I.es Mêmes , EDGAR
Edgar. Il vous écoute !... il est à vos pieds !...
albéric. Quoi! il a osé...
Edgar. U a osé braver votre courroux saint et légitime... il est venu s'offrir à vos coups; mais avant de le frapper, écoutez-le du moins, car le juge écoute le repentir du coupable.
albéric. Retirez-vous !
édith. Albéric!...
Edgar. Mon père !... je ne veux pas excuser ma conduite; je suis criminel, et je pleure mes fautes ; entraîné par de faux amis, dominé par de mauvaises passions, j'ai fui notre manoir; trop jeune pour comprendre l’amour d'un |)ère, le vrai trésor d’un enfant, je l'ai sacrifié à un autre autour, à un amour menteur et funeste!... et quand je cherchais la liberté et le bonheur, je n’ai trouvé que le désespoir et le remords !... Oh! par combien de tortures et de larmes le ciel a exaucé l'anathèniequc vous avez alors jeté sur ma tête !...
KEDGAUNTLET.
Tralii par celle pour qui je vous avais fui , repoussé par ces amis perfides qui m’out quitté avec la richesse, je me suis trouvé seul au inonde, sans un cœur pour me plaindre, sans une main pour me secourir. Alors j’ai cherché la mort sur les champs de liataille; mais cette mort a semblé me fuir comme indigne d'elle , ou plutôt Dieu m’a dit : « Ton père n’a pas pardonné, tu ne peux pas mourir encore ! • Une main invisible m'a poussé vers vous... je suis venu, et me voilà à vos pieds !
albéric. Retirez-vous , vous dis-je!... si Dieu vous a inspiré de veoir vers moi, il ne m'a pas inspiré de vous faire grâce.
Edgar. Je ne demande pas grâce , mon père, je ne demande que pitié!... punissezmoi comme un (ils rebelle , mais un instant, un seul instant encore regardez-moi comme votre enfant!... tournez vers moi un visage sans colère ; que je puisse lire encore une fois sur vos traits cette tendresse qui fut le culte de mon enfance, dusse-je mourir après du désespoir de l'avoir perdue !... Mon père . je vous implore comme l'âme en peine implore la face de Dieu!... Mon père !... je frappe la terre de mon front , je mouille vos habits de mes larmes! n’aurez-vous pas pour moi un seul regard de pitié?...
ÊDlTit. Albéric ! pardonnez, je vous en prie !... et, s'il le faut, je vous l’ordonne !
airêric. Manière!... vous le voulez... je le dois... Edgar! (Se retournant vers lui et lui tendant les bras.) Mon enf... (Reculant tout d coup.) Que vois-je!... cette marque , ces couleurs, celles de Baliol, celles du traître!...
Edgar. Mon père , je vous l’ai dit : dans mon désespoir, dans ma misère, je cherchais la mort sur le champ de bataille, peu m'importait dans quel parti. Baliol me tendit le premier une main secourable, j’adoptai sa bannière... ah! c’était pour mourir!
albéric. Misérable!... tu étais dans les rangs de ces brigands qui ont pillé mon château , massacré mes vassaux , qui ont voulu assassiner ta mère !... plus de grâce pour toi, plus de pitié, plus de merci !
edgar. Mon père, vous accusez à tort Baliol de ces excès et de ces brigandages qu'il désavoue et qu’il flétrit. Macalbane seul et ses lâches vassaux sont coupables des crimes que je viens d’apprendre.
albéric. Macalbane sert comme toi sous la bannière de celui qui n’a pas craint d’appeler les Anglais pour souiller le sol de l'Ecosse, qui mendie une usurpation aux armes étr.ngères, qui demande la tyrannie à la trahi un!... Tu es son soldat à lui, et moi je suis de la noble famille qui défend l'Ecosse |mi l'Ecosse! nos rangs sont opposés, nos
camps sont ennemis... Arrière, Edgar, arrière, car entre nous deux il n'y a qu’un parricide.
édith. Insensé!...
edgar. Si dure que soit votre parole envers Baliol et moi-méme, je n'y répondrai i pas, tnon père; mais je vous dirai : Baliol est vaincu , proscrit , fugitif ; désespérant après sa défaite de jamais relever son parti et ne voulant pas prodiguer inutilement le sang de ses guerriers , il nous a rendu nos serments. ..
albéric. Et moi je garde les miens... j'ai juré haine et guerre éternelles à quiconque a pu combattre sous ces drapeaux détestés...
Edgar, tu n'es plus mon fils... je n’ai plus d'enfant que celui qui va naître.
édith. Albéric, ces yeux déjà usés par l'âge n'ont plus de puissance dans la vie mortelle, mais ils lisent dans l'avenir... c’est une seconde vue merveilleuse et terrible qui commence à l'heure où va cesser la première.
Albéric, tremblez qu'une fatalité éternelle punisse cette inflexible dureté. Tremblez que le châtiment soit à son tour impitoyable comme la faute.
edgar. Mon père ! une dernière fois, au nom de mes larmes!...
édith. Au nom du ciel!...
cris, derrière la coulisse. Saint André pour Bruce et pour l'Écosse !
david, entrant. Monseigneur! vos archers sont prêts.
albéric. Vous l’entendez? Ils m’attendent... Ils ne voudraient plus pour chef de celui qui aurait violé le premier les serments qu'il leur a fait jurer... qui aurait serré la
main d'un traître! Adieu! adieu, ma
mère !...’ quelle que soit ma destinée, je l'ac- * cepte... mais je ne me connais plus d’enfant que celui qui va naître, (.lux archers.) Amis, mort à Baliol... mort à Macalbane.
TOUS, en sortant . Mort à Baliol!... Mort à Macalbane !
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SCfr.NE VIII.