A UNE JEUNE MOLDAVE
ouvENT en respirant ces nocturnes haleines
Q.ui des monts éloignés descendent sur les plaines
Ou des bords disparus sur les vagues des mers.
On croit dans ces odeurs, que l'esprit décompose , Respirer le parfum des lis ou de la rose Apporté de loin par les airs.
L'imagination, cet œil de la pensée, Se figure la tige aux rochers balancée Exhalant pour vous seul son souffle du matin. « Je t'aime, lui dit-on, violette ou pervenche, « O sympathique fleur dont l'urne qui se penche « M'adresse ce parfum lointain !
(( Gomme un amant distingue entre de jeunes tètes, u Parmi ces fronts charmants qui décorent nos fêtes, H L'odeur des blonds cheveux dont se souvient son cœur, <( A travers ces parfums mystérieux et vagues « Que la brise des nuits fait flotter sur les vagues « Je démêle et bois ton odeur! »
Ainsi, fleur du Danube attachée à sa rive, A travers tes forêts ton doux encens m'arrive , Et mon cœur enivré se demande : « Pourquoi, Pourquoi la vierge assise au pied du sycomore. En murmurant les vers d'un pays qu'elle ignore, Rougit-elle en pensant à moi ? »
C'est que la poésie est l'haleine de l'âme , Que le vent porte loin aux oreilles de femme , Et qui leur parle bas comme une voix d'amant ; Que la vierge, attentive à la strophe touchante , Croit entre sa pensée et le livre qui chante Sentir un invisible aimant.
Oh! combien de baisers d'une bouche secrète Sur la page sacrée a reçus le poëte Sans en avoir senti le délirant frisson! Oh! qu'il voudrait, semblable aux notes de sa lyre. Aller boire un regard des yeux qui vont le lire, Envieux d'un rêve et d'un son!...
Paris, 24 Janvier iS3j