‹ Rédemption: comédie en cinq actes et un prologueChapitre 39 sur 127 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

MAURICE

Mon cher comte, nous sommes reslés depuis deux ans presque étrangers Tun à l'autre. Vous êtes si heureux, si entouré, je sens si bien à quel point je vous suis inutile, que je me contente de vous voir passer, de sourire à votre bonheur, et de vous tendre la main de loin...

LE COMTE

Mon cher Maurice...

MADELEINE

Il me semble que j'ai entendu cette voix-là quelque part.

Moi, je suis seul au monde, vous savez... Je n'ai pas grand mérite à garder fidèlement le seul lien qui m'attache à quelqu'un sur la terre... Aussi je n'ai pas cessé de vous suivre des yeux et du cœur avec une affection fraternelle... Je vais vous le prouver... Mais auparavant j'ai besoin de savoir si l'homme à qui je m'adresse n'est pas changé pour moi... si je puis mettre aujourd'hui votre amitié à l'épreuve avec la même confiance qu'autrefois !

LE COMTE

Oui, Maurice, vous le pouvez, aujourd'hui, et toujours. Mais, mon ami (u se i&re), cette préface annonce quelque confidence délicate... Peut-être serait-il bon de l'ajourner à un autre temps et à un autre lieu... Ces loges de théâtre sont mal closes, peu discrètes...

MADELEINE

Ahl le traître 1

MAURICE

Non... le tsmps nous presse... et d'ailleurs aucun lieu ne saurait être mieux choisi pour ce que j'ai à vous dire... (lo comto se rassied

d'un air soucieux.) '

MADELEINE

Tiens I comment cela?... Mais où donc ai -je entendu cette voix ?

MAURICE

Écoutez-moi donc, mon ami, et pardonnez- moi... J'étais là dans la rue, tout à l'heure, mêlé à cette foule qui s'extasie devant vos galantes magnificences... Près de moi, des jeunes gens s'en-

Iretenaient de votre amour pour l'illustre comédienne, du souper qui doit vous réunir ce soir chez elle avec vos rivaux, et du choix qu'elle a promis de faire entre vous... Cette histoire est-elle vraie ?

LE COMTE

Elle est vraie... Mais je ne vois* pas...

MAURICE

Vous ne voyez pas de quel droit j'interviens en pareille affaire?... Cependant, cousin, vous m'avez dit autrefois qu*à Theure d*un danger, si grave qu'il fût, vous ne voudriez prendre conseil que de moi, de ma raison que vous jugiez droite, de mon cœur que vous estimiez sain : eh bien! je vous rappelle cette parole, car le danger est venu, et il est grand... C'est vous, n'en doutez pas,

que cette femme choisira... ( Mouvement du comte.)

MADELEINE) qai éooufe areo un intérdi croissant.

Cette femme I

MAURICE

Non pas seulement parce que vous êtes le plus riche, mais parce que vous êtes Iç meilleur, et que le venin s'attaque toujours aux fruits les plus purs...

LE COMTE

Maurice, je vous supplie...

MAURICE

Cette femme, je la connais mieux que vous ne pouvez le croire...

De grâce!.. .

MAURICE

Et je sais que jamais cœur plus sec, plus blasé, plus aride...

LE COMTE, prenant le parti de rire.

Mon ami !

MADELEINE, riant aussi.

Qa'il est gentil!

MAURICE

Plus froidement pervers,. .

LE COMTE, éclatant de rire.

Àhl ahl Ma foi! allez!... (n se lère.) Il est déchaîné!... (uadeleine rit en écho.) NonI Donl .alloz! C'ost quo je trouve plaisant

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