ACTE H
MAURICE
Mais pour le service que tu viens de rendre à l'humanité en général, et en particulier à moi, en donnant à cette honnête personne un remède suprême à ses ennuis.
MATTÉUS, l'obMrraat.
Ah çà, que t'a-t-elle donc fait cette pauvre enfant?
MAURICE
Rien! Je ne la connais pas. JeneTai jamais vue qu'au théâtre... Seulement ce vice insolent et triomphant m'irrite.. . et puis un brave garçon que je connaissais s'est tué pour elle... Enfin, je la hais, et je serai enchanté pour mon compte... Mais es-tu bien sûr de ton poison, au moins ?
MATTÉUS.
Comme de moi-môme, mon ami.
MAURICE
Et tu crois sérieusement qu'elle le prendra, ce poison?
MATTÉUS.
D'après ce qu'elle me disait en sortant, je le crois.
MAURICE, areo une TWaoitë inquiéta.
Comment ! ce» soir I tu crois I tout de suite ?
MATTÉUS.
Peut-être même est-ce déjà fait, et la charmante Madeleine a-t-elie rejoint cette pauvre Jessica. (u lui prend u m&in.) Eh bien, qu'est-ce que tu as donc, mon garçon?
Pourquoi me regardes-tu comme cela, toi?
MATTÉUS.
Mon ami, parce que j'observe en toi un intéressant effet de la lutte des passions : ainsi, au moment même où tu te dis heureux et satisfait, l'état déplorable do ta circulation m'avertit que tu vas le trouver mal... je te dis que tu te trouves mal... Voyons, assiedstoi, assieds-toi, nigaud (Maurice tombe «ur Tescabeau), et remOtS-toi.
Elle ne se tuera pas, va, n'aie pas peur... ces femmes-là ont toujours un poignard et du poison sur leur étagère... elle ne se tuera pas... et tu auras tout le temps de filer ta quenouille à ses pieds.
MAURICE, se leTant.
Eh bien, oui, jo l'aime ; après? Le mal n'est pas de ressentir ces indignes amours... il n'y a pas d'honnête homme qui ne soit exposé à ces surprises... le mal est de s'y abandonner lâchement... Est-ce que je l'ai fait? Il y a un an que je l'aime... que je l'aime follement... je la voyais au théâtre... j'admirais son talent... sa beauté... et tout à tout à coup j'ai senti celte odieuse passion m'entrer dans le cœur... Eh bien, dès ce moment. . le théâtre était ma plus chère distraction, tu le sais... j'y ai renoncé... Vingt fois des amis qui la connaissent, cette femme, m'ont offert de me présenter à elle... j'ai refusé.». On m'offrirait... tiens 1... toi, Mattéus... tu m'offrirais tout ton or pour le jeter à ses pieds, je refuserais... et elle-même serait là, — elle dont la pensée brûle mon sang et dont l'image flamboie devant mes yeux jusque dans mon sommeil, — elle serait là à genoux, me suppliant de lui dire un seul mot d'amour, — je refuserais.*.
UÂTTÉUS.
Bah ! enfant 1 et pourquoi ?
MAURICE
Pourquoi? Parce que, moi, je ne crois pas seulement à l'instinct, entends-tu? parce que je sens là, Mattéus, et contre ce simple sentiment, tous tes raisonnements sont de pauvres subtilités, va,— je sens qifil y a quelque chose de plus beau, de plus doux, de plus vrai que le plaisir... Il y a l'honneur, la dignité de la vie et l'estime de soil — Voilà les biens que j'ai gardés, et que je veux garder toujours, aux dépens de mon repos, au prix de l'insomnie, de la fièvre, de la douleur, au prix de ma vie, s'il le faut! — Adieu!
(U sort par le fond.)
MATTÉUS, seul.
C'est fort beau ce qu'il m'a dit là! Mais dans un mois il sera son amant.