‹ Recueillements poétiquesChapitre 8 sur 126 · A M. DE GENOUDE, SUR SON ORDINATION · texte numérisé non relu

A M. DE GENOUDE, SUR SON ORDINATION

Dieu seul remplira ton calice Des pleurs tombés d'en haut pour laver le péché , De la sueur de sang, et du tiel du supplice , Et de l'eau de l'égout par l'éponge séché. Comme ces purs enfants qu'à l'autel on élève Laissent tondre leurs fronts jusqu'au dernier cheveu , Tu couperas du fer les rejets de ta sève

Pour jeter ta couronne à Dieu.

Tu détacheras de nos voies les pieds nus qui suivront leurs sentiers à l'écart; Dans nos courtes douleurs, dans nos trompeuses joies, De notre pain du jour tu laisseras ta part; Tu ne combattras plus sous l'aube et sous l'étole : C'est la paix du Seigneur que ta main doit tenir ; Tu n'élèveras plus en glaive de parole

La voix qui ne doit que bénir.

Tu chercheras, le long du tieuve, Les rencontres du Christ ou du Samaritain ; L'infirme, le lépreux, l'orphelin et la veuve \iendront sous ton figuier s'asseoir dès le matin; Ton cœur vide de soins se remplira des nôtres. Ton manteau, si j'ai froid, l'hiver sera le mien. Et pour prendre et porter tous les fardeaux des autres

Ton bras déposera le tien.

Comme le jardinier mystique (^ui suivait d'Emmaûs, en rêvant, le chemin, Et , relevant les fleurs au soleil symbolique, Marchait en émondant les tiges de la main , Tu prendras dans chaque âme et dans chaque pensée Ce qui la fane aux bords ou la ronge au milieu. Ce qui l'incline à terre ou la tient atBiissée,

Et tu lèveras tout à Dieu !

Cependant trois enfants sans mère Te suivront du regard et du pied aux autels, Et se diront entre eux : « Ce saint fut notre père Quand il portait son nom d'homme chez les mortels. Et les peuples émus penseront en eux-même, Voyant leurs bras pendus à tes robes de lins, De l'amour du Seigneur combien il faut qu'on aime

Pour laisser ses fils orphelins 1

C'est ainsi que Sion contemple Le cèdre du Liban, taillé pour le saint lieu, Qui soutient la charpente et parfume le temple, Incorruptible appui de la maison de Dieu ; Tandis que les rejets de ses propres racines Reverdissent aux lieux qu'il ombrageait avant, Et , se multipliant sur les rudes collines,

Souffrent le soleil et le vent.

Toi pourtant, qui dans ta poitrine Oses prendre et porter l'aigle des vieilles lois. Comme Paul à Tarsys prit l'œuf de la doctrine Et le portait éclore au soleil d'autrefois, Ses ailes d'aujourd'hui les as-tu regardées? Sais-tu si deux mille ans l'oiseau n'a pas grandi "r Sais-tu quelle heure il est au cadran des idées.

Et si Taurore est le midi ?...

Si l'oiseau retourne à son aire?

Si l'œuf des vérités qu'il ne peut contenir N'est pas éclos plus loin , et n'a pas changé l'ère D'où son jour plus parfait datera l'avenir? Sais-tu quel vol nouveau son œil divin mesure? De quel nuage il veut s'abattre, et sur quels bords? Et, jusqu'au soir des temps pour qu'il se transfigure,

Combien il lui faut de Thabors?...

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