‹ Recueillements poétiquesChapitre 48 sur 126 · TROISIÈMES MÉDITATIONS POÉTIQUES · texte numérisé non relu

TROISIÈMES MÉDITATIONS POÉTIQUES

De marchander pour une obole La gloire d'une nation ' !

« Le chantre divin d'Herminie, Rongeant son cœur dans sa prison, Sous les assauts de l'insomnie Sent fléchir jusqu'à sa raison.

D'une haine injuste et barbare Les sombres cachots de Ferrare Éteignent-ils Paffreux flambeau r Non : la haine qui lui pardonne Lui laisse entrevoir sa couronne, Mais c'est plus loin que son tombeau !

. « Et toi, chantre d'un saint martyre, Toi que Sion vit adorer, Toi qu'en secret l'envie admire, En s'indignant de t'admirer; En vain, en rampant sur ta trace, La Haine avec sa langue efface Ta route à l'immortalité :

Trop grand pour un siècle vulgaire.

Ta gloire tristement éclaire Son envieuse obscurité'.

« En vain Timpure Calomnie Lançant ses traits sur l'avenir.

Ne pouvant nier ton génie.

S'efforce au moins de le ternir :

Comme un vaisseau voguant sur l'onde Traîne après soi la vase immonde Qu'il a soulevée en son cours,

Le Par jdis perdu, vendu pour dix guinées.

SUR L'INGRATITUDE DES PEUPLES, ryy

Ton nom, plus fort que l'injustice, Traîne ton Zoïle au supplice D'une honte qui vit toujours!

(( Meute hideuse qu'un grand homme Traîne sans cesse sur ses pas.

Toujours acharnés s'il vous nomme, Honteux s'il ne vous nomme pas; Je pourrais... Mais que ce silence Soit contre eux ma seule vengeance!

Les dieux nous vengent à ce prix.

Que l'oubli soit leur anathème; Que leurs noms n'héritent pas même L'immortalité du mépris!

a Vils profanateurs que vous êtes.

Aux yeux des siècles indignés Croyez-vous couronner vos têtes Des rayons que vous éteignez?

Non! la gloire par vous ternie Ne couvre que d'ignominie Un front que l'ombre aurait caché; Et de ce front livide et blême Le laurier tombe de lui-même, Flétri dès qu'il vous a touché! »

Il se tut : sa lyre plaintive Suspendit ses rhythmes touchants.

Croyant que l'écho de la rive Avait seul entendu ses chants.

Mais, par ses rivaux irritée, Sur ses pas la foule ameutée Suivait sa trace et l'entendit :

Leurs cœurs de venin se gonflèrent;

Au lieu d'applaudir ils sifflèrent; Car ainsi l'envie applaudit.

Du sein de la foule offensée De ces ennemis inhumains, Soudain une pierre lancée Va frapper sa lyre en ses mains.

L'aveugle en vain la presse encore.

Elle roule en débris sonore Du sein qui veut la retenir; Mais, en se brisant sous ce crime, Elle jette un accord sublime Qui retentit dans l'avenir!

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