CHAPITRE: U
quelque mouvement de componction, à remettre la comrauniç9.tioi;i de la fâcheuse nouvelle à son fils jusqu'après l'affaire du jour. Il se persuada que le délai ne pouvait être de grande conséquence poui: Darsie Latimer, dont une captivité accidentelle, ainsi prolongée de quelques heures seulement de plus, serait, se disait-il, un châtiment justement mérité par sa folie. D'ailleurs, il aurait ainsi te temps de parler au sheriff du comté, — peut être à l'avocat du roi , — et de donner à Taffai-re une marche régulière, ou, pour employer l'expression où se résumaient pour lut ses devoirs comme procui'eur, d'agir comme it accord '.
Le pian, comme noas l'avons vu, avait à demi réussi , et n'avait déftmlivemeet échoué, il se l'avouait à sa honte, que par l'inadvertance, tout-à-fait indigne d'un homme d'affaii-es , qu'il avait eue de fourrer la lettre du prêvt)t, dans la hâte et te trouble de la matinée, parmi quelques papiers appartenant à l'affaire de Peter Peebles , et de la passer ensuite à son fils sans s'apercevoir de la bévue. Jusqu'au jour de sa mort il protesta que, sauf en cette malheureuse occasion, où il avait s( particulièrement eu lieu de déplorer sa négligence, il ne s'était jamais rendu coupable de l'inattention de laisser sortir une pièce de ses mains sans en avoir regardé l'étiquette.
Troublé par ces réflexions , le vieux Saunders , pour la première Ibis de sa vie, éprouvait quelque répugnance, produite par la honte et la contrariété, à se trouver vis-à-vis de son fils; de sorte que pour reculer de quelques moments une entrevue qu'il craignait devoir être pénible, il se rendit chez le sheriff, qu'on lui dit être parti en toute hâte pour Dumfries, afin de surveiller en personne l'instruction commencée par son substitut. Le greflier du sheriff ne put dire que peu de choses sur l'affiiire du Sohvay, sauf qu'elle avait été sérieuse, que les propriétés avaient souffert de grands dommages, et que des violences personnelles avaient été exercées sur quelques Individus; mais qu'il n'avait pas appris que personne eût perdu la vie.
M. Fairford fut obligé de revenir chez lui avec ces nouvelles; et s'étant Informé à James Wilkinson où était son flls, il reçut pour réponse que M. Alan était dans sa chambre, et très affairé.
— Il faut en finir de notre explication , se dit Saunders Fairibrd : mieux vaut un doigt coupé que toujours pendant.
Il alla à la porte de l'appartement de son flls et frappa d'abord doucement, — puis plus fort, — et sans recevoir de réponse. Quelque peu alarmé de ce silence, il ouvrit la porte : — la chambre était vide, — et des vêtements étaient épars péle-méle avec des livres de droit et des papiers , comme après un emballage précipité d'effets pour un voyage.
' ^0«; os accardi. Phrase de jurUprudence écossaise, doni I9 690» ^\ un peu >^gue, in«iis QUI signifie, çn général, faire ce qui con\ient. (W, S.)
172 REDGANTLET.
Les yeux inquiets de M. Fairford se portant autour de lui, il aperçut une lettre cachetée et à son adresse posée sur le bureau de son fils. Cette lettre contenait ce qui suit :
« Mon cher père,
» Vous ne serez, j'espère, ni surpris, ni peut-être même très mécontent, d'apprendre que je suis maintenant en route pour le comté de Dumfries, afin de me livrer à des investigations personnelles sur la situation actuelle d'un ami qui m'est cher, et lui porter tel seeours qui sera en mon pouvoir, secours qui, je l'espère, arrivera à temps. Je ne me permettrai aucune réflexion sur le parti que vous avez cru devoir prendre de me cacher une nouvelle de tant de conséquence pour ma tranquillité d'esprit et mon bonheur ; mais j'ai l'espoir que ce silence de votre part sera , sinon une excuse , du moins un adoucissement à la faute que je commets en ce moment, en prenant un parti de tant de conséquence sans consulter votre bon plaisir, et, je dois môme l'avouer, dans des circonstances qui auraient pu vous faire désapprouver mon projet. Tout ce que je puis dire comme surcroît d'excuse , c'est que si, à Dieu ne plaise I quelque chose de malheureux était arrivé à celui qu'après vous j'aime le plus au monde, ce serait pour moi un sujet d'éternels regrets qu'ayant été prévenu de son danger, et ayant eu jusqu'à un certain point les moyens d'y obvier, j'eusse donné mon attention à la malencontreuse affaire de ce mntin plutôt que de courir sur-le-champ à son aide. Nulle vue de distinction personnelle n'aurait pu me retenir ici jusqu'à ce jour; il ne fallait pour cela rien moins que vos vœux si souvent et si instamment exprimés : ayant fait ce sacrifice au devoir filial , j'espère que vous m'excuserez si j'obéis maintenant à l'appel de l'amitié et de l'humanité. Ne soyez nullement inquiet .sur mon compte ; je me flatte de savoir me conduire avec la prudence convenable en toute occurrence possible , sans quoi je n'aurais guère profité de tant d'années d'études légales. Je suis sufllsamment pourvu d'argent , et je le suis aussi d'armes , en cas de besoin -, mais vous pouvez compter sur ma prudence pour éviter toute occasion d'user de celles-ci, tant que je n'y serai pas poussé par la dernière nécessité. Que le Tout- Puissant vous bénisse, mon père, et fasse que vous pardonniez le premier, et, je l'espère, le dernier acte approchant d'une désobéissance préméditée, dont j'aie eu jusqu'ici et dont j'aurai à l'avenir à m'accuser I Je reste , jusqu'à la mort , votre respectueux et affectionné fils
» Alan Fairford.
P. S. — Je vous écrirai avec la plus grande régularité, pour vous informer de tous mes mouvements et vous demander vos conseils.