SCÈNE VIII. LE COMTE, MAURICE
LE G^OMTE , lui prenant la main.
Mon pauvre jet cher Maurice I
MAURICE
MonJ)ieu I cousin ,"je ne vous dirai pas que je nage dans la joie, ce serait mentiri Mais je suis homme, et ce qui m'adoucit par-dessus tout cette déception... c'est de voir en de dignes mains ce qui m'échappe. Et croyez bien que j'aime assez mes amis pour les aimer heureux 1
LE COMTE
Ah! la fortune est décidément aveugle, car vous valez mieux que moil... et tenez, Maurice, je ne veux pas vous voler votre amitié : je n'en suis plus digne. J'ai accueilli des soupçons sur votre probité I et tout à l'heure, pendant votre entretien avec ce misérable, j'écoutais!...
MAURICE
Ah! eh bien, vous avez failli lui sauver la vie! car, moi, j'ai failli l'étrangler!...
LE COMTE
J'écoutais, et je doutais de vous, quand je suis entré... c'est odieux, n'est-ce pas?
MAURICE
Ce n'est pas bien ! mais les meilleures âmes ont leurs défaillances I Vous me rendrez peut-être quelque jour l'absolution que je vous donne en ce moment de grand cœur, (u lui tend u main. )
LE COMTE
De grand cœur!... Prouvez-le-moi! ,
Je vous le dfs, mon ami!
LE COMTE
Il me faut un plus fort témoignage sans lequel je ne crois ni à votre pardon, ni à votre amitié,
MAUaiGE.
Mais qu'est-ce donc ?
LE COMTE
Acceptez de moi voire part d'héritage I
MAURICE
Non !
LE COMTE, lai prenant 1a main.
Maurice, je vous en supplie...
MAURICE
Mon ami, un seul mot : sur votre honneur, ce que vous me demandez, le feriez-yOUS? (Le comte baisse la tête sans répondre.) Eh bien!
c'est jugé! Mais vous allez voir que je ne suis pas fier... Vous pouvez m'obligerl
 la bonne heure!
MAURICE
J'ai terminé mes études; Prague est un séjour maussade, j'ôime les arts, le théâtre; enGn, je désire habiter Vienne... D'ailleurs, cela me rapprochera de vous... Seulement mes ressources... bref, obtenez-moi quelque emploi dans un ministère, à la chancellerie, par exemple, je serai ravi !
LE COMTE
Von pauvre ami, rien de plus facile ; seulement, c'est trop peu... cela ne compte pas... Voyons, que pourrais-je donc faire pour contenter mon amitié et pour vous être sérieusement agréable?
MAURICE, souriant.
Eh bien!...
LE COMTE
Quoi donc?...
MAURICE
Embrassez-moi ! ( lu s'ombrassent. )
Fin DU PROLOGUE.