ACTE I
co que c'est que la Madeleine du Théûlrc-Iiiipérial, mon puni? Elle est née sous un joyeux rayon de soleil qui n'a plus quilté son front! Sa vie est une fùte qui n'a pas do lendemains... Les fleurs poussent le malin sous ses pieds et pl-auvent sur sa tôle le soir. C'est une créature aimée de la fortune, api)laudie, adorée, heureuse (le vivre, qui {)romène à travers le monde ébloui sa gaieté sans trêve et son insouciance éternelle! Voilà comme je m'ennuie, mon père!
LE PRIEUR
Vous me jugerez opiniâtre, mademoiselle, niais j'ensuis pour ce que j'ai dit. Vous vous ennuyez (avec force), et mortellemenl!
MADELEINE, se rasseyant brusquement et d'une voix sombre.
Eh bien! c'est vrai! avec tout cela, je m'ennuie, et mortellement, c'est le mot! Et voilà pourquoi je me suis mise en marche ce soir brusquement pour aller de rivage en rivag^ je ne savais où... ici d'abord, consulter les sages et les saints sur le mal étrange qui a fondu sur moi tout à coup et qui me dévore au milieu de mes triomphes et de ma splendeur!
LE PRIEUR, arec gravité.
Ce mal est le bien suprême, ma fille, et son nom, c'est Tàme.
MADELEINE, amèrement.
L'àme!... je ne connais pas cela, mon père... Je n'y crois pas!
LE PRIEUR
Non... vous n'y croyez pas... Et cependant cette vie brillante que vous me décriviez tout à i'heure, Madeleine, quelles joies refuse-t-elle à vos sens ou à votre esprit? S'il n'y a rien de plus en vous, pourquoi souffrez-vous? Cette voix dont le gémissement vous trouble au milieu de votre ivresse, d'où vient-elle, dites-le-moi?
MADELEINE
Mon père... (elle se lève.)
LE PRIEUR, se levant.
Ah! c'est qu'il y a, ma fille, je l'ai éprouvé, il y a dans la vie de tous ceux qui ont égaré leur jeunesse, une heure inévitable, solennelle, où le principe divin qu'ils ont pu endormir, mais non étouffer, se réveille et leur parle! Il prononce à leur oreille avec un attrait irrésistible des mois inconnus : devoir, piété, sacrifice...
n RÉDEMPTION.
C'est i'iiejre où los libertins et les courtisanes, éloignés soudain par un morne dégoût de tout ce qui leur fut cher, rôdent furtivement autour de la vertu, n'osant l'approcher et voulant la connaître. C'est l'heure, ma fille, où les reines de beauté ôtant leurs diamants avec pudeur, et se couvrant de leurs robes les plus simples, s'échappent de leurs palais pour venir à pied, dans la neige, fairj visite aux pauvres!
MADELEINE
Ah! mon père, ne me poussez pas! car si je croj'ais à cela, si je croyais à Dieu, ce serait donc pour le maudire, ce Dieu qui m'aurait jetée, seule, sans guide, avant l'âge de raison, dans une vie irréparable, ne me laissant, le jour où cette vie me ferait horreur, d'autre ressource que le désespoir !
LE PRIEUR
Ma fille, ceux que les vices du monde ont placés hors de la loi commune, croyez que réternelle bonté ne les abandonne pas! Elle leur réserve plus d'un moyen de consolation, de salut, et celui qu'elle vous garde est p?ut-ètrc le plus doux et le plus puifs.mt de tous...
MADELEINE
De quoi parlez-vous, mon père?
LE PRIEUR
Mon enfant, ces vertus, ces joies, ces douleurs même dont vous êtes altérée, un seul sentiment peut vous les donner toutes, si jamais il jaillit pour vous d'une source pure.
MADELEINE
Mon père, je ne sais si je vous comprends, mais jamais tendresse humaine n'est entrée ni n'entrera dans ce sein de marbie.
LE PRIEUR
Le marbre ne reçoit qu'une empreinte, m.ais éternelle.
MADELEINE
Mon père, il n'est pas de souffle humain qui puisse é\e;ilcr une étincelle dans cet amas de cendres que j'ai à la place du cœur.
LE PRIEUR
La foudre enflamme jusqu'aux cendres, Madeleine, et vous serez fr.:ppée de la foudre... Allez en paix, mon enfant.