‹ RedgauntletChapitre 127 sur 152 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

— A-t-on jamais ouï parler, exclama Fairford, d'un avocat contraint de retourner à sa tâche comme un charbonnier ou un saulnier qui a déserté son maître'?

— Je ne vois pas la raison pour laquelle cela ne serait pas, dit sèchement Redgantlet , si ce n'est sur ce fondement que les services de l'homme de loi sont les plus coûteux et les moins utiles.

— Vous ne pouvez regarder ceci comme sérieux, reprit Fairford ; il ne peut être réellement dans vos intentions de profiter d'une aussi misérable invention pour éluder la parole que m'a engagée votre ami, votre, père spirituel. Ce peut avoir été folie à moi de m'y fier trop aisément; mais songez quelle imprudence ce serait à vous d'abuser ainsi de ma confiance. Réfléchissez, je vous en conjure, que ce traitement me relève de toute promesse de secret ou de connivence à l'égard de ce que je suis porté à considérer comme de très dangereuses machinations, et que...

— Ecoutez, monsieur Fairford, dit Redgantlet, je dois vous interrompre par considération pour vous-même. Un seul mot qui tende à faire penser que vous songez à trahir ce que vous pouvez avoir vu ou soupçonné, et il est très vraisemblable que votre captivité aura une fin ou très éloignée ou très prochaine, et peu désirable dans les deux cas. Dans l'état actuel des choses, vous avez la certitude d'être en liberté d'ici à très peu de jours, peut-être beaucoup plus tôt.

— Et mon ami , celui pour l'amour duquel je me suis exposé à ce danger, qu'est-il devenu? — Homme obscur et dangereux! s'écria-t-il, élevant la voix, je ne serai pas une seconde fois abusé par de trompeuses promesses. . .

— Je vous donne ma parole, interrompit Redgantlet, que votre ami est en bonne santé-, peut-être pourrai-je vous permettre de le voir, si seulement vous voulez vous soumettre avec patience à ce qui est inévitable.

Mais Alan Fairford, pensant que sa confiance avait été deux fois trompée, d'abord par Maxwell, et en second lieu par le prêtre, éleva la voix et en appela à tous les fidèles sujets du roi à portée de l'entendre, contre la violence dont il était menacé. Au môme instant il fut saisi par Nixon et deux des assistants, qui, lui tenant les bras et cherchant à lui fermer la bouche, se mirent en devoir de l'entraîner.

L'honnête quaker , qui s'était tenu hors de la présence de Redgantlet, s'avança alors hardiment.

— Ami, dit-il, tu fais plus que tu ne pourras justifier. Tu me connais bien , et tu sais avoir en moi un voisin que tu as gravement injurié quand il demeurait près de toi dans l'honnêteté et la simplicité de son cœur.

— Silence, Jonathan! repartit Redgantlet; ne me parle pas. Ce ne

' f^oycz la noie J, Gn du volume.

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sont ni l'adresse d'un jeune légiste, ni la simplicité d'un vieil hypocrite qui me détourneront de mes projets.

— Sur ma foi, dit le capitaine, qui s'était approché à son tour, c'est tout au plus si c'est de franc jeu, général^ et je doute, ajouta-t-il, que la volonté de mes armateurs puisse me faire prendre part à de pareilles manières d'agir. — Oh I vous n'avez pas besoin de jouer avec la poignée de votre épée -, dégainez en homme si vous voulez en later. — Il mit flamberge au vent, et poursuivit : Je ne verrai maltraiter ni mon camarade Fairford ni le vieux quaker. Au diable tous les warrants, faux ou vrais I — Rlalédiction sur le juge-de-paix, — et le Ciel confonde le constable 1 — Yoici le petit Nanty Ewart qui soutiendra ce qu'il dit contre noble ou roturier, en dépit de tous les fers à cheval du monde.

Ce cri, A bas tous les warrants ! était toujours le bienvenu aux oreilles de la milice réunie dans l'auberge, et Nanty Ewart n'y était pas moins bien vu. Pêcheurs, garçons d'écurie, mariniers, smogglers, commencèrent à s'attrouper sur la place. Crackenthorp s'efforça en vain de s'établir médiateur. Les hommes de la suite de Redgantlet avançaient déjà leurs fusils d'un air de menace ; mais leur maître leur cria de se tenir en paix ; et mettant l'épée à la main avec la rapidité de l'éclair, il se précipita sur Ewart au milieu de sa bravade, et d'un seul tour de poignet lui fit sauter son arme de la main avec tant de force et d'adresse qu'elle fut retomber à cinq ou six pas. Continuant en môme temps de le serrer de près, il le renversa rudement sur le sol, et lui agita son épée sur la tète pour montrer qu'il était absolument à sa merci.

— Je vous donne la vie, vagabond d'ivrogne, dit-il j — vous ne seriez pas un mauvais compagnon si vous pouviez vous empêcher de vous faire des querelles parmi vos amis. — Mais nous connaissons tous Nanty Ewart, ajouta-t-il en s'adressant à la foule qui les entourait; et le rire dont il accompagna ces paroles comme pour confirmer le pardon qu'elles annonçaient, joint au respect craintif que sa prouesse avait inspiré, raffermit complètement leur allégeance un moment ébranlée.

— Vive le lair! s'écrièrent-ils tous à la fois; tandis que le pauvre Nanty, se relevant de terre où on l'avait si rudement étendu, cherchait son hanger, le ramassait, l'essuyait et le remettait au fourreau , tout en murmurant entre ses dents : Ce qu'on dit de lui est vrai, et le diable restera son ami jusqu'à sa dernière heure; je ne me mettrai plus en travers de son chemin.

En même temps il se glissa hors de la foule , intimidé et découragé par sa défaite.

— Quant à toi, Josué Gcddes, reprit Redgantlet en s'approchant du quaker, qui, les mains et les yeux levés au ciel, était resté témoin de cette scène de violence, — quanta toi, je prendrai la liberté de te faire arrêter pour une infraction à la paix publique lout-à fait en désaccord avec les prétendus principes; et je crois que cela ira mal pour toi,

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