‹ Rédemption: comédie en cinq actes et un prologueChapitre 57 sur 127 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

pelé3 créature, spectre, vampire, est-ce que je sais?... Eh bien t pourquoi vous occupiez-vous de moi ? qui est-ce qui vous en priait? Allons donc! soyez franc I vous m'aimiez... à votre manière... et V0U3 espériez vous faire aimer à coups de singularités!

MAURICE, ar90 une fermeté tranquille .

M.idemoiselle Madeleine, je vais être franc, puisque vous le voulez... Je ne vous accuse en aucune façon : vous êtes sans doute ce que des circonstances indépendantes de votre volonté vous ont faite I Mais, telle que vous êtes, le plus grand malheur qui puisse arriver à un honnête homme, suivant moi, c'est de vous aimer. J'ai donc employé toutes mes forces à préserver de ce malheur les deux êtres qui m'intéressent le plus au inonde : le comte Jean et moi. Yoilà tout mon système, et toute la vérité.

MADELEINE

Ah ! vous avouez au moins que vous avez eu peur de m'aimer I

MAURICE

Très peur, mademoiselle.

MADELEINE, avec une coquetterie êmtte.

Eh bien, en vérité, je ne comprends pas ce qu'un homme comme vous aurait pu aimer en moi, par exemple.

Ni moi... (La regardant en face.) Seulement, Madeleine, si je savais qu'il existât quelque part sur la terre, dans le coin le plus reculé du monde, une femme qui vous ressemblât... qui eut été douée comme vous l'êtes et qui eût fait de ses dons un plus noble usage... qui eût, avec votre sourire et vos yeux, un cœur pur et fidèle, je partirais... j'irais... n'importe comment I à genoux s'il le fallait... lui porter mon cœur... et lui donner ma vie! — Vous, adieu!

MADELEINE, très-émue, le retenant.

Non... M'avez-vous reconnue, ce soir, à la porte de cette église?

MAURICE, reprenant sa -froideur.

Non, pas dans le moment... Mais depuis j'ai su que c'était vous.

MADELEINE

Et qu'avez-vous pensé que j'allais faire là?

76 RÉDEMPflON.

MACRIGE.

Hien. Changer d'air!

MADELEINE

Changer d'air, en effeti (eiio paise.) Et si je voulais changer ma vie, que diriez-vous?

MAURICE

Il est très-possible que la pensée vous en soit venue... ces caprices d'honnêteté ne sont pas rares... On se donne un moment la comédie de la vertu... puis on rentre daqs son hôtel... on remet SCS diamants... et tout est dit...

MADELEINE, 6Unt tes br&oelats et les laiwanl tomber aux pieds de Maurice.

Et si je les donnais aux pauvres ces diamants... et cet hôtel... et toutl Comédie encore, n'est-ce pas?

MAURICE

Peut-être.

MADELEINE

Et si je vous aimais, Maurice, enfin!... si vous me voyiez devant vous, brisée de regrets, de remords, de honte... pour des fautes bien moins graves, pourtant, que vous ne le croyez... comédie toujours, dites?

MAURICE, d'une toIx plus faible.

Je ne sais !

MADELEINE

Ah ! c'est que vous n'avez aucune idée de ma vie, voyez-vous ! Il n'y a pas grand mérite, allez, à être une femme de bien quand on a été élevée dans une famille de braves gens, par une bonne mère... La mienne était bohème... mais une vraie bohème... une égyptienne qui jouait la comédie dans les granges de village, et qui me battait quand j'étais plus applaudie qu'elle... Voilà les premières leçons de morale que j'aie reçues, moi... et je vous passe les autres... Du reste, rien... pas plus de catéchisme que do grammaire*... Si je ne suis pas la dernière des ignorantes et des filles perdues, c'est bien à moi seule que je le dois, Maurice... car dès que j'ai pu penser, j'ai bien compris que pour échapper au désespoir je n'aurais qu'un refuge, le talent, la réputation, la gloire peut-être! Je croyais que cela suffirait, que cela remplacerait tous ces biens qui sont le patrimoine des plus misérables, et

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