ACTE V
que le hasard m'avait refusés... Mais je m'étais trompée... il y a des choses que rien ne remplace... Âhl vous ne pouvez savoir, mon ami, ce que je sens là quand je rencontre une mère qui conduit son enfant par la main, et que je vois les passants leur sourire avec respect! (mie t'assied.)
MAURICE
Si c'est votre cœur qui parle, Madeleine, j'ai été dur pour vous ; jo vous demande pardon...
&IÂDELE1NE.
Si c'est mon cœur? Hélas! en doutez- vous? Ne voyez- vous pas que je suis à bout... que ma vie me fait horreur... que je n'en veux plus! que si un honnête homme ne me tend la main, enfin, je suis perdue... ohl bien véritablement perdue, allez! — Voyons, Maurice, répondez-moi avec loyauté: pouvez-vous, voulez-vous
m'aimer? (sile tombe k «renouz.)
MAURICE
Gela est sérieux, Madeleine, n'est-ce pas?
MADELEINE
II me demande si c'est sérieux! (Eiie se relève.)
MAURICE, arrc force.
Oui, je vous le demande, et vous allez savoir pourquoi. Ramener au bien, Madeleine, une femme égarée et digne d'amour, il n'est pas de cœur un peu généreux qui n'ait fait ce rêve, le plus séduisant des rêves! Pour moi, certes, je connais tous les dangers, toutes les déceptions possibles, toutes les misères certaines d'une (elle entreprise... et cependant, pour la tenter seulement, pour osj^ayer d'arracher à la dégradation une âme adorée et de la rendre à la pure lumière du ciel... j'affronterais... oh! de grand cœur! toutes les souffrances... même celle de la honte! Rien... non, rien ne me rebuterait, rien ne me ferait pâlir dans cette voie douloureuse, mais sublime, si je n'y devais être suivi pas à pas, jour par jour, par un fantôme éternel... qui est là... déjà... entre nous oleux,... tenez,... la défiance!
Vous ne me croyez pas?
MAURICE. '
Non... je ne vous crois pas.
MADELEINE
Mais, grand Dieul quel inlérêt pourrais-je avoir... que puîs-je espérer de vous, moi ?
MAURICE
Je vous résiste, vous voulez que je cède ! Il n'en faut pas plus.
MADELEINE
Ah I après ce que je lui ait dit!
MAURICE
Mais vous avez eu des amants, enfin... que leur disiez-vous?
MADELEINE, cachant «a tâte dam ses mains.
Ah ! rien de pareil, certes !
MAURICE
Un homm'e qui a été votre amant- me disait que vous étiez, vous, la belle rieuse, fort sentimentale dans le tète-à-tête... Que lui disiezvous donc, à celui-là?
MADELEINE, pleurant.
Ah ! Dieu I ah ! Dieu !
Enfin, que lui disiez-vous?
MADELEINE
Avouez... avouez que si je vous aime, pourtant, je dois bien souffrir I... Ahl que je voudrais être la Marguerite que vous avez aimée et qui est morte pleurée de vousl Ah! s'il y a réellement «ne autre vie, Maurice, et si nous nous rencontrons là, vous regretterez, vous vous repentirez... vous saurezalorssi je disais vrai !
MAURICE
Vous avez raison, pauvre fille... Quand la mort aura passé sur nous, alors seulement il n'y aura plus de doute sur votre amour ni sur le reste! Mais que cette scène soit sincère ou non, elle nous fait mal à tous deux : adieu !
MADELEINE le regarde d'un air égaré, puis tombe sur un fauteuil
et éclate de rire.
Ah! ma foi, monsieur, vous êtes un roc! c'est superbe! j'ai perdu! Ahl— Eh bien, maintenant que c'est fini, je vous dirai que TOUS avez été très-avisé... car je vous préparais un terrible ré-