CHAPITRE IV
J'avais en effet besoin de repos, sinon de sommeil; la boisson que j'avais prise continuait d'opérer, et l'esprit une fois tranquillisé sur les mauvais desseins dont j'avais cru que ma vie était l'objet, la crainte d'une mort immédiate cessa de lutter contre la torpeur qui m'engourdissait les membres. — Je m'endormis , je dormis môme profondément, sans pourtant que ce sommeil me rafiaîchit le sang.
Quand je m'éveillai , je me sentis fort mal ; les images du passé se croisaient confusément dans mon cerveau avec les prévisions de l'avenir Je m'aperçus cependant que ma situation était changée et grandement améliorée. J'étais dans un bon lit, dont les rideaux étaient fermés; j'entendis des domestiques parler à voix basse et marcher avec précaution , comme pour ne pas troubler mon repos -, il semblait que je fusse entre des mains amies, ou du moins au pouvoir de gens qui ne voulaient pas de mal à ma personne.
Je ne puis rendre qu'imparfaitement compte des deux ou trois jours suivants , pendant lesquels je fus en proie aux accès intermittents de la fièvre ; mais s'ils furent mêlés de songes et de visions pénibles , d'autres objets plus agréables se présentèrent aussi quelquefois. Alan Fairford me comprendra, quand je lui dirai que je suis convaincu d'avoir vu la 31. Y. durant cet intervalle d'anéantissement. J'eus un médecin près de moi et je fus saigné plusieurs fois. Je me souviens aussi d'une opération douloureuse qu'on me fit à la tête, où j'avais reçu un coup violent la nuit de la rixe. On me coupa les cheveux , et on m'examina l'os du crâne , pour voir s'il n'avait pas été offensé.
Lorsque je vis le médecin, il eût été naturel que je l'interrogeasse sur ma détention, et je me souviensde l'avoir tenté à diverses reprises. Mais la fièvre agissait comme un talisman sur ma langue, et quand j'aurais voulu implorer l'assistance du docteur, je m'écartais du sujet et parlais de je ne sais quoi , — de non-sens. Un pouvoir auquel j'étais hors d'état de résister semblait imprimer à ma conversation un cours différent de celui que je lui voulais donner 5 et bien que j'eusse conscience, jusqu'à un certain point, de cette aberration, je ne pouvais y remédier. Je me décidai donc à prendre patience , jusqu'à ce que mes facultés de pensée et d'expression me revinssent avec la santé, qui avait reçu un rude choc des vicissitudes auxquelles j'avais été exposé '.
' f^oyez la note E, fin du volume.
19R TŒDGANTLET.
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