MADELEINE, MAURICE
MADELEINE, graiement.
Vrail vous voilà?
MAURICE
Oui, mademoiselle.
MADELEINE
Et-ce que vous étiez retourné chez vous ?
MAURICE
Oui, mademoiselle.
MADELEINE
Ce n*en est que plus aimable... Asseyez-vous donc... (lu s'assoient.) Eh bien l savez-vous ce qui se passe?
Non.
MADELEINE
Comment I vous ne devinez pas que je suis folle de vous ?
MAURICE, arec enabarras, la regardant.
Mademoiselle...
MADELEINE, riant.
Il le croît^ ma parole! eh bienl vous devez être content! vous êtes arrivé à votre but ?
MAURICE, froidement.
A mon but?
MADELEINE
Ah çà, monsieur Maurice, est-ce que vous me prenez pour une idiote, par hasard? Voulez-vous que je vous dévide fil par fil toute votre trame? Voilà longtemps, monsieur, je ne dirai pas... que vous m*aimez, maisque votre vanité, qui n'est pas mince, ambitionne ma conquête... Or, faire la conquête d'une femme comme moi, quand on n'est ni un grand homme, ni un homme riche, ni rien enfin... faire ma conquête, dis-je, quand on compte pour rivaux les noms les plus illustres d^rempire, et quand on n'a pour soi qu'un maigre
talent de bureaucrate et uuc bizarrerie d'esprit voisine de l'égarement, c'est une entreprise non petite, sur ma parole! Mais quoi ! la ruse supplée à la force, n'est-ce pas, monsieur? On n'est pas de taille pour un assaut... on creuse une mine... on va partout diffamant l'objet de ses vœux... on affecte d'éviter celle que tout le monde recherche, on l'appelle créature, on fait enfin à {jrand fracas le dédaigneux et le puritain, espérant que l'agacement et la curiosité nous serviront mieux que notre mérite , et qu'un jour viendra où la dame pourra dire entre deux bâillements : Ah çà, qu'est-ce que c'est donc que ce monsieur-là?
MAURICE, s'iDClinanH.
Et ce jour est venu?
MADELEINE, se levant.
Oui, monsieur, ce jour est venu. Le système était donc excellent. Seulement vous vous êtes mépris sur la nature du sentiment qu'il vous devait rapporter... Je pense que je me fais entendre, monsieur... La leçon que je vous donne ici, il n'a tenu qu'à moi de vous la donner publiquement ce soir, et sanglante... mais j'ai voulu vous contraindre à tne reconnaître désormais au moins un© vertu : la générosité !
MAURICE, se levant.
Mademoiselle, je vous suis fort reconnaissant, mais si j'étais capable de la persévérance héroïque que vous avez bien voulu me supposer, soyez assurée que je l'appliquerais à quelque but... meilleur.
MADELEINE
Outrager n'est pas répondre, et outrager une femme, en tout cas, n'est pas répondre en brave.
MAURICE, aTcc grâce.
Mon Dieu I mademoiselle, recevez toutes mes excuses : rien n'est plus loin de ma pensée que de vous offenser... mais il faut pardonner un p3u d'humeur à un homme qu'on vient réveiller à trois heures du matin pour lui faire subir une exécution aussi mortifiante qu'inexplicable 1
MADELEINE
Inexplicable! mais voyons! est-ce vrai, oui ou non, ce que j'ai dit ? M'avez-vous évitée ? M'avez-vous décriée? M'avez-vous ap-