ou s'éteigne, Pauvres, ne désespérez pas.

Le Dieu qui sourit et qui règne A mis ses pieds où sont vos pas !

Vous pour qui la vie est mauvaise, Espérez : il veille sur vous !

Il sait bien que cela pèse, Lui qui tomba sur ses genoux 1

Aimer c'est avoir dans les mains

Un fil pour toutes les épreuves,

Un flambeau pour tous les chemins,

Une coupe pour tous les fleuves.

Aimer c'est comprendre les cieux,

C'est mettre, qu'on dorme ou qu'on veille,

Une lumière dans ses yeux,

Une musique en son oreille 1 ■x-<■<>*■>',:■ >•;• 24 Décembre *+■;->»■<■->+■,•.■,•.+.,■• Si tu veux du repos, si tu cherches de l'ombre, Ta couche est prête : accours ! loin du bruit on y

[dort.

Si ton fragile esquif lutte sur la mer sombre, Viens: c'est ici recueil; viens, c'est ici le port 1 Ne sens-tu rien ici dont tressaille ton âme ? Rien qui borne tes pas d'un cercle impérieux ?

Sur l'asile qui te réclame, Ne lis-tu pas ton nom en mots mystérieux ? J'avais devant les yeux les ténèbres. L'abîme, Qui n'a pas de rivage et qui n'a pas de cime, Etait là, morne, immense, et rien n'y remuait. Je me sentais perdu dans l'infini muet.

Au fond, à travers l'ombre, impénétrable voile, On apercevait Dieu comme une sombre étoile.

Je m écriai : « Mon âme, ô mon âme 1 il faudrait, Pour traverser ce gouffre où nul bord n'apparaît, Et pour qu'en cette nuit jusqu'à ton Dieu tu marr

[ches, Bâtir un pont géant sur des millions d'arches 1 Qui le pourra jamais ? Personne ! ô deuil I effroi ! Pleure ! » Un fantôme blanc se dressa devant moi. Et me dit: « Si tu veux, je bâtirai le pont! » Vers ce pâle inconnu je levai ma paupière :

« Que] est ton nom ? » lui dis-je. Il me dit : « La

Prière ! »

*•*<>">■«>•«-*«!-*<-* 26 Décembre H).4.<).<.<.<.<>*<>^4.^

Oh I la chose est triste et fatale,

Lorsque chez le riche hautain

Un grand feu tremble dans la salle,

Retiété par un grand festin,

De voir, quand l'orgie enrouée

Dans la pourpre s'égaye et rit,

A peine une toile trouée

Sur les membres de Jésus-Christ I

Vous dont l'âme est forte,

Vous dont le coeur est grand, vous dites : « Que

[m'importe

Si le temps fuit toujours,

Et si toujours un souffle emporte quand il passe,

Pêle-mêle à travers la durée et l'espace,

Les hommes et les jours ! »

Car vous avez l'amour des choses immortelles :

Rien de ce que le temps emporte sur ses ailes

Des vôtres n'est tombé!

>-:>*+v',4-.-■-'- 2S Décembre f-x^:^.;-;-

D'autres yeux de ces Ilots sans nombre,

Ont vainement cherché le fond !

D'autres yeux se sont emplis d'ombre

A contempler ce ciel profond !

Le temps ! les ans 1 les jours 1 mots que la foule

ignore 1

Mots profonds qu'elle croit à d'autres mots pareils !

Quand l'heure tout à coup lève sa voix sonore.

Combien peu de mortels écoutent ses conseils ! ^4,^4.4.4.4.^ 30 Décembre +■*■»*•**■***■++

L'homme les use, hélas ! ces fugitives heures,

En folle passion, en folle volupté,

Et croit que Dieu n'a pas fait de choses meilleures

Que les chants, les banquets, le rire et la beauté !

Son temps dans les plaisirs s'en va sans qu'il y pense.

Imprudent 1 est-il sûr de demain ? d'aujourd'hui ? En dépensant ses jours, sait-il ce qu'il dépense ? Le nombre en est compté par un autre que lui ! L'année en s'enfuyant par l'année est suivie : Encore une qui meurt I Encore un pas du temps ! Encore une limite atteinte dans la vie !

Encore un sombre hiver jeté sur ny8fpr^nteti»çs>! Tj-p. Chamorot et rtnaou i.\l. 3t-

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