CHAPITRE XXI
tant devant une cour de justice que dans ta société des Amis, comme ils s'intitulent, qui seront médiocrement charmés de voir leur hypocrisie démentie par des procédés violents de cette nature.
— Moi violent! dit Josué ; moi faire quelque chose de contraire aux principes des AmisI Je te défie, homme pervers, et je te somme, comme chrétien, de cesser de tourmenter mon àme par de telles accusations. Il est assez triste pour moi d'avoir vu des violences que j'étais hors d'éiat d'empêcher.
— O Josué, Josué, répliqua Redgantlet avec un sourire sardonique ; toi la lumière des fidèles de la ville de Dumfries et lieux circon voisins, peux-tu dévier ainsi de la vérité? N'as-tu pas, devant nous tous, essayé de soustraire un homme au warrant de la loi? N'as-lu pas encouragé cet ivrogne à tirer son arme du fourreau, — et toi-même, n'as-tu pas brandi ton bâton dans la cause? Penses-tu que les attestations sous serment de l'offensé Peter Peebles et du consciencieux Cristal Nixon , outre celles des témoins de cette scène étrange , qui non seulement jurent aussi aisément qu'ils changent d'habit, mais pour lesquels, en matière de douane, les serments sont littéralement le boire et le manger, — penses-tu , dis-je, que leurs attestations sous serment n'auront pas plus de poids en cette affaire que tes oui et tes non ?
— Je jurerai tout ce qu'on voudra, dit Peter. Tout est juste quand on en vient à un serment ad litem.
— Vous me faites cruellement injure, répliqua le quaker sans se laisser déconcerter par le rire général. Je n'ai pas encouragé à tirer les armes du fourreau, quoique j'aie cherché à toucher un homme injuste par le raisonnement; — je n'ai pas brandi mon bâton, quoiqu'il puisse se faire que le vieil Adam ait lutté en moi et m'ait ftiit serrer mon bâton de chêne plus fortement que d'habitude, quand j'ai vu l'innocence succomber sous la violence. — IMais pourquoi te parler de ce qui est vrai et juste, à toi qui depuis tes jeunes années es un homme de violence? Laisse-moi plutôt te parler un langage que tu puisses comprendre. — Remets ces jeunes gens entre mes mains, continua-t-il après avoir conduit Redgantlet un peu à part de la foule, et non seulement je te libérerai de la lourde responsabilité de dommages et intérêts que lu as encourue en violant ma propriété, mais j'ajouterai une rançon pour eux et pour moi. A quoi le profiterait d'en agir violemment avec ces jeunes gens, et de les retenir captifs?
— Monsieur Geddes, dit Redgantlet d'un ton plus respectueux que celui dont il avait usé jusqu'alors avec le quaker, votre langage est désintéressé, et j'ai égard à la fidélité de votre amitié. Peut-être nous sommes-nous mépris l'un et l'autre sur nos i)rincipcs et nos motifs respectifs ; mais s'il en est ainsi, nous n'avons pas de temps en ce moment i)Our desexplications. Rassurez-vous. J'espère élever voire ami Darsie Latimer à une situation éminente que vous verrez avec plaisir ; — bien, bien, ne
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cherchez pas à me répondre. L'autre jeune homme subira une captivité de quelques jours , — peut-être môme de quelques heures seulement : — ce n'est pas plus qu'il ne mérite pour sa présomptueuse intervention dans ce qui ne le regardait pas. Vous, monsieur Geddes , soyez assez prudent pour monter à cheval et quitter ce lieu', qui de moment en moment devient un séjour moins convenable pour un homme de paix. Vous pouvez attendre l'événement en toute sûreté à 3Iont-Shaaron.
— Ami, repartit Josué , je ne puis me conformer à tes avis ; je resterai ici, dussé-je y être ton prisonnier, comme tu m'en menaçais tout-àl'heure, plutôt que d'abandonner à son élat actuel de sûreté précaire un jeune homme qui a souffert à cause de moi, et par suite de mes infortunes. C'est pourquoi je ne monterai pas mon cheval Salomon , non plus que je ne lui ferai tourner la tête du côté de Mont-Shaaron, avant d'avoir vu la fm de tout ceci.
— Il faut donc que vous restiez prisonnier. Je n'ai pas le loisir de discuter plus long-temps avec vous. IVIais pourquoi donc tenez-vous les yeux si attentivement fixés sur ces gens qui sont venus avec moi ?
— A vrai dire, répondit le quaker, je m'émerveille de voir parmi eux ce petit misérable Benjie, à qui Satan a, je crois , donné le pouvoir de se transporter partout où il y a du mal à faire ; de sorte qu'on peut dire avec vérité qu'il ne se fait rien de mal dans ce pays sans qu'il n'y ait un doigt, sinon toute la main.
L'enfant, qui vit leurs yeux arrêtés sur lui pendant qu'ils parlaient, parut embarrassé et passablement désireux de s'esquiver; pourtant il s'approcha sur un signe de Redgantlet, en se donnant l'air niais et rustique sous lequel le petit sacripant cachait autant de finesse que de friponnerie.
— Depuis combien de temps êtes-vous avec nous, drôle? lui demanda Redgantlet.
— Depuis l'affaire des filets , répondit Benjie, en tenant un doigt à sa bouche.
— Et qui vous a fait nous suivre?
— C'est que je n'osais rester à la maison, de peur des constables.
— Et qu'avez-vous fait tout ce temps?
— Ce que j'ai fait, monsieur? — je ne sais pas ce que vous appelez faire ; — je n'ai rien fait. — Mais voyant dans le regard de Redgantlet quelque chose avec lequel il ne fallait pas badiner, Benjie ajouta : — je n'ai rien fait qu'attendre ce que me commanderait ]>L Cristal Nixon.
Hum! — ha! — vraiment? murmura Redgantlet. Il faut que
M. Nixon mette aussi ses gens en campagne? — Ceci demande à être examiné.
Il allait poursuivre son enquête, quand Nixon lui-même vint à lui précipitamment et l'air soucieux. — Le Père est arrivé, dit-il bas à son maître ; ces messieurs se réunissent dans la plus grande salle de la mai-